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Libye : Silence, on tue !

Lorsque le Colonel, guide de son état, a envoyé un message de félicitations au peuple égyptien quelques heures après la démission du Raà¯s Hosni Moubarak, je suis de ceux, ô sceptiques que nous sommes, qui avons froncé les sourcils…Comment est-il possible qu’alors que tout le Maghreb s’affole, l’homme de Tripoli puisse envoyer des mots qui pourraient encourager son propre peuple à  le pousser dehors ? Et ça n’a pas raté. Le Révolutionnaire…révolutionné ! Le combattant de l’unité africaine, qui jette ses « frères » hors de ses frontières comme des chiens, montre son vrai visage. Celui que nous avions commencé à  oublier à  force de grands sourires et de poignée de mains chaleureuses entre l’ex-paria mondial et ses « nouveaux »( ?) amis, les grands de ce monde. Tous ceux qui ont condamné à  cor et à  cris Ben Ali et Moubarak sont bizarrement silencieux. Les français n’osent trop hausser le ton, de peur que l’on découvre quelque congé de Noà«l à  Tripoli. C’’est qu’il ne faut pas mettre en danger les contrats de vente d’armes ou d’exploitation de pétrole récemment signés à  coup de victimes de Lockerbie oubliées. Le pays tout entier est bouclé. L’armée et les forces de sécurité sont partout et la population est comme cantonnée chez elle et malheur à  qui ose ouvrir la bouche. Les moindres faits et gestes sont contrôlés et les gens doivent montrer leur carte d’identité et expliquer chaque déplacement. Green Square, la plus grande place de la ville, est interdite à  la circulation, il ne faut surtout pas qu’elle devienne une place Tahrir ! Ce qui n’empêche pas la population de manifester…Les populations martyres de Benghazi, entre autres, ont décidé de se sacrifier et, quoiqu’il leur en coute, de chasser le Guide. Des dizaines de personnes ont perdu la vie en quelques jours, tuées parfois à  l’arme lourde comme des missiles ou des mitraillettes de combat. Et aucune image ne filtre et on ne sait pratiquement pas ce qui se passe là -bas. La télévision publique montre en longueur de journée le président libyen recevant ses fans (sic !) qui viennent le rencontrer au palais de Tripoli. Khadafi, l’homme providentiel qui dirige la Libye depuis plus de 40 ans, en a fait un pays développé (oui !), doit se demander ce qui peut bien passer par la tête de ce peuple à  qui il a tout sacrifier et pour lequel il a bien failli mourir. Le virus de la liberté a encore frappé et le Roi des rois d’Afrique est en bien mauvaise posture. Il serait temps à  présent que les puissances amies du Guide, réagissent et manifestent, au minimum, leur compassion et leur sympathie envers un peuple qui ne demande qu’une seule chose : reprendre son destin en main.

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