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Oumar Mariko sur la Sécurité au Nord Mali : « L’Etat malien a pêché par incapacité !  »

Journaldumali.Com : Ces derniers temps le terrorisme et le trafic de drogue ont occupé le devant de l’actualité dans le nord de notre pays. Que pensez-vous de cette situation  en tant qu’élu de la nation ? Oumar Mariko  : l’insécurité au nord du Mali, comme tout les autres problèmes auxquels notre pays fait face, démontre une fois de plus l’incapacité de notre Etat à  faire face aux préoccupations du peuple qui en plus d’avoir faim, d’avoir soif, et qui a besoin d’une éducation de qualité se retrouve en insécurité. Pourtant l’insécurité dans cette zone de notre pays n’est pas nouvelle, et à  chaque fois l’Etat réagit en prenant des mesures timides (dans le meilleur des cas) ou fait simplement la source oreille à  la misère de son peule. Cela me désole et me conforte dans l’idée qu’en 2012, il nous faut un Etat plus responsable conscient des enjeux de développement et des problèmes réels des populations du nord. Journaldumali.com : D’après vous, quels sont les principaux enjeux de ce phénomène ? Oumar Mariko : Les dernières révélations confirment le fait que notre pays devient progressivement une véritable tête de pont dans le dispositif de montage et de contrôle de nouvelles routes d’importation et d’exportation créés par les cartels de la drogue pour envahir de manière massive les marchés européens, américains et asiatique, réorganiser les marchés locaux de redistribution des stupéfiants, enraciner les gangs locaux, infiltrer l’appareil d’Etat des pays du sud en y construisant des réseaux de protection insoupçonnés et en organisant de manière méthodique des circuits de blanchiment grâce à  la complicité de certaines banques et de certains agents chargés de la répression. Ce travail de pénétration des cartels de la drogue dans notre pays nous fait comprendre l’urgence, car nous sommes handicapés par l’immensité de notre territoire national, la porosité de nos frontières, l’insuffisance des ressources humaines. l’autre enjeu est le fait de garder notre souveraineté. Nous avons vu récemment des armées étrangères se donner le droit d’intervenir militairement sur notre territoire pour une sois disante poursuite de présumés membres d’Al quaida. Parce que si nous ne montrons pas un visage de lutteurs, nos pays voisins le feront et se donneront le droit d’agir sur nos terres pour protéger leur peuple. Journaldumali.com : Dans quelles mesures les parlementaires sont-ils impliqués dans la résolution des crises au Nord Mali ? Oumar Mariko : Au delà  des interpellations que nous pouvons formuler à  l’endroit de nos responsables politiques, nos apportons régulièrement des projets de loi pour prendre en charge des questions de sécurité au nord Mali, mais aussi des questions de développement.. Nous proposons au gouvernement la constitution d’une Commission d’enquête parlementaire pour élucider les zones d’ombre sur différentes affaires rocambolesques et pouvoir donner de larges informations à  notre peuple qui a besoin de savoir ce qui se passe réellement. Journaldumali.com : Dans l’élaboration des mesures politiques et législatives, comment les préoccupations des communautés locales sont-elles prises en compte ? Oumar Mariko : Les impacts de cette insécurité au Mali, font l’objet de nombreuses études, en particulier le nord du Mali. En sont issues des politiques d’ouverture de nos territoires pour la poursuite de soi-disant terroristes qui exposent les populations et les rendent plus vulnérables. Cependant, ces mesures sont-elles basées sur les intérêts et les besoins des communautés locales ? Les savoirs locaux sont-ils pris en compte et associés à  l’expertise des scientifiques visant à  répondre aux enjeux et aux opportunités auxquels sont confrontées les populations ? J’ai quelques réserves. Des élus ont constitué des groupes de travail sur la question et ont produit des rapports, des thèses faites par des étudiants maliens, des ONG travaillant dans le nord ont émis des propositions et recommandations qui tiennent compte de plusieurs aspects de la question. Malheureusement, ces conclusions dorment dans les bibliothèques et bureaux comme de nombreux autres rapports. Nous votons chaque jour à  l’Assemblée nationale des conventions internationales qui ne font qu’aggraver, à  mon avis, la situation. Journaldumali.com : En tant qu’élu, les communautés locales victimes des menaces vous font-il part de leurs préoccupations ? Oumar Mariko : Tous les jours que Dieu fait les populations, mais aussi des élus de ces localités, me font part de leur incapacité à  trouver des solutions aux différentes préoccupations de leur population. Le problème est tellement sérieux que sans une réelle volonté politique (pas uniquement du Mali, mais de tous les pays membres de bande sahélo-saharienne) nous courrons vers la catastrophe. Journaldumali.com : Quelle est l’opinion des communautés locales à  l’égard des politiques nationales en matière de sécurité dans le nord ? Oumar Mariko : Laxiste et irresponsable ! Et pour preuve, le  droit de poursuite que le Président Amadou Toumani Touré a accordé à  nos voisins de la Mauritanie, du Niger et de l’Algérie, au nom de la lutte contre le terrorisme et l’insécurité (sans s’en référer au Parlement du Mali et aux autres institutions de la République) met en danger notre intégrité territoriale et notre souveraineté. Ce «Â droit » ne contribue pas à  renforcer efficacement la lutte contre l’insécurité dans la bande sahélo-saharienne, en l’absence d’une volonté politique affirmée des pays concernés. Journaldumali.com : Est-ce que l’Assemblée nationale intègre les attentes (les pressions) des partenaires internationaux dans sa politique sécuritaire ? Oumar Mariko : C’’est cela le mal de notre pays, parce que toutes les lois, les conventions, que nous votons à  l’Assemblée nationale ne sont ni inspirées ni de la misère de la population, ni pour la recherche d’une réelle solution aux maux qui sévissent dans notre pays, mais simplement pour faire plaisir, ou respecter un canevas dicté par les grandes institutions et les pays comme la France et les Etats Unis. Notre parti ( SADI ) a dénoncé l’intervention de la France en territoire malien et appelle à  rejeter avec force sa politique d’ingérence et de diktat sous le couvert de la lutte contre le terrorisme. Journaldumali.com : Au niveau régional, la collaboration entre les pays de la bande sahélo-saharienne (au niveau des Parlements) est également mise à  contribution. Comment jugez-vous cette contribution ? Oumar Mariko : Faibles au regard des attentes, jusqu’à  ce que certains pays comme l’Algérie nous accuse de ne pas vouloir nous impliquer dans la lutte contre le terrorisme. Journaldumali.com : Aujourd’hui, au regard des changements dans le monde arabe, quels sont les défis et les perspectives dans la résolution des difficultés au Nord Mali ? Oumar Mariko : La gestion des problèmes sécuritaires apparaà®t aujourd’hui comme absolument vitale pour le processus démocratique malien. La démocratie ne saurait se complaire de zone de non droits livrés à  des bandes armées dont la foi et la loi se résument à  la recherche effrénée de gain. Il est de la responsabilité et du devoir de chaque Malienne et de chaque Malien de s’impliquer le plus fortement possible pour relever ce défi qui sera plus sensible avec l’odeur du pétrole. Evidemment ce problème dépasse le Mali en raison de son caractère transfrontalier et international. Mais il faut déjà  au plan national accompagner tous les efforts de dialogue par des forces armées et de sécurité motivées et équipées et une politique extérieure dynamique et protectrice de nos compatriotes de l’extérieur. Journaldumali.com : Quels sont les voies et moyens, selon vous, pour juguler l’insécurité dans cette zone et promouvoir son développement ? Oumar Mariko : Il nous faut donc des moyens technologiques pour assurer une surveillance aérienne indispensable pour lutter efficacement contre le trafic de la drogue dans cette zone. Nous devons déployer des soldats entrainés et qui maitrisent la zone, équipé notre armée de moyens matériels technologiques conséquents, au lieu d’appareils obsolètes dont nous disposons actuellement. En un mot, il faut se mettre à  la page des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Journaldumali.com : D’après vous, est-ce que notre pays a les moyens de lutter contre les menaces au Nord ? Oumar Mariko : Les moyens, il faut les créer, mais faudrait-il déjà  avoir la volonté. Quand on n’a pas les moyens de sa politique, on fait la politique de ses moyens. Aucun pays voisin n’a intérêt à  que ce problème persiste, alors si nous conjuguons nos efforts nous pouvons arriver au bout de n’importe quel problème. Journaldumali.com : En tant que député, quelles solutions préconisez-vous pour assurer la paix et la sécurité dans le grand Nord ? Oumar Mariko : La réforme du secteur de la sécurité. Il nous faut une réforme qui est un processus qui vise à  assurer que les ministères en charge de la de sécurité et de la justice assurent des services de sécurité et de justice efficaces répondant aux besoins de la population. Aussi, que ces services soient responsables devant l’à‰tat et la population et opèrent dans un cadre de gouvernance démocratique, sans discrimination et dans le respect des droits humains et de l’Etat de droit. Journaldumali.com : Avez-vous un point de vue particulier à  ajouter ? Oumar Mariko : Aux problèmes politiques, il faut une solution politique. Or les Maliens n’ont plus confiance aux politiques. Pourtant un autre Mali est possible et en 2012 C’’est justement le moment d’une alternance répondant aux besoins du peuple malien. Que chacun ait un esprit critique et de discernement pour faire un bon choix.

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