Économie › Agriculture & Élevage

Farako ou le thé « Made in Mali »

l’ouverture du capital aux importateurs de thé, a donné un nouvel élan à  l’entreprise qui a redémarré début juin cela à  la grande satisfaction de la population de la Région de Sikasso qui considère à  juste raison, cette usine comme une fierté régionale. Beaucoup de consommateurs de thé accueilleront également avec une grande joie l’arrivée à  nouveau sur le marché du thé produit au Mali. Il y a deux ans quand notre équipe de reportage s’était rendue à  Farako. l’usine était fermée et la production suspendue à  cause des nombreuses difficultés. Le repreneur, Souleymane Koné dit « Farcy » avait alors expliqué que les problèmes de l’usine s’aggravaient d’année en année. Des facteurs contraignants ne permettaient pas sa rentabilité économique et financière. Le plus gros problème étaient les coûts des facteurs de production. Mais il y a aussi le changement rapide de goût des consommateurs et la forte concurrence sur le marché du thé. Une autre difficulté majeure était le vieillissement très avancé des théiers, faute d’entretien. Les jeunes pousses qui servaient à  faire le bon thé n’existaient plus. Le thé de Farako était donc désormais fait à  base de n’importe qu’elle feuille de théier. l’obsolescence des équipements et du matériel de production (plus 37 ans d’âge en moyenne) et leur inadaptation aux conditions modernes d’exploitation ainsi que l’inexistence d’outils de rechange étaient entre autres problèmes soulevés par le repreneur. Pire, le bassin d’eau servant à  irriguer les périmètres de thé était envahi de sable et les canaux de ruissellement bouchés. MISE A NIVEAU DE l’OUTIL INDUSTRIEL. Il faut rappeler que l’usine de thé de Farako est le fuit d’un partenariat entre notre pays et la République Populaire de Chine. Elle est l’une des premières unités industrielles installées après l’accession du pays à  l’Indépendance. l’usine fut inaugurée en 1972 mais depuis 1963, les Chinois multipliaient les prospections sur le territoire pour détecter des sols propices à  la culture du thé. En effet, les théiers ont besoin d’un climat chaud et humide, avec un fort ensoleillement sans nuage et une forte pluviométrie (200 mm/mois). Les théiers préfèrent l’altitude pour éviter les fortes chaleurs. Le thé qui pousse en altitude est ainsi de meilleure qualité. C’’est au regard de ces considérations que les villages comme Finkolo, Farako, Loutana dans la Région de Sikasso et Lobouala dans le cercle de Kita furent identifiés. Parmi ces localités, C’’est le village de Farako qui a finalement été retenu. Une superficie de 402 hectares a été délimitée pour la culture du thé. En 1976, les coopérants chinois sont rentrés, laissant la gestion de l’usine aux nationaux jusqu’en 1987. Le thé produit était commercialisé par la Somiex. Cette gestion ne s’étant pas montrée rentable, l’on opta pour un système de cogestion de l’usine par les deux pays sous l’appellation de « Opération thé de Sikasso ». Cette expérience durera de 1987 à  1992 avec une production annuelle décroissante de 127 à  70 tonnes par an. Finalement, l’usine fut reprise le 31 octobre 1993 par une société chinoise dont le contrat de 10 ans a pris fin en décembre 2004. Depuis le 4 mai 2005, l’usine de thé de Farako est gérée par la Société générale des thés du Mali-SA (SOGETM-SA), conformément à  une location-gérance de 10 ans. Cependant, faute de moyens techniques et financiers, l’usine est tombée en ruine. La vétusté des matériels a occasionné la hausse des coûts de fonctionnements. l’usine consomme plus de 300 litres par jour de gasoil soit 9000 litres par mois, évalué à  plus de 5 millions de Fcfa. En 2007, l’usine a produit 123.310 kg de thé pour une valeur de 164 millions Fcfa. Mais les charges d’exploitation ont coûté plus 205 millions de Fcfa soit une perte de plus 40 millions. En 2005, les pertes étaient estimées à  29 millions contre 18 millions en 2006. Cette situation a nécessité la diminution drastique du nombre des travailleurs de l’usine. De 300 employés (permanents et saisonniers) dont plus 150 femmes à  ses heures de gloire, Farako n’emploie aujourd’hui que 25 travailleurs permanents. Au regard de cette situation, le ministère de l’Industrie, des Investissements et du Commerce, s’est saisi du dossier. Après un audit de la situation et plusieurs rencontres avec les acteurs concernés, le département a décidé d’ouvrir le capital de l’usine à  tous les importateurs et opérateurs de thé. Une quinzaine de gros importateurs de thé dont le Groupe Boubacar Tandia, le Groupe Achkar, Moulaye Mohamed, Souleymane Koné, Madala Kouma, Mme Ben Baba Jamila Ferdjani (actuellement présidente du conseil d’administration de la société qui exploite l’usine) se sont manifestés. Cette implication des importateurs dans la gestion de Farako vise à  doter l’usine de ressources financières indispensables à  son développement et surtout à  assurer une politique de commercialisation efficace de la production. Les nouveaux repreneurs ont fait appel à  certains anciens travailleurs de Farako pour redémarrer l’usine. Il en est ainsi du nouveau directeur, Moctar Traoré qui fut codirecteur pendant la période de la cogestion Mali-Chine. Selon lui, l’usine a véritablement commencé la production en début juin. « Nous avons commencé avec le réaménagement des pépinières et du bassin. Nous avons procédé à  la révision, la réhabilitation des équipements de l’usine et la mise à  niveau de l’outil industriel. Les jeunes feuilles qui servent à  faire du bon thé sont en plein épanouissement. On récolte chaque jour 5 tonnes de feuilles de thé fraiches pour les transformer en thé de bonne qualité », développe le responsable de Farako. SUR DE BONNES BASES. Cependant, la réhabilitation de cette importante unité industrielle demande un financement conséquent et l’implication de tous. « Pour le moment, l’usine consomme plus de 1000 litres de carburant par semaine. Pire les installations des groupes électrogènes sont très vétustes. Il faut une vraie installation électrique », insiste le spécialiste. Pour les travailleurs de l’usine, C’’est un rêve qui se réalise. « J’ai vécu les différentes époques de la vie de cette usine, car J’y travaille depuis 1975. Je peux vous dire qu’aujourd’hui nous partons sur de bonnes bases. Nous avons commencé la production et nous avons toutes les qualités de thé appréciées des consommateurs. Du « 4011 » au « 4012 » en passant par le « 4013 », le gros grain, « l’impérial ». C’’est un immense soulagement pour nous de voir cette usine redémarrer et pour de bon cette fois-ci. Car même au pire moment nous avons soigné cette usine comme notre vie. Car il s’agit du résultat de toute une vie de travail », se réjouit le chef d’usine, Jérémie Togo, doyen la société avec 35 ans de service. De toute évidence, l’usine de thé de Farako a véritablement démarré sa production. Et les nouveaux gestionnaires n’entendent pas s’arrêter là . Avec l’ouverture du capital et la finalisation du statut de la nouvelle formule de Farako, ils projettent d’élaborer une stratégie nationale de promotion et de développement de la filière thé au Mali ainsi que la mise en place d’une unité de conditionnement adaptée au thé fini. Au grand bonheur de la population de la 3ème Région.

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut