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L’Occident crée la « nouvelle Libye »

Le président français, Nicolas Sarkozy, peut enfin célébrer sa victoire sur le régime défunt de Mouammar Kadhafi. Six mois après avoir galvanisé les puissances étrangères à  adopter la Résolution 1973, ordonnant les frappes de l’OTAN sur la Libye, le chef de l’Etat français a réuni hier, jeudi 1er septembre, les dirigeants de 63 pays. Objectif : l’avenir de la Libye. l’heure des comptes La communauté internationale s’est donc retrouvée dans la capitale française pour engager, autour de la France et de la Grande-Bretagne, la transition démocratique de la «Libye libre», sur fond d’ultimes combats entre la rébellion et le dernier carré des fidèles du colonel Mouammar Kadhafi. «Nous allons tourner la page de la dictature et des combats et ouvrir une ère nouvelle de coopération avec la Libye démocratique», a résumé le chef de l’Etat français cité par les médias français. Tout auréolé du succès, longtemps incertain, de la coalition dont il fut l’un des fers de lance, Nicolas Sarkozy est décidé à  « réussir la transition et éviter les ratages», selon l’expression de ses proches, qui ont marqué celle qui a suivi la chute de Saddam Hussein en Irak. Pour y parvenir, le président Sarkozy a élargi le format de sa conférence en y invitant, outre la trentaine de membres du «groupe de contact» qui ont soutenu les frappes aériennes, les pays qui y étaient jusque-là  hostiles ou ont jugé que l’opération de l’OTAN dépassait le cadre fixé par les Nations unies. Sur les 50 milliards de dollars des avoirs libyens gelés par les puissances, la conférence de Paris a débloqué 12 milliards pour le Conseil national de transition, CNT. A ce jour, seuls trois enveloppes d’1,5 milliard de dollars ou d’euros chacune ont été libérées des comptes américains, britanniques et français. Très réticentes (au début) la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud, qui souhaitent la fin des opérations de l’OTAN, n’ont accordé qu’au compte-goutte les demandes de déblocage de fonds. Et d’autres pays, comme la Pologne, ont suggéré une fin de la guerre en échange de leur aide. Jusque-là , la coalition, France en tête, s’y est opposée. «L’opération militaire durera tant que Kadhafi représentera une menace», a réitéré hier le président français au cours d’une conférence de presse. La réunion de Paris sonne comme l’heure du partage du gâteau, sans doute. Même si Paris a précisé que le «business» ne figurait pas à  son ordre du jour. Hier, les discussions se sont déroulées sur fond de compétition autour du juteux «gâteau» de la reconstruction. Selon le très sérieux quotidien français « Libération », la France aurait conclu un accord avec le CNT lui attribuant 35% du pétrole libyen. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré sur la radio française « RTL » qu’il n’avait «pas connaissance» d’un tel accord, mais a jugé «logique et juste» que les pays engagés aux côtés de la rébellion soient privilégiés dans la période de reconstruction. A huit mois de la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy entend aussi profiter du rôle moteur de la France en Libye pour peaufiner son image présidentielle. ATT loyal jusqu’au bout La conférence de presse a enregistré l’absence remarquée du président sud-africain, Jacob Zouma. En visite à  Oslo (à  Norvège) le chef de l’Etat arc-en-ciel (cité par RFI) a mis en garde contre « les initiatives parallèles », et a réitéré sa position pour un dialogue pacifique dans la sortie de crise. Pour lui, l’ONU et l’Union africaine restent les deux organisations en charge de ce dossier. La position de Jacob Zuma rejoint ainsi celle adoptée, dès le début de la crise, par le président malien Amadou Toumani Touré. Si ATT a accepté de prendre part à  la réunion de Paris, il s’est surtout refusé de reconnaitre le CNT libyen comme organisation légitime. Cette déclaration du président malien intervient quelques jours après la publication d’un communiqué du gouvernement réaffirmant son soutien à  Mouammar Kadhafi et au peuple libyen. Dans ce communiqué, rendu public le mercredi 24 août, le gouvernement du Mali avait en effet exprimé sa « préoccupation » face aux derniers évènements en Libye. ATT et son gouvernement, ont ainsi réitéré leur « fidélité aux valeurs démocratiques universelles et aux positions qu’il a toujours défendues dans le cadre du Comité Ad Hoc de l’Union Africaine sur la Libye. Comme pour dire que « nouvelle Libye » se dessine sur fond de division entre les Etats. Mais pour combien de temps ?

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