Culture › Musique

Le sourire d’Essakane est dans ses dunes…

A vol d’oiseau, le fleuve Niger trace des sillons alanguis dans la terre, puis, ce n’est que sable et buisson dans la cité des 333 saints. La paix qui émane de ce lieu, ravit les aventuriers du 12è festival Au désert d’Essakane. Les turbans sont de rigueur face au vent frais, qui transporte les grains de sable dans les vêtements, les chaussures. Hum, l’appel du désert est proche et les festivaliers se sentent le coeur léger, l’âme qui se vide. Place à  la fête, à  la musique universelle. Tout près de la grande scène, des chameaux majestueux paradent pour accueillir les hôtes du festival. Trois jours durant, les dunes de Bouctou vibreront au son de la musique et du partage. Afel Bocoum, Abdoulaye Diabaté, Bassékou Kouyaté, Tartit, Khiran Ahluwalia, Toumani Diabaté, Tinariwen, Khaira Arby, qui ouvre le bal, sous l’oeil des officiels. Hamane Niang, ministre de la culture, rappellera la légende mystérieuse de Tombouctou, entre dunes de sable, ruelles étroites et ciel bleu vibrant. La mosquée Djingarey Ber attend ses visiteurs et les manuscrits de Tombouctou, ses curieux. Il parait que l’Imam est un érudit qui n’a pas d’heure pour accueillir les hôtes. Ses bénédictions sont donc précieuses… Manny Ansar est lui vêtu de bleu, avec un turban blanc qui réhausse un sourire large, un calme en toutes circonstanes. C’est l’homme d’Essakane, qui depuis 2001 oeuvre à  la concrétisation d’un festival dédié aux populations du Nord, une manifestation pour réunir les cultures, les coutumes et les traditions, musicales, culinaires, sociales etc.. Commencé à  Kidal, Tessalit, Essakane, avec un esprit itinérant, le festival s’est fixé à  Tombouctou désormais. Et quant à  ceux qui pensent à  la menace Al Qaeda, ces derniers ont fait savoir aux organisateurs que le festival ne les dérangeait pas outre mesure, c’est plutôt l’occident leur grand ennemi… Les femmes qu’elles soient touaregs, tamasheks, sonrhais, peulhes, mandingues sont là , drapées de tissu, le sourire malicieux. Elles n’ont pas peur… Alcoye, propriétaire de l’hôtel Du Désert et ses amis eux déplorent l’impunité qui règne à  Tombouctou :  » On sait qui fait des bêtises ici, tout le monde connaà®t les coupables, les complices de ces attaques, qui peuvent survenir à  tout moment, en plein soleil, mais ils sont intouchables ». Des voitures non immatriculées entrent ici, personne ne dit rien… L’accueil reste chaleureux malgré tout. Pas loin, le fameux hôtel « Alafia » est en berne. Des hommes boivent le thé devant comme si de rien était. Un homme y a été tué récemment après Hombori. Mais nous dépassons cet établissement tristement célèbre pour entrer en plein coeur du festival. Les rues de Tombouctou sont animées, ensablées, la Mosquée Djingareyber attend les fidèles du vendredi et les enfants font journée écolo. Munis de balais en main, ils nettoient la ville pour la rendre belle et propre pour les festivaliers… Oumar Amalhek, notre guide a ce sourire généreux, des hommes du désert. Touareg de coeur, mais universel dans l’esprit, Oumar a parcouru le monde loin de ses dunes de sable de Tombouctou, via Paris, Bruxelles, Lyon. De ces voyages, il a rapporté l’amour de l’autre, et ce thé qu’il nous offre au sommet d’une dune a le goût de l’amitié. Le breuvage chaud coule dans nos gorges et nous réchauffe, autour d’un feu de braises. Oumar se laisse aller et raconte ses rêves, qui ont la couleur du désert.  » Le premier est amer comme la mort, le deuxième est doux comme la vie et le troisième est sucré comme l’amour ». Nous rions aux éclats… La nuit tombe et les étoiles apparaissent nombreuses, scintillantes dans le ciel, et là , les néons s’allument. La scène s’anime. Nous filons accueillir un invité de marque.  » Je suis très heureux d’être là , enchanté, lance le chanteur Bono, du groupe anglais U2, sur le tarmac de l’aéroport. C’est un amoureux de Tombouctou ! Il jouera ensuite avec Tinariwen, en exclusivité… Abdoulaye Diabaté ressuscitera les Korédugaw, les Somas, la mystique populaire et fait danser le public comme personne. Takamba, balafons, hum, on se laisse aller, on ondule les bras, les épaules, la taille. Tout un art… Demain, hommage à  Ali Farka Touré, le bluesman du désert…

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut