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Manny Ansar : « le festival Au Désert appartient aux populations de Tombouctou »

Face à  la presse internationale et nationale, Manny Ansar, qui a bénéficié du soutien des autorités pour tenir cette 12è édition du festival AU DESERT a répondu à  toutes les questions des journalistes. Quels sont les défis pour le festival AU DESERT d’Essakane douze ans après sa création ? Manny Ansar : La difficulté à  tenir un tel festival réside surtout dans la logistique, à  réunir au coeur des dunes des festivaliers de partout pour célébrer la musique. Depuis quelques années, se pose désormais la question sécuritaire qui a fait baisser la fréquentation du festival, les tickets et certains partenaires qui se sont désengagés. Que répondez-vous à  ceux qui disent que le festival est contraire aux valeurs de l’Islam ? Manny Ansar : Tombouctou est le premier berceau de l’Islam en Afrique Occidentale, sa légende est connue partout jusqu’ à  El Azhar en Egypte, en Arabie Saoudite et dans le monde entier. Les Imams de Tombouctou n’ont jamais rien dit contre le festival et ce festival n’est pas contre les valeurs de l’Islam. On raconte qu’Al Qaeda serait contre l’esprit du festival ? Manny Ansar : Depuis douze ans que ce festival existe, nous n’avons jamais eu de contact avec Al Qaeda. C’est plutôt l’occident qui est leur grand ennemi. Je tiens à  dire que ce festival appartient aux populations de Tombouctou. Il est en harmonie avec notre Islam, nos valeurs culturelles. C’est aussi un pont entre les différentes cultures. Journaldumali.com : Quelle a été la réponse du gouvernement malien face à  la menace sécuritaire ? Manny Ansar : Il y a deux étapes à  préciser. Cette situation sécuritaire existe depuis 4 ans maintenant dans tout la zone sahélo-saharienne. Malgré tout, le festival continue d’avoir lieu. Ensuite, il y a eu une deuxième étape. En novembre dernier avec l’attaque de Tombouctou et de Hombori, la peur s’est accentuée. Après ça, nous nous sommes demandés s’il fallait oui ou non tenir le festival. Les autorités maliennes nous ont dit à  ce moment là  qu’il fallait continuer. Parce qu’arrêter Essakane, ce serait arrêter tout espoir pour les populations. Ils nous ont dit, la sécurité, nous allons nous en occuper. Et les mesures de sécurité sont maximales. Journaldumali.com : Quelle a été la réaction des artistes internationaux invités, cette année, ils ne sont pas nombreux ? Manny Ansar : Chaque année, nous sélectionnons trois ou quatres groupes internationaux parmi une vingtaine, mais cette année, nous en avons que deux, puisque les pays ont annulé la participation de certains d’entre eux pour des raisons sécuritaires. A Essakane, ce qui compte surtout, c’est de valoriser les groupes locaux et de faire connaà®tre leur musique. Qu’en est-il de la vente des tickets ? Manny Ansar : Elle a baissé presque de moitié. C’est évident. Nous sommes passés de 700 à  presque 450 cette année. Mais nous avons les bénévoles, les volontaires qui sont là  pour le festival, pour nous aider à  le réaliser. N’avez-vous pas peur d’être instrumentalisés dans le contexte des élections à  venir ? Manny Ansar : Parmi les autorités qui se sont déplacées et que nous avons tenu à  remercier, il n’y a aucun candidat aux élections. Ils sont une dizaine ici présents au festival et aucun d’entre eux n’a de position déclarée face à  cela. Le festival d’Essakane n’est pas un instrument politique. Que pensez-vous des artistes qui ont des positions rebelles ? Manny Ansar : Les artistes sont à  l’image de leur musique. Si vous prenez un groupe comme Tinariwen, ils chantaient la rebellion dans leurs premières années et depuis les accodrs de paix signés il y a quelques années, ils ont changé de position et chantent désormais la paix et l’amour. L’esprit d’Essakane était d’être un festival itinérant, pensez-vous le déplacer un jour à  nouveau hors de Tombouctou ? Manny Ansar : C’est une question fondamentale qui se pose à  nous. L’idée était bien sûr de le déplacer dans tout le sahara, de l’Algérie au Mali en passant par le Niger. Lors de la troisième édistion à  Essakane, (les deux premières se sont tenues à  Kidal et Tessalit), le nombre des festivaliers a doublé ( environ 10 000 ) et les questions logistiques, d’installation d’eau, et d’électricité se sont posées. Ce qui n’est pas une chose facile à  gérer pendant trois jours. Mais l’idée est toujours là . Aujourd’hui, nous sommes à  Tombouctou pour les raisons que vous savez et pour nous, il faut surtout valosriser les groupes locaux. Parce que certains naissent et meurent dans l’anonymat. Essakane est là  pour ça !

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