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Mah Thiam, une journaliste qui allie passion et excellence

De formation Lettres à  la Faculté de Lettres et de Sciences Humaines (FLASH), elle entre à  l’IGLAM (Institut de gestion et des langues appliquées aux métiers) pour se former en journalisme. En 2004, elle intégre le quotidien l’indépendant, o๠elle poursuit une belle carrière depuis quelques années. Reporter et responsable du desk Société et questions de genre, elle marque par sa simplicité, son sourire franc et une grande disponibilité, des qualités essentielles pour le métier qu’elle a choisi. Mah Thiam a aussi participé à  la grande marche du 17 juillet en réaction aux récentes agressions perpétrées contre les journalistes et directeurs de publication, dont celle de Saouti Haidara, son patron. Maman de deux enfants, celle qu’on surnomme affectueusement Mah Thiam, vient de remporter le Prix Fémédia, organisé par l’Institut Panos. Entretien Journaldumali.com : Vous êtes responsable de la rubrique Genre au sein du quotidien l’indépendant, parlez nous de votre passion du métier de journaliste  ? Mah Thiam : J’ai débuté ma carrière à  l’Indépendant, un journal très lu et qui offre une bonne visibilité aux journalistes qui y sont. En même temps, il y’a des défis quotidiens à  relever pour ne pas décevoir les lecteurs et maintenir la qualité. Pour une journaliste femme, là  o๠un homme aura besoin d’un effort, le double vous sera demandé. La presse ne fait pas de cadeaux aux femmes. Vous devez tous les jours montrer vos capacités et vous battre pour vous affirmer en démontrant que vous avez quelque chose dans la tête, ou que votre travail compte. Au Mali, être une femme journaliste se concilie difficilement, avec la vie familiale, d’o๠les multiples efforts à  déployer. Journaldumali.com : En quoi a consisté ce prix Femedia organisé par Panos dont vous êtes l’une des lauréates ? Mah Thiam : Ce prix a été une surprise pour moi. En fait, il vient récompenser un engagement, un combat. Pour moi, journaliste femme, officiant dans un média ayant une bonne audience, il était important de faire en sorte que la femme soit valorisée. Je m’occupe surtout de promotion de la femme, de rendre visible les actions de nos mères, nos sœurs qui se battent au quotidien pour exister, démontrer un savoir faire ou pour s’affirmer. Ce combat est une conviction, un devoir. Aussi, ce prix vient comme une récompense, non de mon travail directement, mais, de l’effort des milliers de nos sœurs qui font bouger les lignes régulièrement en démontrant que la majorité de la population a un rôle à  jouer. Journaldumali.com : Aujourd’hui, comment percevez vous la représentativité des femmes dans les médias au Mali ? Mah Thiam  : Je ne peux pas me considérer comme une doyenne journaliste dans la presse. Mais, J’ai bientôt dix ans de métier. Je me rappelle que nous étions nombreuses à  débuter ensemble. Combien ont dû arrêter à  cause de la maternité, d’un mari jaloux ou du poids des charges au foyer ? Il n’est pas facile d’être une femme journaliste. C’’est d’ailleurs ce qui fait que les femmes réussissent difficilement. Là  o๠on mobilise un homme en dix minutes pour un voyage de presse, il faut plus de temps pour une femme, surtout si elle est mariée avec des enfants. Dans la presse, nous ne constituons même pas 10%. Celles qui ont une vie de famille sont souvent confinées à  des taches subalternes dans les rédactions. Il nous faut donc nous battre pour une plus grande visibilité dans les médias, car les femmes sont à  même de révolutionner la profession et de l’humaniser. Journaldumali.com : La liberté de presse est menacée au Mali aujourd’hui, en témoigne les agressions de journalistes. Quelle lecture faà®tes vous de la sortie de crise au Mali ? Mah Thiam : Les événements douloureux qui secouent notre pays ont effectivement éprouvé la presse. A tort, les journalistes ont été considérés comme des «Â boucs émissaires », comme l’a dit un confrère. La crise malienne a été révélatrice d’une fracture qui s’installait dans notre société, et d’un certain manque de dialogue. Pendant longtemps, personne n’était en mesure de fédérer les camps, soit par manque de crédibilité, soit par manque d’autorité et aussi par absence de morale. Toutes les interventions au niveau local ont consisté à  faire taire des velléités (sabali) plutôt qu’à  faire parler. Nous avons besoin de vraies thérapies de groupes pour extérioriser les frustrations accumulées dans la société malienne. Une sorte de dialogue, vérité et réconciliation. Cependant, je pense que le pire est derrière nous. Journaldumali.com : Comment envisagez-vous votre rôle de journaliste dans le futur ? Mah Thiam : Le métier de journaliste est exaltant. Il permet d’être en contact avec toutes les couches sociales. Nous sommes une sorte de courroie de transmission entre les couches de la société, les classes et les corps de métiers. La crise, C’’est vrai, a affecté la presse. Désormais, plus rien ne sera comme avant. Mais les défis sont nombreux. En dehors de la poussée de nouveaux médias comme Internet ou les réseaux sociaux au Mali, nous aurons à  faire face au défi du professionnalisme, de la rigueur dans le métier, mais également celui de la création de vraies entreprises de presse.

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