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Le Drian : la ville de Konna n’a « pas encore été reprise » par les forces maliennes

Lors d’une conférence de presse mardi en fin de journée, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a précisé que, contrairement à  ce qui avait été annoncé dès le premier jour de l’opération le 11 janvier, la ville de Konna n’a pas encore été reprise par les forces maliennes. La ville était depuis samedi considérée comme n’étant plus aux mains des djihadistes. Cette ville du centre du pays, dont la chute avait déclenché l’intervention des forces françaises au Mali, constituait le premier objectif de l’opération. « Sur le fuseau Est, nous avons pu stopper l’offensive et les moyens des groupes terroristes, qui se sont répartis entre Douentza et Gao, et à  cette heure, la ville de Konna n’a pas encore été reprise par les forces armées maliennes », a-t-il déclaré lors d’un point de presse. Jean-Yves Le Drian a également souligné que sur « le fuseau Ouest », les groupes terroristes qui ont pris lundi la ville de Diabaly étaient encore « très présents » et qu’ils « menacent le sud » du pays. Le ministre a également précisé que 1 700 soldats français étaient actuellement impliqués dans l’opération Serval, dont 800 sur le terrain au Mali. Il avait un peu plus tôt annoncé une augmentation « progressive » du nombre de soldats présents sur place, de 750 à  2 500, comme le révélait Le Monde ce lundi (édition abonnés). Hollande : « Nous n’avons pas vocation à  rester au Mali » S’exprimant lors d’une visite aux Emirats arabes unis, François Hollande a assuré que la France n’avait « pas vocation à  rester au Mali ». « Cette opération a trois buts, a expliqué François Hollande à  Abou Dhabi. D’abord, arrêter l’agression terroriste qui consistait à  aller chercher, y compris jusqu’à  Bamako, le contrôle du pays. Ensuite, sécuriser Bamako, o๠nous avons plusieurs milliers de ressortissants. Enfin, permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, mission confiée à  une force africaine qui aura notre appui et sera bientôt sur le terrain pour accomplir cette tâche. » « Que faire des terroristes ? Les détruire, a-t-il ajouté. Les faire prisonniers, si possible. » « Nous n’avons pas vocation à  rester au Mali, a assuré le chef de l’Etat. La France ne doit intervenir en Afrique que de manière exceptionnelle, à  titre exceptionnel et en temps limité, et c’est ce que nous ferons ». « Cela n’a rien à  voir avec des pratiques d’un autre temps », a ajouté M. Hollande, en réponse aux critiques sur la résurgence de la « Françafrique ». Interrogé sur le sort des otages français détenus par les groupes islamistes, François Hollande a affirmé qu’il ne « dirait rien ». « Non pas que je ne pense rien, j’y pense à  chaque instant, mais j’ai considéré, y compris pour leur libération, que l’intervention était la seule solution, et que nous ferons tout pour qu’ils puissent être libérés, a-t-il ajouté. Ceux qui les ont capturés, détenus, doivent réfléchir. Il est encore temps de les rendre à  leur famille. » Les premiers soldats nigérians déployés dans les vingt-quatre heures Les premiers éléments de 900 soldats nigérians qui doivent être envoyés au Mali y seront déployés dans les vingt-quatre heures, dans le cadre d’une force africaine qui a pour but d’aider le pays à  lutter contre les islamistes. « Le président a approuvé le déploiement d’un bataillon et, dans les prochaines vingt-quatre heures, une compagnie du bataillon va être déployée », a déclaré le colonel Yerima aux journalistes, ajoutant que le Nigeria prévoyait d’envoyer 900 soldats au total, soit 300 de plus que prévu initialement. Peu avant, les chefs d’état-major de l’Afrique de l’Ouest avaient entamé à  Bamako une réunion extraordinaire « pour libérer » le nord du Mali des groupes islamistes armés qui l’occupent depuis neuf mois. « Nous nous retrouvons aujourd’hui pour parler essentiellement de l’engagement (…) auprès de nos frères d’armes du Mali, pour, bien entendu, libérer le nord du Mali », a déclaré le général Soumaà¯la Bakayoko, chef d’état-major de l’armée ivoirienne, lors de la cérémonie d’ouverture de la rencontre. Les forces africaines se déploieront « d’ici une semaine », a déclaré le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, devant l’Assemblée nationale. Des frappes réussies dans la nuit de lundi à  mardi François Hollande a annoncé à  Abou Dhabi que de nouvelles frappes dans la nuit ont « atteint leur objectif ». La France va « continuer à  avoir des forces au sol et dans les airs », a ajouté le président français, selon qui le déploiement des forces de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) « va prendre une bonne semaine ». « Des avions [français] ont mené cette nuit des frappes sur la zone de Diabali : au moins cinq islamistes ont été tués et plusieurs blessés », a indiqué une source sécuritaire. Un habitant d’une localité voisine a déclaré avoir vu des islamistes armés en fuite après ces frappes. Des blindés sont arrivés à  Bamako La colonne d’une quarantaine de blindés français venue de Côte d’Ivoire est arrivée dans la nuit de lundi à  mardi à  Bamako. Ces éléments de la force Licorne, basée à  Abidjan, ont quitté la capitale de Côte d’Ivoire lundi matin et ont passé la journée sur la route, avant d’arriver dans la partie militaire de l’aéroport de Bamako vers 3 heures du matin (4 heures à  Paris). Des engins, notamment des blindés légers, vont dans un premier temps être cantonnés dans la capitale malienne avant d’être engagés dans les combats qui opposent depuis vendredi ce qui reste de l’armée malienne, appuyée par des soldats des forces spéciales et l’aviation française, aux islamistes armés qui occupent depuis neuf mois le nord du Mali. Un dispositif aérien renforcé Le nombre d’avions de combat basé à  N’Djamena, dans le cadre du détachement Epervier présent au Tchad depuis 1986, a été porté à  huit : deux Mirage F1CR et six Mirage 2000D. Trois avions ravitailleurs C135 sont également mobilisés, en plus des appareils de transport. Des Rafale mis en état d’alerte peuvent intervenir directement depuis la France, comme cela a été le cas dimanche près de Gao (nord du Mali), o๠quatre de ces chasseurs ont détruit des camps d’entraà®nement et des dépôts logistiques des groupes islamiste armés. Six d’entre eux stationnés à  Abou Dhabi sont notamment mobilisables. François Hollande a indiqué mardi que le Maroc et l’Algérie avaient « autorisé le survol de [leurs territoires] par un certain nombre de nos avions ». Des hélicoptères de combat, notamment des Gazelle équipés de missiles Hot et de canon de 20 mm, ont également été engagés dans la région de Konna. Le dispositif de renseignement a été renforcé avant le début de l’opération. Un satellite européen d’observation de la Terre, Pléiades 1B, permettant de balayer les zones de crise et de conflit, est notamment en orbite depuis début décembre. 150 000 réfugiés et 230 000 déplacés, selon l’ONU Des djihadistes ont évacué lundi les grandes villes du nord du Mali qu’ils occupaient, après des bombardements des forces françaises, mais ils ont pris la localité de Diabaly, à  400 km au nord de Bamako. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies, le nombre de personnes déplacés dans le pays est proche de 230 000, a précisé le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Quant au nombre de réfugiés chassés par le conflit au Mali, il approche les 150 000 personnes dans les pays voisins. Le HCR a recensé 54 100 réfugiés maliens en Mauritanie, 50 000 au Niger, 38 800 au Burkina Faso et 1 500 en Algérie. Par ailleurs le Programme alimentaire mondial, qui distribue de la nourriture au Mali via plusieurs ONG, a souligné qu’il lui manque un financement de 129 millions de dollars (95 millions d’euros) pour répondre aux besoins. Paris regrette l’absence des autres membres de l’UE Le ministre des relations avec le Parlement français, Alain Vidalies, a déploré mardi l’absence de partenaires européens de la France. « On ne peut pas dire que la France est toute seule », a assuré le ministre sur LCI, mais « il y a des absences qui sont un peu regrettables, c’est-à -dire qu’on peut constater en Europe un mobilisation un peu minimale », a-t-il déclaré. « Il va y avoir des rencontres, on espère que les choses vont s’améliorer, notamment aujourd’hui, ce serait bien », a poursuivi M. Vidalies. « La France n’a pas choisi d’aller toute seule, ce sont les événements qui ont dicté cette réponse », a assuré le ministre. L’ancien ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, a estimé que l’Europe, dont les « intérêts vitaux » sont concernés, devrait s’engager davantage au Mali, o๠la France va mener « une opération longue et difficile ». Au Mali, a-t-il poursuivi, « il y a de la criminalité, des trafics de drogue et du terrorisme politique. Tout ceci est dirigé contre nos démocraties et pas seulement contre la seulement la France ». La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a annoncé la tenue d’une « réunion exceptionnelle » des ministres des affaires étrangères de l’Union, probablement jeudi. Il s’agira de « dresser le bilan des possibles actions de l’UE en appui au Mali », a expliqué Mme Ashton, soulignant l’importance d’une « réponse internationale unifiée ». L’Italie a exprimé son soutien à  l’opération française au Mali, lors d’une conversation téléphonique entre les ministres français et italien des affaires étrangères, Laurent Fabius et Giulio Terzi, a-t-on appris mardi à  la Farnesina. L’Italie, indique-t-on, partage avec la France et ses autres partenaires européens l’objectif de la stabilité du Mali et la lutte pour l’éradication des mouvements terroristes. On rappelle à  la Farnesina que l’Italie a toujours été active pour promouvoir la mission européenne d’entraà®nement militaire de l’armée malienne. L’Organisation de la coopération islamique appelle à  un « cessez-le-feu » Le secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a appelé mardi à  un « cessez-le-feu immédiat ». Dans un communiqué, Ekmeleddin Ihsanoglu a appelé à  un retour aux négociations entre autorités maliennes et islamistes qui étaient parrainées par le Burkina Faso. M. Ihsanoglu s’est dit « profondément préoccupé » par la situation au Mali, exhortant « à  la retenue toutes les parties en conflit » et souhaitant une « solution pacifique du conflit ». L’OCI, basée à  Jeddah, en Arabie saoudite, regroupe 57 pays.

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