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Pourquoi les Américains ne sont pas au Mali

Il était sans doute malvenu de gâcher la fête. A quelques jours de la cérémonie d’investiture qui inaugurerait le second mandat de Barack Obama, les Etats-Unis avaient d’autres priorités que de s’engager militairement dans le conflit malien. Mais leur étonnante réserve, dans une guerre ouvertement déclarée contre le terrorisme avec des accents qui n’auraient pas déplu à  George W. Bush, a de quoi surprendre. En dehors des déclarations officielles rappelant que Washington soutient l’initiative de la France, que cette dernière agit bien à  la demande du Mali, de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et en conformité avec la résolution 2085 de l’ONU, on ne peut qu’être frappé par le service minimum dont fait preuve l’administration Obama. Au point que les autorités françaises regrettent amèrement ce minimalisme, qui se traduit par une absence d’aide militaire significative, laquelle serait pourtant bienvenue. A la grande différence de la Libye, o๠les forces américaines ont joué un rôle tout à  fait décisif dans les frappes aériennes, on déplore à  Paris le refus d’engagement des Etats-Unis et on constate que le carnage d’In Amenas, en Algérie, n’a rien changé à  leur position. Il est vrai que la logorrhée même des terroristes ne fait pas des Etats-Unis le « grand Satan » habituel ; leurs menaces ciblent bien davantage la France, objet de toute leur vindicte. Ajoutons qu’après l’attentat de Benghazi, qui coûta la vie à  l’ambassadeur américain, en septembre 2012, l’administration Obama est très soucieuse de ne pas entrer dans un nouvel engrenage africain, qui apparaà®trait comme une suite à  la désastreuse expédition en Somalie, au funeste enlisement en Irak, à  l’impopulaire guerre d’Afghanistan, à  la succession de déconvenues résultant du printemps arabe. Du reste, la loi des Etats-Unis interdit toute assistance, à  l’exception de l’aide humanitaire, à  un pays dans lequel un gouvernement démocratiquement élu est renversé. Même les avions ravitailleurs, dont la France a un besoin pressant, entrent dans la catégorie des armes par destination – et sont donc refusés. Cette fois, au Mali, pas de « leadership from behind » comme en Libye, théorie chère à  Obama, qui consiste à  « diriger depuis l’arrière ». Il n’y a guère que dans le domaine du renseignement que la France bénéficie des largesses américaines. En réalité, ce « profil bas » relève de facteurs plus profonds, qui découlent d’une divergence de fond entre Washington et Paris. L’an dernier, les Etats-Unis se sont opposés au projet de résolution déposé par la France pour autoriser l’envoi d’une force africaine au Mali, car ils reprochaient à  la conception française de mêler processus politique de réconciliation nationale et déclenchement d’une opération militaire dans le Nord. Le point de vue américain visait, lui, à  dissocier ces deux missions, en privilégiant l’apaisement politique et la formation des troupes maliennes pour renvoyer à  plus tard toute initiative militaire d’envergure chapeautée par l’ONU: les élections plutôt que l’intervention. La percée subite des islamistes vers le sud, qui a littéralement provoqué l’intervention française, a cependant consacré l’échec de cette perception: Washington, qui avait beaucoup investi dans la formation de l’armée malienne, a constaté, démuni, que bon nombre des cadres et des unités dites d’élite qu’il avait entraà®nés avaient fait défection et rejoint les rebelles. Néanmoins, l’administration américaine continue de marquer ses distances. Ce n’est pas la moindre des leçons de la guerre du Mali: Obama I avait exigé de son allié français l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, tandis qu’Obama II lui refuse aujourd’hui un soutien précieux. Le président réélu ne saurait mieux dire que ce n’est pas « sa » guerre.

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