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Sénégal : procès Habré, les choses s’accélèrent

Les familles des victimes de l’ex-dictateur ont longtemps reproché au Sénégal de traà®ner les pieds dans cette affaire. Le régime de Macky Sall veut montrer sa bonne volonté en accélérant le processus. Ainsi, le 1er avril prochain, l’actualité sur le continent sera, sauf évènement majeur inattendu, le début du procès de l’ex-dictateur tchadien, Hissène Habré. Un tribunal international pour rendre justice aux tchadiens Le tribunal spécial créé au Sénégal pour le juger a démarré ses activités et se prépare pour rendre justice aux milliers de victimes et leurs familles qui la réclament depuis des décennies. La fin de leur quête se précise de plus en plus. «J’ai attendu ce jour pendant 22 ans », a déclaré Souleymane Guengueng, qui a failli succomber aux mauvais traitements endurés pendant près de trois ans dans les prisons de Hissène Habré, puis a fondé l’Association des Victimes des Crimes du Régime de Hissène Habré (AVCRHH). « Je veux voir Habré comparaà®tre devant la justice avant que d’autres victimes ne meurent». Selon les victimes ou les familles des victimes qui ont porté plainte, il serait responsable d’un millier d’assassinats politiques. Après l’élection de Macky Sall à  la présidence du Sénégal en avril 2012 et l’arrêt de la Cour internationale de Justice du 20 juillet 2012 ordonnant au Sénégal de poursuivre en justice « sans autre délai » ou d’extrader l’ancien dictateur du Tchad, l’Union africaine et le Sénégal se sont mis d’accord sur un projet pour créer les « Chambres africaines extraordinaires » en vue de mener le procès au sein du système juridique sénégalais. Le tribunal chargé de juger M. Habré est composé de plusieurs Chambres qui poursuivront « le ou les principaux responsables » des crimes internationaux commis au Tchad entre le 7 juin 1982 et le 1er décembre 1990. Il est toutefois possible que Hissène Habré soit la seule personne à  être jugée devant ce tribunal. Le Statut des Chambres extraordinaires prévoit la participation des victimes à  tous les stades de la procédure en qualité de parties civiles, représentées par leurs avocats, ainsi que l’attribution de réparations en leur faveur. Un procès à  gros budget « Nous allons démontrer que Habré dirigeait et contrôlait les forces de police qui ont tué ou torturé ceux qui s’opposaient à  lui ou qui appartenaient simplement au mauvais groupe ethnique », a déclaré Jacqueline Moudeà¯na, avocate des victimes et présidente de l’ATPDH. « Les preuves montrent clairement que Habré n’était pas seulement politiquement responsable, mais aussi juridiquement responsable de graves crimes commis à  grande échelle». La phase préliminaire du procès, qui comprend une instruction conduite par quatre magistrats sénégalais, doit durer 15 mois. Elle sera vraisemblablement suivie d’un procès en 2014. Le procès Habré pourrait coûter une dizaine de milliards de francs CFA. L’Union africaine(Ua), l’Union européenne(Ue), la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Luxembourg, la France, les Etats-Unis et le Sénégal sont les grands contributeurs pour l’organisation et la tenue de ce procès. Le Tchad du président Idriss Deby a donné sa participation. Les autorités de N’Djamena ont déboursé deux milliards de francs CFA. Une contribution critiquée car elle met à  mal l’impartialité du tribunal ainsi financé par le « tomber » de Habré, l’actuel président, Idriss Déby Itno. Récemment, le gouvernement sénégalais a lancé un avis d’appel d’offres pour la construction d’une prison. L’annonce destinée aux entreprises est parue dans plusieurs journaux sénégalais. La presse sénégalaise qui a tôt fait d’y voir, la volonté du gouvernement sénégalais de prendre de l’avance dans l’affaire Habré. Tout porterait à  croire que l’établissement pénitentiaire abritera le célèbre prisonnier à  la fin de son procès.

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