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Gao à nouveau sous le feu des djihadistes maliens

Le scénario tant redouté depuis l’attaque islamiste contre le commissariat de Gao, le 10 février dernier, s’est vérifié jeudi dans la capitale du nord du Mali. Des islamistes armés, infiltrés la nuit précédente, ont mené une attaque d’envergure contre des bâtiments publics. L’assaut confirme que le conflit dans cette partie du pays a basculé dans une guérilla urbaine. Les affrontements ont débuté après le franchissement en pirogue du fleuve Niger par des rebelles venus de villages voisins. Ponctués par des tirs à  l’arme lourde, ils ont éclaté vers 23 heures, mercredi soir, aux entrées nord et sud de Gao. Les islamistes armés sont parvenus malgré les tirs de barrage à  investir le centre-ville. «Nos troupes ont reçu l’ordre d’attaquer. Si l’ennemi est plus fort, nous allons reculer pour mieux revenir, jusqu’à  la libération de Gao», a assuré à  l’AFP Abu Walid Sahraoui, porte parole du Mouvement pour l’unicité pour le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). «Nous allons libérer la ville de tous les mécréants. Nous avons le plan de leurs domiciles, de leur lieu de cachette, de leurs complices». Le tribunal en feu Selon une source militaire malienne, une quarantaine de djihadistes particulièrement déterminés ont convergé jeudi à  7 heures du matin vers la place de la charia, la grande place de Gao baptisée ainsi durant les neuf mois de règne du Mujao. Certains étaient déguisés en femme. Ils ont incendié le palais de justice ainsi qu’une importante station d’essence. Le feu s’est propagé au marché central, dont une partie des stands a été détruite. Les rebelles ont en outre tenté de s’emparer de la mairie. L’immeuble des impôts et celui de l’assemblée régionale ont également été touchés par les combats. «Ca n’arrête pas de tirer depuis plusieurs heures. Il y a une épaisse fumée au-dessus des maisons. Les rues sont désertes, les gens sont terrés chez eux», témoignait au téléphone un habitant. Des militaires français basés à  l’aéroport international qui sert de quartier général à  la base avancée de l’opération Serval ont été dépêchés sur place. «Nos soldats participent aux combats mais des forces sont également positionnées dans divers secteurs dans le cadre d’un dispositif plus large. Deux hélicoptères Tigre survolent les lieux», précisait un officier français. Les soldats français et maliens ont ouvert le feu à  la mitrailleuse sur l’hôtel de ville pour déloger les combattants du Mujao. Six pick-ups de l’armée malienne, équipés de mitrailleuses lourdes, sont également intervenus. Dans une rue voisine, un véhicule des forces maliennes a été touché par un engin explosif. Les tirs très nourris témoignaient de l’intensité des combats mais aussi, semble-t-il, comme le 10 février, des difficultés des soldats maliens à  toucher les cibles visées. Ces derniers ont en tout cas cessé de reculer face aux islamistes lors des engagements. La bataille a duré près de huit heures puis a baissé d’un cran. Des tirs se faisaient toujours entendre à  la tombée du jour. Le bilan provisoire était d’au moins huit morts du côté des djihadistes. On dénombrait de nombreux blessés dans les rangs de l’armée malienne et parmi les civils atteints par des balles perdues. Long ratissage Les djihadistes qui ont quitté Gao sans combat voici plus d’un mois juste avant l’arrivée des forces franco-maliennes ont opté pour la stratégie du harcèlement. Leur parfaite connaissance du terrain leur permet de circuler clandestinement d’un point à  un autre. Les islamistes sont dispersés par petits groupes dans les localités des environs et dans des «poches» situées à  une centaine de kilomètres autour de la route menant de Gao à  Tombouctou. Les armées française et malienne ont commencé à  avancer dans cette direction. Elles se sont emparées le week-end dernier de Bourem et tentent de contrôler peu à  peu la région. Bourem est un carrefour de routes dont l’une mène plus au nord vers Kidal et le massif de l’Adrar des Igoghas. Le ratissage des zones parcourues par les djihadistes autour des grandes villes du nord s’annonce long et difficile. Il devrait se poursuivre pendant plus semaines. D’ici là , de nouveaux raids de rebelles contre Gao sont à  prévoir.

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