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Mali: l’ONU plonge dans une marmite bouillante

Au Mali, même les radios ne résistent pas à  la chaleur. Ce n’est pas une métaphore. C’est Ameerah Haq, secrétaire générale adjointe des Nations unies, qui le dit pour décrire la réalité des vastes régions désolées – et pour la plupart désertiques – du nord du Mali. « Nous ne pouvons pas déployer nos systèmes de communication mobiles à  Kidal car des composants trop sensibles risquent de fondre », explique-t-elle à  propos de ce qu’elle qualifie comme « l’une des missions les plus difficiles des Nations unies au plan logistique ». L’opération a pourtant été lancée. L’Afrique ne compte plus les acronymes de charitables missions internationales de maintien de la paix envoyées sur son territoire : UNAMID, UNMIS, UNMISS, UNMIL, MONUSCO, MINURSO, MINURCAT, etc. A la liste de ces contingents de casques bleus – à  l’utilité variable – s’ajoute aujourd’hui la MINUSMA, Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali. Des défis dantesques Vue depuis les couloirs lustrés et climatisés du siège des Nations unies à  New York, la MINUSMA sera une superforce constituée de 11 200 soldats et 1 440 policiers, qui nettoieront un Mali déjà  en voie de rétablissement, avec un mandat pour « assister », « stabiliser » et « soutenir » les Maliens. Ses hommes se déploieront dans le nord du pays et veilleront à  ce que ces casse-pieds d’islamistes ne reviennent pas faire les 400 coups dans la région. Ils se chargeront aussi de préparer l’élection présidentielle que le Mali doit mettre en œuvre dans moins d’un mois. Comme l’a annoncé Ameerah Haq, le travail sur le terrain ne sera pas facile. Les problèmes logistiques sont une chose : le nord du Mali est un territoire qui ne pardonne pas les erreurs, et le déploiement de toute force militaire – a fortiori de cette ampleur – est un véritable défi. Il n’y a pas que le problème des radios qui fondent sous la chaleur. Les Nations unies se demandent sérieusement si les réserves d’eau seront suffisantes dans la région pour alimenter leurs troupes. Les spécialistes étudient la possibilité d’extraire l’eau de l’humidité de l’air afin de ne pas accaparer les ressources locales. Et c’est compter sans les difficultés politiques. Elles sont dantesques. Prenez, par exemple, la composition de la MINUSMA. Il est prévu d’envoyer de nombreux hommes sur le terrain, mais d’o๠viendront-ils ? La plupart seront d’anciens soldats de feu l’AFISMA (Mission internationale africaine de soutien au Mali), une autre force internationale dont les 6 000 hommes – originaires de divers pays africains – ont revêtu le béret bleu des Nations unies ce lundi. C’est un début mais la plupart des soldats africains sont loin d’être prêts à  remplir leur mission. D’après les estimations actuelles, il leur faudra encore au moins quatre mois d’entraà®nement avant d’être pleinement opérationnels (et nous savons ce que valent ce genre de calculs). Les meilleurs d’entre eux – les Tchadiens qui ont combattu aux côtés des Français et ont effectué quelques-unes des plus belles prises chez les rebelles – n’ont accepté de quitter N’Djanema qu’à  condition ne pas être envoyés au combat. Il faudra également vérifier qu’ils ne comptent pas d’enfants-soldats dans leurs rangs car une récente alerte a signalé le laxisme des autorités tchadiennes concernant la limite d’âge des recrues. Force internationale Paris transférera 1 000 de ses 4 000 hommes stationnés au Mali (les autres rentreront en France). L’Hexagone avait déjà  envoyé bien plus d’hommes que prévu – et pour bien plus longtemps – lors de l’opération Serval, son intervention surprise de janvier dernier. Pour les Français, la MINUSMA est une aubaine qui leur permet de sortir tout auréolés de leur opération éclair contre les rebelles, sans assumer toutes les responsabilités et le long travail de reconstruction du pays. Un contingent de 500 hommes sera envoyé – et c’est une surprise – par la république populaire de Chine. C’est la première fois que ce pays participe à  une mission de maintien de la paix en Afrique. Il s’agit d’un geste important et audacieux de la part des nouveaux maà®tres de Pékin, qui annonce peut-être une plus grande implication de la Chine dans les affaires politiques africaines, en plus de sa domination économique. Cela fait à  peu près 7 500 hommes. D’o๠viendra le reste des troupes ? Mystère. Et, disons le honnêtement, le discours des Nations unies sur les difficultés de l’opération ne va pas les aider à  recruter. Il sera difficile – et coûteux – d’obtenir davantage de soldats. Une fois établie, la MINUSMA sera confrontée à  une série de défis plus difficiles les uns que les autres.

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