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Aides ménagères à Bamako : travail ou exploitation ?

La crise économique, les difficultés agricoles, l’accroissement de la pauvreté ont accru l’exode rural. Les jeunes notamment, les filles viennent chercher du travail dans les villes en renonçant en général à  tout projet de vie sur une profession murement pensées et se mettent à  la poursuite d’un emploi immédiat. Devant l’épreuve de la vie plus ou moins précaire, elles n’auront qu’à  sauter sur l’opportunité d’un travail, le premier venu, sans aucun discours en termes de projet ou de contrat de travail viable à  respecter dans la durée. Dans les villes les employeurs ne se font pas prier pour engager ces travailleurs bon marché. 1 – Le circuit traditionnel d’embauche l’immense majorité des bonnes provient des milieux ruraux. De façon personnelle ou en accord avec les familles ; elles se trouvent obligées de migrer à  cause de la situation économique des parents. Leur trajet peut se faire en deux étapes. Dans le premier cas, elles font escale dans la ville voisine (proche du village) avant de parachever le trajet dans un grand centre urbain qui constitue le point de chute définitif. Mais dans la plupart des cas, elles se rendent directement à  la capitale. Elles connaissent le plus souvent le grand échec à  la suite d’un miroitement des promesses ambitieuses d’une vie réussie. En effet, une fois en ville, les filles se rendent chez un membre de la famille (tante, sœur, cousine, oncle…) ou chez une connaissance amie, si ce n’est cette dernière qui s’est rendue à  la campagne pour les chercher. Profitant des relations de voisinage ou d’amitié, la tutrice, parente ou non s’évertue à  la place de la fille pour un salaire négocié au préalable souvent de façon confidentielle avec l’employeur. Dans une telle situation la bonne intervient seulement au niveau de l’exécution des travaux. Elle est certes informée de son salaire et des tâches à  accomplir, mais il reste que des décisions importantes concernant son traitement réel lui échappent le plus souvent. Cette forme classique de recherche du travail domestique se traduit, par ailleurs, à  travers les démarches personnelles des bonnes obligées de faire le porte à  porte pour une éventuelle embauche. 2 – Le contrat : l’arrangement informel toujours à  l’ordre du jour Structurées ou non, la plupart des placements à  l’emploi sont caractérisés par un mode de fonctionnement non formalisé. Aucune disposition légale n’est prise qui garantit la crédibilité juridique du contrat. Il n’existe pas non plus de prescription sur les conditions relationnelles entres les personnes qui jouent le rôle d’agents de placement et les filles. De l’autre côté, les contrats entre les employeurs et les bonnes se situent en dehors du cadre institutionnel de la législation du travail. Tous les principes du fonctionnement, pire que dans le cas précédent, sont fondés sur un arrangement informel. 3 – Le salaire Autant les filles bonnes ne bénéficient d’aucune catégorisation professionnelles, autant elles n’ont pas de rémunération significative. Leur salaire varie d’un employeur à  un autre et cela en fonction de la volonté et le sentiment de ces derniers. Par leur travail, elles apportent un tant soit peu leur contribution au revenu des familles. Cependant l’argent qu’elles gagnent n’est pas regardé comme un salaire en tant que tel. Surtout lorsqu’il s’agit de petites filles. Non seulement l’emploi qu’elles exercent revêt un caractère illégal, mais aussi ne bénéficient ni de salaire minimum fixé par la loi ni d’aucun autre avantage prévu par les textes relatifs au contrat du travail. Ce sont des salaires dérisoires qui leur sont octroyés. Elles ne bénéficient d’aucun code juridique susceptible de les protéger contre les accidents et les maladies. De toute évidence, les filles bonnes ne sont pas rétribuées en fonction de leur prestation. 4-l’occupation journalière de la bonne : une pluri-prestation a- La bonne à  tout faire Bon nombre de filles sont marquées, certaines très tôt dans leur histoire familiale, par l’échec social. La crise économique et les difficultés agricoles subséquentes, l’accroissement de pauvreté et l’oisiveté provoquée ont accru chez certaines filles le sentiment d’inutilité sociale. Devenues très inquiètes quant à  leur avenir, elles renoncent au projet de vie sur une profession murement pensées et se mettent à  la poursuite d’un emploi immédiat. Devant l’épreuve de la vie plus ou moins précaire, elles n’auront qu’à  sauter sur l’opportunité d’un travail, le premier venu, sans aucun discours en termes de projet ou de contrat de travail viable à  respecter dans la durée. Dans cette lancée, elles ne résiste pas à  n’importe quelle proposition quelle qu’en soient les conséquences. Ainsi pour la quasi-totalité des jeunes filles pauvres et sans fonction, la seule issue possible est de travailler comme « bonne à  tout faire ».Manipulées au gré par les patrons, ces pauvres filles sont astreintes à  une multitude de travaux sans repos. Elles font à  la fois le ménage, la cuisine et s’occupent de la garde des enfants. Elles vivent ainsi dans une véritable situation d’esclavage travaillant en moyenne 12 à  15 heures par jour et ne recevant qu’un salaire de misère. Dans certaines familles, elles ne se contentent que des restes de nourritures et de vêtements usés des maitres. Du fait de de cette situation, ces bonnes ne sont en général ni respectées ni valorisées. Par leur position de « servantes », elles deviennent des proies faciles pour certains patrons et leur entourage familial. Elles sont souvent non seulement durement traitées par les épouses mais aussi et surtout harcelées sexuellement par les hommes. A cause de leur situation de misère, certaines sont obligées de se livrer à  la prostitution. A longueur de journée on la voit, soit en train de faire le ménage, soit aidant la «Â tantie » à  faire la cuisine, soit en compagnie d’un ou des enfants de la patronne dont elle a la charge. Pour tous ces travaux, elles ne perçoivent que des maigres salaires le plus souvent inferieurs à  10.000 Francs. Mais ce qui est grave, C’’est que ce salaire dérisoire n’est souvent pas payé. Ou alors, s’il doit l’être, C’’est des arriérés ou des impayés de plusieurs mois. Pour justifier de telles attitudes, les patronnes prétextent que les bonnes les volent, qu’elles sont mal élevées et qu’elles ne font pas bien le travail qui leur est confié. Pour cela elles sont souvent renvoyées systématiquement sans autre forme de procès. On ne dira jamais assez que les bonnes sont les premières victimes les plus exposées à  l’exploitation des employeurs. Dans la famille du patron, tout le monde a des droits sur elles. Souvent, pour un simple amusement avec les enfants de la patronne, elles sont sévèrement réprimandées et remise à  leur place. Quand elles tombent malades, les bonnes sont vite accusées d’être fainéantes ou paresseuses. La générosité ou plutôt la gentillesse du patron envers elle n’est nullement la récompense d’un travail bien fait ; mais l’appât subtil visant des couches clandestines dont elles ont l’obligation de ne jamais dévoiler sous peine d’être renvoyées. Malgré les corvées auxquels elles sont soumises, les bonnes ne bénéficient pas en général de congés et ne savent en réclamer. Elles se trouvent ainsi séparées longtemps de leurs parents qui s’inquiètent sans doute de leurs conditions d’existence, n’imaginant pas un instant le calvaire dans lequel elles se trouvent. De fortes interprétations ont tendance à  loger la bonne dans une classe inferieure qu’elle est finalement substituée à  une «chose». Une sorte de mise à  distances qui non seulement disqualifie fondamentalement le métier mais aussi et surtout enlève à  la concernée toute valeur humaine, détériorant ainsi son image social. Pour beaucoup la bonne parce qu’elle est «Â bonne, n’a droit à  aucune considération. Ainsi perd-t-elle sa dignité humaine puisqu’elle est obligée de subir toutes sortes d’assauts ou de sursauts d’humeurs de la part des membres de la famille d’accueil. Pour certains patrons, en plus de ses activités domestiques, la bonne constitue un «Â pneu secours» qui doit être soumises à  leur bon vouloir s’ils ont envie de calmer leur appétit sexuel. Plus dure, certaines patronnes, considèrent souvent la bonne comme une rivale et par conséquent lui font subir des manigances comportementales inutiles. Quant aux enfants et certains parents collatéraux, la bonne symbolise l’expression d’une servante prête à  obéir à  tout le monde. Elle peut donc être ridiculisée n’importe quand et n’importe oà¹. Ces traitements sont inhumains, dégradants et doivent déranger absolument toute société civilisée et respectueuse des droits fondamentaux de l’homme.

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