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Sékou Diarra : «Le Maroc protège ses intérêts au Mali»

Le roi du Maroc, sa Majesté Mohamed VI est en visite au Mali depuis mardi dernier. Cette deuxième visite royale intervient cinq mois seulement après la première en septembre lors de l’investiture du président Ibrahim Boubacar Kéita. Entre inaugurations notamment d’une clinique prénatale, ce vendredi à  Sébénicoro, et signatures de conventions dans divers domaines, la visite du roi apparaà®t bénéfique pour nombre de nos compatriotes. Cette lecture merveilleuse n’est pas tellement partagée par Sékou Diarra, le président de la Coalition des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali). Il se veut prudent et estime que la présente visite s’inscrit avant tout dans cadre du renforcement des intérêts marocains au Sahel en général au Mali en particulier. Pour Sékou Diarra, la visite royale s’inscrit dans la logique de la diplomatie d’Etat. Elle met d’abord en avant les intérêts marocains. Car convaincu que « la solidarité est galvaudée et que les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts notamment commerciaux. « Les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts » Il s’agit, explique le président de la CAD-Mali, d’utiliser la politique étrangère pour propulser les intérêts commerciaux et industriels en donnant l’opportunité aux entreprises publiques et privées marocaines de s’intégrer au marché malien. Le Maroc, de l’avis de Sékou Diarra, est déjà  présent au Mali à  travers ses multinationales à  l’image du groupe Attijariwafa Bank avec la BIM S.A et de Maroc Télécom avec la SOTELMA/MALITEL. Ce que M. Diarra appelle les multinationales du Sud appartiennent au Maroc et contribuent à  mieux asseoir le positionnement du Maroc dans un environnement mondialisé. =Par la présence de celles-ci, le Mali perd le contrôle sur sa sphère bancaire et de communication. C’’est pourquoi Sékou Diarra croit qu’une véritable aide marocaine à  l’endroit du Mali doit passer par des efforts tendant à  ramener à  notre pays, le contrôle de ces filières stratégiques tout en renforçant ses secteurs de souveraineté comme l’éducation. Les conventions qui ont été signées pendant la visite du souverain marocain laisse notre interlocuteur perplexe. Selon lui, lesdits accords s’inscrivent dans lune logique de partenariat public-privé, o๠la sphère privée vient dicter sa loi à  la sphère publique affaiblie. M. Diarra estime que les conventions devront prendre en compte les intérêts du peuple malien, contrairement aux contrats, tels ceux du domaine minier, qui n’accordent qu’une portion congrue au Mali. La santé oui, mais gratuite pour tous l’acteur de la société malienne apprécie la construction d’une clinique prénatale à  Sébénicoro. Elle atteindrait ses objectifs, explique-t-il, si elle sort de la logique marchande pour la gratuité des soins dans un quartier populaire comme Sébénicoro avec une population à  faible revenu. « On doit mettre l’accent sur la gratuité des soins. La santé fait partie des droits fondamentaux, elle ne doit pas être sujette à  marchandisation », dit-il. Par rapport à  l’intervention du Maroc dans la gestion de la crise du nord-Mali, Sékou Diarra la situe dans une dynamique géopolitique et géostratégique qui pourrait bien gêner l’Algérie, dont il préfère cependant la médiation, compte tenu de son voisinage géographique, historique et stratégique avec le Mali.

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