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Dérive du rap malien, les Sofas de la République attaquent

La rencontre à  laquelle étaient conviés des représentants de l’Etat, de la justice et des leaders religieux s’est tenue au Carrefour des Jeunes de Bamako. Elle avait un triple objectif, selon le porte-parole des Sofas, Mohammed Bathily alias Ras Bath. Il s’agissait premièrement, d’informer l’opinion sur les déviances et les atteintes aux mœurs dans le milieu des rappeurs maliens, d’appeler ensuite les différents acteurs à  une réaction rapide face à  ce qui est en train de devenir un fléau social. Et enfin, de lancer une pétition qui sera signée et déposée accompagnée d’une plainte pour que cessent les pratiques incriminées. Drogue, alcool, violence, la descente aux enfers du rap malien On se souvient du groupe Tata Pound sur scène lors de la seconde investiture du président Amadou Toumani Touré. Une consécration pour ces jeunes qui avaient, à  travers leurs textes, aidé à  la conscientisation de la jeunesse. Moins de dix ans après, le rap malien en est bien loin. Aujourd’hui, même si quelques uns font encore la différence, C’’est plutôt en prison que devront finir ceux qui en sont les figures, tant leur comportement laisse à  désirer, pire est un danger pour leurs fans. l’agression à  l’arme blanche, il y a quelques semaines de « Snipper » a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase des Sofas. « Comment on peut imaginer que des jeunes aillent chez l’un d’entre eux, avec des couteaux et des machettes, pour le tuer ? Tout ça à  cause de chansons ? » s’interroge Ras Bath. Il était temps, selon lui que l’opinion soit informée de ce qui se passe dans les familles, les écoles, dans la rue, et surtout lors des concerts des rappeurs maliens. Intimidations, agressions physiques, insultes, abus de drogue et d’alcool, incitation à  la haine, invocations sataniques, tel est le triste spectacle qu’offrent ceux auxquels la jeunesse malienne, dans sa grande majorité s’identifie aujourd’hui. « Il est urgent d’agir, sinon notre jeunesse ira à  sa perte. Nous nous battons pour reconquérir Kidal aujourd’hui… Ces enfants là , ils la vendraient pour se payer de l’alcool ! », dixit le Sofa. l’Etat doit prendre le taureau par les cornes En commençant par interdire les salles de spectacles et les stades à  tous ceux qui se sont rendus coupables d’actes délictueux. Et ils sont connus. Ras Bath cite les noms de Gaspi, Talbi , Sidiki Diabaté, Snipper et Iba One. Il appelle également à  dénoncer toute autre personne qui aurait les mêmes agissements que les cinq compères qui passent leur temps à  « injurier leur mère, faire la promotion de la consommation de la drogue et de l’alcool, à  appeler leurs fans à  s’adonner à  des pratiques religieuses dangereuses ». Le tout par clip vidéo interposé. Car, l’une des difficultés de toute cette affaire, C’’est que les enregistrements audio et vidéo se diffusent sous le manteau, par téléphone ou par cd, le tout échappant au contrôle des parents et même de l’autorité publique. « C’’est pour que plus personne ne dise qu’il n’était pas au courant que nous les avons appelés pour leur montrer, preuve à  l’appui, ce que font leurs enfants » affirme Ras Bath. Dans l’assistance, C’’est le tollé général et la stupéfaction face à  l’ampleur du phénomène. « Je n’aurai jamais imaginé cela », s’est écrié le 2ème vice-président de l’Assemblée Nationale, Amadou Thiam, en visionnant les images du dernier concert de Gaspi, o๠il faisait la promotion d’une certaine marque de bière, réputée hyper alcoolisée et même dangereuse pour le jeune public. Une autre vidéo montrant le même rappeur en train de fumer du cannabis devant un plateau rempli de stupéfiants, ainsi que des morceaux injurieux ont également été diffusés. « Et ce sont ces gens qui sont des références pour la jeunesse. Nous sommes tombés bien bas. Nos enfants ne sont pas capables de rendre une leçon de géographie mais ils peuvent chanter de bout en bout un morceau o๠un rappeur insulte la mère de son camarade… » se lamente Ras Bath. Les responsables de la police, de la gendarmerie, de la justice présents ont promis que des mesures seront prises. Mais les Sofas entendent prendre les devants et obliger les pouvoirs publics à  l’action. Ils ont ainsi lancé une pétition qui a été distribuée dans la salle. Ils appellent le maximum de personnes à  la signer d’ici le mardi 1er Avril prochain. Elle sera ensuite déposée accompagnée d’une plainte au niveau de la justice. « En France, C’’est le ministre de l’intérieur qui saisi la justice face aux dérives racistes de l’humoriste Dieudonné. Ici, il faut que l’Etat prenne ses responsabilités pour protéger notre jeunesse. Elle est vulnérable et ceux qui sont ses repères aujourd’hui la conduisent à  sa perte » conclut Ras Bath. Qui rappelle que selon l’article 176 du code pénal malien, l’usage d’alcool et de drogue dans un stade ou une salle de concert ou l’appel à  la haine lors d’une prestation publique sont passibles de 2 ans de prison assortis d’une amende de 200 000 francs CFA. Une infraction qui n’est pas prescrite avant 5 ans. Les Sofas espèrent que leur cri sera entendu car « le combat doit être collectif, parce que tout le monde est concerné ».

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