Politique › Politique Nationale

Mamadou Gaoussou Diarra : « Les jeunes ne sont pas que l’avenir, mais aussi le présent »

Pas d'image
Etre jeune aujourd’hui au Mali, ça veut dire quoi ? Entretien de A à Z avec le nouveau ministre de la jeunesse et de la construction citoyenne.

Il est jeune. Il est avocat. Il représente le nouveau ministère de la Jeunesse et de la construction citoyenne, séparé désormais du Sport. A première vue, Mamadou Gaoussou Diarra donne une impression de jeunesse. Et avec ses quarante ans passés, il inspire confiance à  ceux qu’ils représentent au sein du gouvernement. Très sollicité, par les groupements et associations de jeunes, il rêve d’une jeunesse plus structurée, plus confiante en elle-même, une jeunesse qui porte les valeurs de la génération Danbe ! Entretien à  bâtons rompus : Journaldumali.com : Quelles vont être les missions de ce nouveau ministère de la construction citoyenne et de la jeunesse ? Mamadou Gaoussou Diarra : C’’est effectivement un nouveau département, mais pas une nouvelle mission pour moi. Cela consiste à  encadrer cette jeunesse autour des valeurs de la République, à  travers une construction citoyenne, la condition même de toute action de redécollage de notre pays. On a vu le rôle de la jeunesse dans la vague démocratique, mais il s’en est suivi une forte déperdition des valeurs sociétales, comme élément de rattachement à  cette république. Si vous demandez aujourd’hui ce qu’est l’hymne national, rares sont les jeunes capables de l’entonner ou de savoir quelle est la signification des trois couleurs du drapeau ou encore de la devise du pays etC’… Des choses que l’on doit inculquer dans l’esprit des plus jeunes. Le pari est donc dans une nouvelle jeunesse imbibée des valeurs qui fondent la république et imprégnée des valeurs culturelles et qui fonde la génération Danbe. Cette jeunesse malienne a souvent été instrumentalisée, que faut-il faire pour réengager les jeunes vers la nouvelle construction citoyenne ? Aujourd’hui, nous voulons d’une jeunesse pensante et non plus d’une jeunesse qui est dirigée. Il nous faut travailler à  outiller la jeunesse pour qu’elle assume ses propres décisions. Et qu’elle sache o๠elle met les pieds et ne compose plus avec n’importe quel aventurier. Aujourd’hui, cette jeunesse constitue un potentiel. Vous voulez faire des actions de développement, il faut compter sur la jeunesse. Qui constitue une force positivée au service du pays. La jeunesse malienne est confrontée au chômage, mais surtout à  la qualité de l’éducation, qu’allez-vous faire dans ce sens ? Notre département se définit comme une sorte de point focal jeune au sein du gouvernement. Quand on parle de santé, on parle des jeunes. Quand on parle emploi ou agriculture, on pense prioritairement aux jeunes, C’’est donc une politique transversale. Et nous estimons aussi que l’éducation est à  revoir que ce soit à  la maison comme à  l’école. Aujourd’hui, il y a besoin d’asseoir de nouvelles bases et pour l’école et pour l’éducation familiale, faire en sorte que nous ayons des jeunes responsables, qui sont engagés et qui ne seront plus spectateurs mais acteurs de la transformation sociale. Des jeunes qui en définitive rêveront d’un Mali grand et qui travailleront pour ce Mali. Pour rentrer dans le détail, comment définissez-vous la jeunesse? La jeunesse peut être un état d’esprit. Il y a des jeunes vieux tout comme il y a des vieux qui sont jeunes dans leur tête. Mais pour revenir à  une définition plus exacte, je vois cette jeunesse sous la tranche d’âge o๠on est physiquement le plus capable. On est plus tout à  fait dans l’enfance et pas non plus dans une courbe descendante mais en pleine capacité et C’’est psychologiquement le moment o๠on a le plus envie de refaire le monde. Ici au Mali, même si les statistiques fluctuent, on peut compter sur à  peu près 70% de la population, qui est jeune. Entre 15 et 35 ans. Alors, vous considérez-vous comme un jeune ministre ou un ministre jeune ? Quand on ramène au contexte malien, je suis un jeune ministre. Mais pour ne rien vous cacher, J’ai dépassé la quarantaine. Ailleurs, je ne serais pas vu comme un jeune, mais comme un citoyen à  part entière sans être catégorisé. A quarante ans, dans d’autres pays, on assume des fonctions de présidence sans être pointé du doigt sur l’âge. Ici tant que le papa est là , on est considéré comme l’enfant, donc, oui, toutes proportions gardées, je me considère comme étant plus proche de la jeunesse que de la vieillesse. Au Mali, on demande souvent aux jeunes d’attendre leur tour. Les aà®nés ont du mal à  leur céder la place et le renouvellement aux postes ne se fait pas vite ? Oui, cela est du à  une perception paternaliste du jeune dans la société malienne. Et cela effectivement ralentit les choses. Mais d’un autre côté, il ne faut pas s’attendre à  ce que les autres vous fassent la place. C’’est aux jeunes de se battre et montrer qu’ils sont capables et porteurs de valeurs, parce qu’ils ne représentent pas que l’avenir mais aussi le présent. Je pense que le changement viendra, mais avec une transition générationnelle qui devra se faire en douceur dans une logique de succession naturelle. Beaucoup de jeunes sont regroupés, au sein du CNJ ou dans la Jeune chambre et ailleurs, faut-il passer par là , pour se faire entendre des plus hautes autorités ? Pour moi, un jeune engagé n’est pas un loup solitaire. On s’engage sur des projets par rapport à  une communauté. l’engagement passe par une mise en synergie des idées et des moyens d’action. Lorsqu’on se regroupe dans des associations ou même un parti politique, on prend de son temps pour s’engager dans des actions sociales. Et je pense même aux associations de consommateurs qui pour moi participent aux processus d’évolution de la cité. Sur le plan économique, on ne voit pas assez les jeunes opérateurs dynamiques qui illustrent la réussite autrement que par le tout politique ? J’ai une lecture différente. Au début des années 90, en effet, ce n’était pas le cas. Mais aujourd’hui, de plus en plus de jeunes émergent à  la tête d’entreprises structurées qui font du chiffre d’affaires. On ne les voit peut être pas car malheureusement, ils ont tendance à  dissocier cette activité économique de tout engagement social. Parce qu’on estime que la chose politique est vile et cela peut être mal vu. Mais la révolution est là . Certains jeunes ont compris que le Tout Etat est fini et qu’il y avait des possibilités dans le privé et ce secteur privé est de plus en plus dynamique. Pour finir, qu’est-ce que la génération DANBE ? La génération DANBE, C’’est un label. Nous voulons labelliser tout ce qui est modèle de réussite jeune pour les jeunes maliens. Que les jeunes puissent s’y identifier et se dire, je veux en être et par la vertu, et la performance et par l’exemple. C’’est simplement une génération de jeunes maliens qui en veut un peu plus pour son pays.

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut