Culture › Arts Plastiques

Baba Salah a mal à son Nord

Journaldumali.com : Qui est ce Baba Salah si salé ? Baba Salah : On peut se faire une idée du goût d’un plat à  son apparence, mais si Baba Salah parait aussi salé, C’’est que l’artiste musicien que je suis pense qu’il reste beaucoup à  faire. l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Malgré la célébrité nationale, je n’ai pas encore l’occasion ou l’opportunité de faire connaitre ma musique à  l’échelle internationale comme je le souhaite. J’ai commencé à  m’intéresser dès mon jeune âge à  la musique à  Gao qui m’a vu naà®tre et grandir. Parallèlement à  mes études, je dirigeais un orchestre avec des instruments bricolés par mes camarades d’enfance. Imitateur du guitariste, J’ai moi-même fabriqué ma première guitare dont les notes sortaient de ma bouche. De fil en aiguille, je me suis fait repérer par le guitariste de l’orchestre régional (le Songho௠Star) qui m’a intégré comme batteur et J’en ai profité pour avoir accès aux guitares et m’entrainer. Un jour à  la grande surprise de tous on m’entendit jouer de la guitare et J’ai été accepté comme second guitariste de la formation à  l’âge de quinze ans. Le D.E.F en poche, J’ai été orienté au lycée technique mais une fois à  Bamako, J’ai appris l’existence de l’Institut National des Arts et je n’ai pas hésité à  faire le concours pour apprendre la musique. J’y ai passé quatre ans pour décrocher mon diplôme. Journaldumali.com : Vous n’êtes pas « Djéli » (griot), alors comment avez-vous fait pour que votre famille accepte votre statut de musicien ? Dans ma famille, C’’est surtout mon père qui s’opposait à  ma passion mais sa grande croyance en Dieu en tant que musulman a plaidé en ma faveur, et il a fini par comprendre que l’homme suit son destin. Aujourd’hui, la famille est fière de moi et je suis comme une référence pour tous ces jeunes qui aiment faire de la musique. Journaldumali.com :Comment avez-vous vécu la crise en tant que fils du nord et en tant qu’artiste, vous avez dû annuler plusieurs contrats ? Ce qui s’est passé au nord et qui continue d’ailleurs n’a laissé aucun malien indifférent mais en tant que natif de Gao, J’avoue que cela m’a laissé un goût particulièrement amère. Un sentiment d’humiliation et d’impuissance qui nous a psychologiquement affectés et qui laisse dans nos C’œurs des blessures incurables. Je n’ai jamais été aussi atteint dans mon amour propre. C’’est une situation inadmissible. Nous nous remettons à  Dieu car la situation reste ambigà¼e. Journaldumali.com : La musique nourrit-elle son homme au Mali avec la piraterie ? La musique malienne a toujours été victime de la piraterie mais avec l’avènement des nouvelles technologies, le fléau a atteint des proportions incontrôlables. Le transfert des œuvres artistiques d’une façon illégale par les téléphones mobiles et les ordinateurs, a fini par décourager tous ceux qui à  l’époque tentaient de combattre la piraterie. Néanmoins, nous gardons espoir avec les spectacles comme les concerts, les galas et les prestations dans les cabarets, nous parvenons à  joindre les bouts. Nous avons parfois le soutien de nos fans. C’’est le moment de saluer et de féliciter le Bureau Malien des Droits d’Auteur qui n’a ménagé aucun effort pour trouver un accord avec les opérateurs de téléphonie mobile afin qu’il dégage chaque année un pourcentage d’argent à  donner aux artistes en guise de compensation. Journaldumali.com : Les maisons de production se raréfient et même des structures comme Seydoni ne parviennent plus à  faire les Tamani d’or, comment faà®tes-vous pour vous faire produire et rentabiliser cette production ? Baba Salah : La stratégie adoptée par la plupart des artistes consiste à  faire des singles et certains font de l’auto production même si ce n’est pas toujours rentable et je fais partie de ce lot. Journaldumali.com : Vous avez eu à  accompagner Oumou Sangaré pendant longtemps, comment appréciez-vous sa carrière ces dernières années et qu’est-ce qui fait la force de cette artiste ? Oumou Sangaré est une artiste très talentueuse mais C’’est surtout une battante. Sa beauté physique et vocale lui ont permis de se faire remarquer par de grandes maisons de disques comme World Circuit de Nick Gold et force est de reconnaitre le professionnalisme de la diva. J’ai travaillé avec elle pendant huit ans et je pense qu’elle se maintient toujours. Elle est constante tout en gérant plus de responsabilités. Pour moi, elle est la meilleure. Journaldumali.com : Avez-vous de bonnes relations avec les autres musiciens puisqu’il se dit que votre milieu est difficile et infesté de gens faux ? Il est vrai que le milieu est infesté mais je puis vous affirmer que de mes souvenirs d’artiste, je n’ai eu de problèmes avec aucun artiste. Je suis tout d’abord un mélomane. J’aime beaucoup écouter la musique des autres et J’aime beaucoup la musique malienne. Je travaille avec plein d’artistes sur leur album. Je respecte toutes les œuvres artistiques et je réponds présent à  tout artiste qui solliciterait ma collaboration. Ce que je déplore dans le milieu, C’’est ce coup de pouce qu’on attend en vain des ainés. Ils ne tendent pas toujours la perche aux jeunes. Journaldumali.com : Dà®tes-nous, qu’attendez-vous des nouvelles autorités surtout au plan culturel ? Je souhaite qu’elles impliquent de plus en plus des hommes de culture pour gérer le département de la culture et pourquoi pas dans d’autres domaines. Il faut donner les mêmes chances à  tous. Les autorités doivent revoir à  la hausse le budget alloué au département de la culture d’autant que le budget actuel est une goutte d’eau dans l’océan, compte tenu de la complexité et de l’ampleur de la culture. Il faut encourager les initiatives culturelles et la créativité. Journaldumali.com : Comment gérez-vous votre célébrité avec ces nombreuses femmes qui tournent autour des artistes ? l’artiste n’est rien sans les femmes autour cependant pour bien gérer sa célébrité il faut les avoir comme amies plutôt qu’amantes. On me dit timide mais je ne ma cache pas, je suis marié, J’ai des enfants et je suis heureux avec ma petite famille que J’aime plus que tout y compris la musique. Journaldumali.com : Salif Keita a déclaré dernièrement qu’il ne fera plus d’album, est-ce à  dire que se produire en concert, organiser des spectacles et contrôler les circuits de commercialisation sont devenus quasi impossibles au Mali ? Le plus souvent la musique est une passion avant d’être un boulot C’’est pourquoi il serait difficile pour un artiste d’arrêter la musique parce que ce n’est pas rentable. Si Salif a essayé C’’est déplorable mais je pense que comme feu Ali Farka Touré ce ne serait pas facile d’arrêter. Il faut trouver des alternatives d’autant que dans nos pays l’industrie musicale n’est pas fiable dans nos pays. Journaldumali.com : Le dernier mot de Baba ? Je formule des prières pour le Mali. Notre pays ne mérite pas ce qui lui arrive. Que Dieu bénisse le Mali.

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