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Fête de l’Armée: une fête sans les militaires

Chômée et payée, la journée du vingt janvier n’a rien de spécial chez les militaires. Pas de repas amélioré, pas de parade en ville, pas d’annonce majeure, pas de prime spéciale, juste l’observation d’un jour férié au niveau de l’agenda républicain. Les principaux concernés ne se plaignent pas pour autant. Ce caporal jeune vétéran du nord reconnait que « le pays est en crise, les ressources financières se raréfient et les urgences sont nombreuses donc l’absence de manifestations grandioses se comprend dans les rangs de l’armée ». Dans ce camp familièrement appelé « la base » à  Bamako, rien ne montre que cette journée est dédiée aux militaires. Les uns, regroupés autour du thé, discutent de tout et de rien pendant que les autres s’agglutinent devant un téléviseur pour vivre la coupe d’Afrique des nations de football. Au foyer du soldat, des officiers bien endimanchés prennent les précautions d’usage avant de nous parler. Le vécu militaire de votre serviteur installe la confiance et les langues se délient. Nous parlons de plusieurs sujets : l’absence de couverture aérienne dans une guerre, les nouvelles stratégies qui s’imposent face aux extrémistes, la nécessité d’ériger un corps d’élite spécialisé dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’ouest avec un commandement unifié et l’impérieuse nécessité de revoir les primes globales alimentaires des militaires maliens. A ce niveau, un adjudant major s’emporte « nos camarades étrangers en mission dans le nord sont bien payés à  leur retour au pays et nous les nationaux recevons des miettes après un séjour dans cette zone de guerre qui n’appartient plus au Mali. Les Nations unies doivent tout harmoniser pour éviter une démotivation des troupes ». Point de vue appuyé par les autres. Un officier oublié, semble-t-il, au tableau d’avancement au vu de ces barrettes décolorées de commandant se rapproche de notre table pour s’expliquer « cette fête devait être l’occasion pour l’autorité de réunifier l’armée malienne. Il faut soit juger soit pardonner tous les militaires détenus ça et là . Nous sommes tous des frères d’armes et notre seul ennemi reste ceux qui veulent déstabiliser notre pays ». Sa position est confortée par un autre officier retrouvé au camp des parachutistes de Djicoroni. « Nous avons tourné la page du différend bérets rouges contre bérets verts autrement dit même le capitaine Sanogo mérite d’être gracié et les familles des disparus indemnisées. C’’est ainsi que l’Etat ramènera la paix et la concorde dans les rangs de l’armée avec en plus une politique sociale forte. On nous avait promis des logements sociaux, plus de moyens, de nouveaux équipements et jusqu’ici rien puisque en lieu et place on ne nous parle que de surfacturation. Les forces armées maliennes méritent mieux ». Ce 20 janvier, les C’œurs n’étaient pas à  la fête chez les militaires. Ils attendent de l’Etat plus de moyens, plus de transparence et le respect des engagements pris.

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