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Mali: la violence faite aux femmes coûte 6.2 mrds $ par an

Une lourde facture qui provient en majeure partie de violences cachées, et non des violences visibles qui occupent le devant de la scène médiatique. Les conflits armés sévissent depuis trop longtemps dans beaucoup trop de régions, comme la Syrie ou le Soudan, et sont dévastateurs pour les populations concernées. Des économistes ont analysé les coûts des conflits armés, incluant le taux de décès dus aux guerres civiles, aux guerres régulières et au terrorisme, mais aussi le coût des réfugiés et l’impact négatif des conflits sur le long terme sur la croissance économique des pays concernés. Bien que ces coûts soient élevés dans les régions particulièrement sensibles, leur impact économique global est relativement faible – avec un coût total de 0.2% du PIB mondial. Par contre, d’autres formes de violence engendrent des impacts plus conséquents et méritent à  juste titre que la communauté internationale leur accorde plus d’attention. Tels sont les arguments avancés par James Fearon et Anke Hoeffler dans leur rapport sur les recherches qu’ils ont effectuées pour le Copenhagen Consensus. Prenons en exemple la triste réalité de la criminalité : le taux de décès par homicide volontaire est 9 fois supérieur à  celui d’un champ de bataille d’une guerre civile. Le coût total de la criminalité, incluant les homicides mais aussi les agressions et le sentiment d’insécurité qui en découle, s’élève à  plus de 1.4% du PIB mondial. En Afrique subsaharienne o๠le taux de criminalité est plus élevé, ce coût atteint presque 4% du PIB régional – soit environ 86 milliards de dollars. On notera que ce taux n’exprime pas une perte directe, il se réfère aux avantages économiques dont bénéficierait la région si ces actes criminelles pouvaient être éviter – avantages qui équivalent à  une amélioration de 4% du niveau de vie des citoyens. Cela étant, même la criminalité ne représente qu’une petite partie de la violence dans le monde. Les impacts les plus dévastateurs de la violence sont issus de deux problèmes souvent ignorés, auxquels nous devons consacrer plus d’attention comme le démontre cette analyse économique. 125 millions d’enfants en Afrique subsaharienne maltraités Le premier est la violence infligée aux enfants : un grand nombre d’enfants subissent des méthodes éducatives très violentes à  travers le monde. Si plupart des parents appliquent des approches non-violentes comme l’explication des conséquences d’un mauvais comportement et la perte de privilèges, la prévalence des maltraitances qualifiées par l’ONU de châtiments corporels grave reste élevée – touchant chaque mois 15% des enfants dans le monde. Ces maltraitances consistent à  frapper l’enfant sur le visage, les oreilles ou la tête, voire à  le battre avec force avec un outil et à  plusieurs reprises pour 4% d’entre eux. 290 millions d’enfants, dont 125 millions en Afrique subsaharienne, subissent chaque mois ce type de maltraitance. Cette analyse économique a montré que le coût global de ce type de maltraitance s’élève 3.5 billions de dollars par an – dont 4 milliards de dollars pour le Mali. Ces chiffres regroupent le coût des interventions des services de protection de l’enfance et la perte de gains professionnels futurs chez les enfants maltraités. Pour autant, les coûts les plus importants en matière de violence proviennent des violences perpétrées sur les femmes – qui se manifestent sous plusieurs formes, y compris l’infanticide féminin, la mutilation génitale féminine (l’excision) et l’incitation des veuves au suicide. Toutefois, le coût le plus important est dû à  la violence conjugale qui se traduit par des gifles, des coups, des strangulations, des brutalités, des brûlures intentionnelles et des abus sexuels. Cette forme de violence a affectée l’an dernier plus de 28% des femmes subsahariennes. 6.2 milliards de dollars, coût social des violences domestiques au Mali Le coût global des violences faites aux femmes s’élève à  4.4 billions de dollars par an – dont 2.2 milliards rien que pour le Mali. Additionné au coût de la violence contre les enfants, cela porte le coût social des violences domestiques au Mali à  6.2 milliards de dollars par an. Dans le but de déterminer les meilleures cibles sur lesquelles le monde doit concentrer ses efforts, l’ONU et la communauté internationale essaient de répondre à  la question : Quel genre de monde souhaitez-vous pour 2030? C’’est pourquoi nous avions initié au sein de notre cellule de réflexion, le Copenhagen Consensus, avec le concours de nombreux économistes éminents, un étude sur les coûts et les bénéfices économiques, sociaux, et environnementaux des diverses cibles proposées, allant de la santé, l’alimentation et l’éducation à  la question épineuse de la violence. Ces études ont montré que nous pouvons réduire la prévalence des guerres civiles avec un déploiement plus effectif des forces de maintien de la paix. Malgré un coût relativement élevé, cela pourrait aider à  la prévention de futures guerres civiles – et produire 2 à  7 dollars de bénéfices pour chaque dollar dépensé. Toujours selon ces analyses, un changement des lois sur l’alcool pourrait réduire partiellement la prévalence des agressions : pour exemple, l’application en Grande Bretagne de tels changements a réduit le taux d’agressions à  tel point que les bénéfices ont dépassé les coûts à  raison de 17 dollars pour un dollar dépensé. Renforcer les services sociaux Dans le but de réduire la violence contre les femmes et les filles, un programme appelé “SASA !” (“Maintenant !” en kiswahili) a été lancé en Ouganda pour sensibiliser la population sur le caractère inadmissible de la violence conjugale – ce qui a permis de réduire de moitié ce phénomène dans le pays. Bien que ce programme semble être une excellente idée, nous ne disposons pas pour l’instant de l’analyse permettant d’établir les bénéfices d’une telle initiative pour un dollar dépensé. Autrement, le renforcement des services sociaux pourrait aider à  la réduction de la violence contre les enfants. Des études menées dans l’état de Washington ont montré que les programmes de visites à  domicile peuvent réduire le taux de maltraitance des enfants et par conséquent, réduire les dépenses liées aux services de protection de l’enfance et aux éventuels procès, mais aussi les coûts liés aux impacts de telles actes sur la santé physique et psychique des enfants, et leur qualité de vie. Ce genre d’initiative pourrait produire un bénéfice de 13 à  14 dollars pour chaque dollar dépensé. Nous devons actuellement entamer des discussions sur les cibles que nous devons fixer pour la communauté mondiale. Connaà®tre les coûts et les bénéfices de la lutte contre la violence constitue une pièce importante du puzzle.

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