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Nigeria-Boko Haram: Jonathan à contre-temps

l’aventure sanglante des extrémistes religieux de la secte Boko Haram a commencé il y a treize ans. Objectif affiché, imposer la charia (loi islamique, ndlr) au pays en commençant par les Etats à  majorité musulmane du nord. Depuis, les « fous de Dieu » sont devenus plus ambitieux, surtout depuis qu’ils sont sous la férule de Abubakar Shekau, leur leader depuis 2010. Dans les attentats en série aux enlèvements de masse en passant par les razzias régulières, plus de dix mille personnes ont laissé la vie. De partout des voix se sont élevées pour demander la fin du carnage. Des conférences et grandes déclarations se sont succédé, mais rien n’a changé. On n’en est finalement été réduit à  se demander comment le Nigéria, première puissance économique de l’Afrique subsaharienne, premier producteur de pétrole, grand pourvoyeur de soldats de la paix, ne parvient pas à  faire face à  Boko Haram. Et voici qu’à  quelques semaines de la présidentielle qui est prévue pour le mois de mars prochain, les autorités nigérianes, avec à  leur tête le président et non moins candidat, Goodluck Jonathan, haussent le ton. Une réaction pour le moins tardive et qui suscite de nombreux commentaires, à  commencer par ceux des Nigérians. Il aura fallu la mobilisation des voisins, Tchad et Cameroun, beaucoup plus fermes et combatives qu’Abuja et surtout la perspective d’une présidentielle disputée pour que le sort des populations intéressent leurs propres dirigeants ? La pilule a du mal à  passer. Promesse fantaisiste ? Alors qu’il était particulièrement atone sur la situation sécuritaire, se contentant de parler économie lors de la campagne, Goodluck Jonathan semble avoir enfin décider de prendre les choses en main. Le lundi dernier, Sambo Dasuki,son conseiller national à  la sécurité, annonce que «tous les camps connus de Boko Haram seront balayés» et le pays pacifié dans les six semaines de report des élections présidentielles et législatives. Utopie, répondent les observateurs parmi lesquels Roland Marchal, chercheur au CNRS et au CERI-Sciences Po. Interrogé par nos confrères de 20minutes.fr, il est très clair, cette promesse, fondamentalement liée à  la campagne présidentielle en cours, ne sera pas tenue. Six semaines pour venir à  bout d’une organisation aussi structurée, armée et riche que Boko Haram, cela semble effectivement improbable. Le camp de Goodluck Jonathan, le président sortant (Parti démocratique populaire, PDP), inquiet face à  la montée de son principal concurrent, l’ancien général Muhammadu Buhari, candidat du Congrès progressiste (ACP), essaie de regagner du terrain. Buhari rattrape Jonathan dans les sondages ces derniers jours, alors que les chiffres n’étaient pas en sa faveur il y a seulement quelques semaines. Cette annonce est donc perçue comme une tentative du parti au pouvoir de gagner du temps avant les élections, et quelques points sur Boko Haram éventuellement aussi. Le premier pari semble plus facile à  gagner que le second.

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