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La Méditerranée ou le tombeau des rêves

Les chefs d’à‰tat et de gouvernement se réunissent ce jeudi 23 avril 2015 à  Bruxelles pour proposer une réponse aux drames des migrations en Méditerranée. Une rencontre qui cristallise l’attention de tous ou presque, tant ce sujet fait l’objet d’intenses débats. «Il faut donner une réponse qui ne soit pas seulement une réaction émotive », disait il y a quelques jours Matteo Renzi, le premier ministre italien. Il y a un deux ans, à  Lampedusa, plus 127 corps de femmes et d’enfants ont été repêchés, 200 personnes ont disparu et 155 personnes sauvées, sur les 500 migrants qui étaient dans le bateau qui a fait naufrage à  presque 550 m de Lampedusa, cette à®le italienne de 600 habitants, plus proche de l’Afrique, et dont les habitants vivent essentiellement de la pêche et du tourisme. Un bilan meurtrier devant lequel la maire de Lampedusa, GiusiNicolini, n’a pu contenir ses larmes, même le pape François avait réitéré son soutien à  ces migrants. Comme dans le naufrage de Lampedusa, celui survenu le dimanche dernier à  offert à  d’aucuns l’occasion, trop belle d’ailleurs, de tirer sur une Europe qui ne veut pas de ces immigrants. Ces immigrants qui sont excédés, auxquelles on fait miroiter les chances, fausses, d’une réussite dans une Europe qui les repousse comme on décline une offre, et qui veut se débarrasser d’eux, par tous les moyens, y compris en les laissant se noyer en mer. Mais, disons-le, il ne faut pas refuser de se laver la figure parce qu’on a les yeux crevés, pour parler comme les bamanan. Ce qu’il faut dire en revanche, C’’est que ces naufrages sont d’abord ceux d’un continent- l’Afrique – dont les pays ne sont jamais parvenus à  assurer à  leurs populations des conditions de vie « sortables ». Des pays o๠la famine sévit comme un feu de brousse sous l’harmattan, et,résultat, la Méditerranée est devenue le tombeau des rêves d’une vie meilleure de ces migrants qui, la misère aux trousses, préfèrent tourner le dos à  leur pays socialement, politiquement et économiquement en panne. Leurs pays figurant en bonne place au nombre des pays peu respectueux des libertés et des droits de l’homme avec le parti unique, une justice tout sauf indépendante, des oppositions en exil, en Europe et aux Etats-Unis. Et nombreux sont ceux qui sont d’avis aujourd’hui qu’il faut renforcer la surveillance des côtes d’o๠partent« ces voyages de désespoir et de la mort. » Il est clair que surveiller les côtes ne suffit pas, car ce n’est pas aujourd’hui, en 2015, que les jeunes Africains ont commencé à  monter au casse-pipe pour rallier l’Europe. Hier, en 2003, l’Espagne était une destination prisée pour ces immigrés clandestins, Africains majoritairement, qui tentaient de passer le détroit de Gibraltar (entre le Maroc et l’Espagne) au péril de leur vie. Et, encore plus important, parmi ces immigrés 10 % étaient des femmes, qui arrivaient en Espagne enceintes, ce qui facilitait d’ailleurs leur régularisation (la loi espagnole sur l’émigration clandestine prévoyait la régularisation des personnes les plus vulnérables, dont les femmes enceintes ou avec enfants). Mais, on sait que depuis 2001, l’Espagne avait renforcé son système de surveillance du détroit sous la pression sécuritaire de l’Europe. Ce qui n’a dissuadé ni les passeurs ni les candidats à  cette immigration clandestine. Et pour finir, disons-le clairement, s’il y a aujourd’hui un mensonge qu’on jette aux Européens comme des os aux chiens, C’’est de leur faire croire que l’immigration est la seule menace. Au point que les politiques prennent des mesures pour tarir le flux de migrants qui arrivent à  Lampedusa, traversent le détroit de Gibraltar… Personnellement, je crois à  cette règle, qui n’est écrite nulle part, selon laquelle « rien ni personne ne peut arrêter un être humain qui a décidé de quitter sa terre pour un ailleurs qu’il juge meilleur». Pour faire court, il faut dire que l’Europe et le monde entier n’assisteront plus à  une tragédie de cette sorte le jour o๠la Mondialisation sera une réalité !

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