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Accord d’Alger : Pourquoi il faut y croire ?

l’accord négocié à  Alger, qui sera signé à  Bamako le vendredi 15 mai en présence des représentants de la communauté internationale et de plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement étrangers, constitue une étape décisive sur la voix de la paix et de la réconciliation au Mali. Bien que le doute planait encore sur la participation de toutes les parties, cet accord peut poser les bases d’un renouveau du modèle malien dans les domaines institutionnel, sécuritaire, du développement et de la réconciliation. Politique et Institutionnel : l’Etat plus proche des citoyens Sur le plan institutionnel, l’accord de paix apportera un changement dans la réorganisation du territoire, avec une administration locale comme principe de gestion des collectivités. l’objectif est de rendre l’Etat « plus concret pour les populations et plus proche de leurs préoccupations quotidiennes », avec davantage de décisions qui seront prises à  l’échelon local dans le cadre du transfert de compétences de l’à‰tat central vers les régions. Ces dernières seront « dotées d’une assemblée régionale élue au suffrage universel direct, et bénéficieront d’un très large transfert de ressources et jouiront des pouvoirs juridiques administratifs et financiers appropriés », selon le texte de l’accord. Ainsi, chaque citoyen se sentira directement impliqué dans la gestion des affaires publiques, et ce sur l’ensemble du territoire national. Il s’agit ni plus ni moins d’une décentralisation approfondie, « pour donner un pouvoir de décision à  la communauté locale », selon Idrissa Sanogo, expert en décentralisation. Autre dispositif prévu à  l’accord, la mise en place d’une seconde chambre, le Sénat. Ce projet, déjà  sur la table à  l’époque d’Amadou Toumani Touré (ATT), permettra d’accroà®tre la représentativité nationale du Parlement, et l’intégration des notabilités locales et chefferies coutumières, contribuant ainsi à  un meilleur équilibre entre la société moderne et la tradition malienne dans les instances de décision. Pour la réussite du processus, 30% des ressources budgétaires nationales seront allouées aux collectivités, avec une priorité pour les régions du Nord o๠existe un retard relatif. Il s’agira de créer des ressources adaptées et spécifiques en accord avec l’à‰tat. Quant aux revenus miniers et pétroliers, ils reviendront en partie aux collectivités sur les sols desquelles ces ressources sont exploitées, ce qui devrait permettre, notamment, de développer davantage les régions minières de Kayes et Sikasso. Réconciliation et justice : Le plus dur reste à  faire Recoudre le tissu social abà®mé par des années de crise semble être le chantier le plus difficile, tant les fractures se sont élargies au sein de l’ensemble national. C’’est pourquoi le texte de l’accord fonde la réconciliation nationale sur quelques axes forts. En premier lieu, l’élaboration d’une Charte nationale pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale, qui sera issue d’une Conférence nationale d’entente à  définir. Elle permettra de relancer le débat sur la paix, et de clore la question de la dénomination « Azawad ». Autre axe majeur : la Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR), réduite à  15 membres nommés par le Président de la République pour un mandat de 3 ans et rattachée au ministère de la Réconciliation nationale. Plus soupe et plus agile, elle remplacera l’ancienne Commission dialogue et réconciliation (C de 33 membres, établie sous la transition et dont les résultats ont été peu probants. Sa principale mission sera de resserrer les liens entre les différentes communautés du Nord, Peuls, Touaregs, Arabes, Bellas, ou Songhoà¯s, voire même entre tribus d’une même communauté, par exemple les Ifoghas et les Imghads, dont l’antagonisme s’est traduit par les combats récents opposants le MNLA et le GATIA. En cela, la CVJR sera appuyée par la société civile, qui œuvre déjà  pour l’unité nationale à  travers un plaidoyer multiforme. l’accord négocié à  Alger n’oublie pas non plus le rôle crucial des autorités traditionnelles, des imams et cadis dans l’administration de la justice et de la médiation civile. Quant à  la création d’une commission d’enquête internationale, elle permettra de faire la lumière sur tous les crimes de guerre. Aucune amnistie n’est prévue pour les auteurs de violences sur les femmes, les filles et les enfants, ce qui rassure la majorité des maliens, pour qui la réconciliation et la justice vont de paire. Mais la question mémorielle refait surface : « comment réconcilier des citoyens autour de blessures vieilles de 60 ans », s’interroge un membre de la société civile du Nord ? Une question fondamentale à  laquelle la mise en œuvre de l’accord devra répondre. Développement économique et social : Investir dans le mieux-être des populations Education, santé, infrastructures, énergie… tout sera mis en œuvre pour ramener les régions du nord à  un niveau de développement acceptable. Le retard de développement étant, selon certains, l’une des causes de la récurrence de la rébellion, il sera créé une « Zone de Développement des Régions du Nord » pour 10 à  15 ans, dotée d’un Conseil consultatif interrégional, chargé de coordonner les moyens afin d’accélérer le développement local à  travers des dizaines de projets. Ils concernent, entre autres, la construction de routes comme celle qui permettra de relier Kidal, Gao et Tombouctou à  la Route transsaharienne ou encore la réhabilitation de la route Douentza-Gao, mais aussi de pistes, pour désenclaver les localités reculées telles que Indelimane ou Mounia. Les aéroports de Kidal, Tessalit, Taoudenit, Menaka et Gao seront réhabilités et un sera construit à  Goundam. Grâce à  un maillage routier de ces régions, C’’est l’ensemble des échanges et donc du développement économique qui sera favorisé. Les services sociaux de base, durement touchés pendant la crise, seront eux aussi réhabilités. Les structures sanitaires, les écoles, les centres de formations ainsi que les marchés seront reconstruits. Un accent particulier sera mis sur l’accessibilité des populations nomades avec la mise en place de structures polyvalentes mobiles, capables de prendre en charge les besoins de santé. l’approvisionnement en eau potable est un défi à  relever. Un aqueduc sera réalisé entre ln Esseri, lnTebzaz et Kidal tandis que les adductions d’eau des villes de Gao, Tombouctou et Kidal seront renforcées. La culture n’a pas été oubliée, musées et autres évènements culturels participeront à  la relance du tourisme et à  la promotion des cultures locales. Un Fonds pour le développement durable sera créé qui, avec l’aide d’autres partenaires, financera les actions de développement tant au niveau régional que local. Même si l’accord ne précise pas les montants qui seront investis dans ces nombreux projets, il va sans dire que la forte implication de la communauté internationale dans le processus qui aboutira à  la signature, garanti sa participation effective à  la mobilisation des ressources. Défense et sécurité : Vers une armée unifiée présente sur tout le territoire Les questions de défense et sécurité constitueront sans doute un casse-tête au moment de la mise en œuvre de l’accord. En effet, l’ambition n’est ni plus ni moins d’aboutir à  l’unification des différents groupes armés signataires, pour faire corps avec les Forces armées du Mali (FAMas), seules habilitées à  faire usage de la force, au nom de l’à‰tat malien. C’’est pourquoi, au regard de ce volet de l’accord, la participation de l’ensemble des groupes, y compris ceux qui forment la CMA, est indispensable. Une seule armée, un seul commandement, et une présence sur l’ensemble du territoire, C’’est un objectif à  moyen terme, qui passe d’abord par le processus Démobilisation, désarmement et réinsertion (D prévu dans le document. Il aura comme préalable le cantonnement des groupes, dont la Minusma sera le maà®tre d’œuvre, afin de « recenser les combattants éligible au programme DDR ». l’une des premières conséquences sera de limiter la circulation des armes au Mali, un véritable fléau à  l’origine de l’insécurité régnante, mais aussi de concentrer les efforts sur la lutte contre le terrorisme et toutes les formes de trafics. Cela dit, la porosité réelle entre les groupes rebelles, les djihadistes et autres narcotrafiquants ne rendra pas la tâche aisée, certains pouvant profiter du processus DDR pour « changer de casquette », tout en continuant des activités criminelles. Contrairement à  l’Accord d’Alger signé en 2006, l’accord du 15 mai prévoit, lui, un redéploiement, certes progressif, des forces maliennes sur l’ensemble du territoire, avec une inclusion « d’un nombre significatif de personnes originaires des régions du nord, y compris dans le commandement ». La troupe, instruite par le passé, n’est généralement pas favorable à  ce type de mesures, mais il faudra tout le courage politique des autorités et l’implication du commandement pour l’imposer. La Réforme du secteur de la sécurité (RSS) prévue à  l’accord devrait permettre à  l’armée réunifiée de se projeter, mais aussi à  des forces de police de se créer, sous l’autorité de l’exécutif local. Un autre moyen d’insérer les jeunes et de réduire le chômage.

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