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Hadj 2015 : Un pélérinage sans couac?

Le plus grand pays du Golfe, l’Arabie Saoudite, accueillera quelques 10 millions de fidèles, comme chaque année, parmi lesquels trois millions sont des pèlerins. Le Gouvernement du Mali, qui organise le Hadj depuis des décennies, a, lors du Conseil des ministres du jeudi 25 juin 2015, attribué le marché de la filière gouvernementale du Hadj 2015 au groupement Compagnie Flynas/Agence malienne de services aériens (AMSA), qui devra assurer le transport des pèlerins maliens sur les lieux saints de l’Islam, la restauration, l’accès aux soins de santé, l’hébergement, ainsi que toutes les conditions nécessaires pour la bonne exécution du pèlerinage. Ce sont 1 500 pèlerins qui seront concernés, 500 de plus que l’année dernière, pour un coût global de plus de 2 milliards de francs CFA. Pour ce voyage, le pèlerin de la filière gouvernementale devra débourser 2 550 000 francs CFA contre 2 741 000 de francs CFA l’année dernière. Le prix est donc encore une fois en baisse, à  comparer avec les 2 800 000 francs CFA que facturent les agences privées de voyage. Toutefois, le pèlerin aura également à  sa charge le prix du mouton (70 000 francs CFA) et celui du passeport (50 000 francs CFA). Les inscriptions pour la filière gouvernementale ont commencé le 15 juin dernier et s’achèveront le 15 août, le départ étant prévu pour le 27 août prochain. Conflit entre l’à‰tat et les privés « Au Mali, nous avons le coût le plus cher par rapport aux autres pays de la sous-région, alors que les pèlerins maliens sont les plus mal traités », se lamente M. Touré, pèlerin en 2014. Pour remédier aux nombreux couacs, le ministère des Affaires religieuses et du Culte, gère depuis cette année toute l’organisation matérielle du voyage, en collaboration avec celui de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, auquel il a confié 7 500 pèlerins répartis entre 140 agences de voyage privées. Du fait de l’état sinistré du secteur touristique malien, elles sont de plus en plus nombreuses à  se tourner vers le pèlerinage. Aussi, souhaitent-elles le retrait de l’à‰tat de la composante commerciale du voyage en terre sainte, estimant qu’il doit se limiter à  un rôle de régulation, de contrôle et d’accompagnement : «Nous voulons que l’organisation du Hadj soit la seule affaire de la filière privée», déclare Mme Cissé Fatimata Kouyaté, Présidente de l’Agence malienne de voyage et de tourisme (AMAVT), qui représente la filière privée pour le Hadj 2015. « l’à‰tat ne fait pas du commerce, mais l’à‰tat régule (…) Pour que nous nous retirions, il faudrait quand même qu’elles (les agences privées) tamisent un peu leur semoule et que nous soyons avec les bons grains pour le bonheur des pèlerins, déclarait Thierno Amadou Hass Diallo, ministre des Affaires religieuses et du Culte, dans une interview accordée à  notre confrère Les Echos le 22 juin 2015. Le manque de sérieux de certaines agences est, aux yeux du ministre, un facteur qui les décrédibilise et renvoie d’elles une image qu’elles ne veulent pas changer : «Je suis ce ministre de la République qui pense que le dernier mot revient à  l’à‰tat. Et cela, je l’assumerai dans le respect des agences sérieuses, crédibles pour le rayonnement du secteur privé.» Innovations pour éviter les déconvenues à‰vènement spirituel mais aussi lucratif, le Hadj est toujours l’objet des plaintes des pèlerins relatives à  leurs conditions. Comme ce fut le cas en 2014 lorsque ceux de la filière gouvernementale dénoncèrent les logements insalubres et inadaptés. « Sur la liste de répartition affichée au Centre islamique de Bamako, on devait être quatre pèlerins par chambre. Arrivés à  Médine, nous étions 500 personnes accueillies par un seul agent à  la réception de l’hôtel. Et là , il n’y avait plus de protocole, nous avons été balancés dans les chambres à  6, 7 et 8 ! Le pèlerinage n’est pas difficile, ce sont les conditions dans lesquelles se trouve le pèlerin qui le rendent dur », renchérit Moussa Ben Deka Diabaté, assureur et pèlerin de la filière gouvernementale de 2014. Toutes choses que le ministre Thierno Amadou Hasse Diallo n’a aucun mal à  admettre : «Il faut dire que nous partons pour chercher Dieu, ce n’est pas pour être dans le confort. Je suis d’accord que lorsqu’on fait sortir les pèlerins, il faut bien les traiter. Nous n’allons jeter l’anathème sur personne. Cette année, nous ferons en sorte que cela ne se reproduise pas. C’’est pourquoi il y a des innovations ». En termes d’innovations, contrairement aux autres années, le ministre explique qu’en plus du délégué, il y a deux adjoints issus du milieu religieux. Il a également été créé un poste de superviseur assisté du directeur de la maison du Hadj et d’un membre des agences de voyage, ceci pour garantir la fonctionnalité «des lieux d’hébergement », «les promesses tenues par les agences aux pèlerins, et la restauration ». Pendant les deux mois de la campagne du Hadj, le ministre a bon espoir que toutes les conditions seront réunies. En outre, poursuit Thierno Amadou H. Diallo, à  la différence des autres années, ce n’est plus le ministère de l’Administration territoriale qui envoie le quota des pèlerins au département du Tourisme, et le transport ne sera pas non plus assuré par le ministère des Transports : «Cette année, nous avons tout centralisé». Moussa Ben Deka Diabaté reste pessimiste malgré ces garanties. Pour lui, « le gouvernement envoie d’abord 100 à  200 personnes à  La Mecque, gratuitement et qui seront prises en charge par les pèlerins qui ont payé ». Ensuite, il y a «ces guides qui n’apportent rien aux pèlerins, mais qui, logés confortablement, se prennent pour la projection orthogonale de Dieu sur terre !». «En 2014, 144 agences privées étaient impliquées, 110 n’avaient pas d’hôtels pour loger les pèlerins. Mais l’à‰tat gagne dans ça, C’’est une manne financière », ajoute-il. Et de proposer qu’on ramène le pèlerinage à  deux semaines au lieu d’un mois, «parce que le pèlerinage, ce n’est que Arafat ». Cette année, le ministère en charge de l’organisation du pèlerinage est déterminé à  tout mettre en œuvre pour éviter le scenario catastrophique vécu par les pèlerins en 2014, et qui en gardent le souvenir comme une relique. On ne peut que le prendre au mot.

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