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Islam et Politique: à qui la faute?

On se souvient qu’en 2013, lors de l’élection présidentielle, plusieurs leaders religieux avaient appelé à  voter pour un candidat, Ibrahim Boubacar Keà¯ta, lui apportant ainsi un soutien décisif. Avant cela, l’épisode du code de la famille de juillet 2009 était passé par là . Le vote par l’Assemblée nationale d’un texte jugé progressiste et favorable aux femmes avait provoqué un tollé dans les milieux religieux musulmans qui, en guise de représailles, avaient organisé une manifestation géante réunissant plus de cinquante mille personnes au Stade du 26 mars. Cette démonstration de force s’était accompagnée de prêches violents dans les mosquées et sur les radios, entrainant la capitulation des pouvoirs publics, qui consacraient ainsi la toute puissance du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), présidé par l’imam Mahmoud Dicko. Depuis, un ministère du culte et des affaires religieuses a été créé. Comment en est-on arrivé là  ? Selon Moussa Balla Coulibaly, ancien président du patronat et du Conseil économique, social et culturel, « les politiques ayant démissionné, les leaders religieux se sont accaparé le pouvoir ». Même son de cloche pour Gilles Holder, anthropologue et spécialiste de l’islam au Mali, qui affirme que « les organisations politiques traditionnelles ont été vidées de leur substance par la culture du consensus promue au sommet de l’Etat (période ATT), et par le développement exponentiel du clientélisme ». Cette tendance a inspiré Alioune Ifra N’Diaye, promoteur culturel malien, qui ne cesse de la dénoncer et estime qu’ « il y a trente ans, le pouvoir se prenait par les armes, il y a dix ans par l’argent, et aujourd’hui par la religion». La danse du ventre pratiquée par certains politiques, qui vont de mosquée en mosquée, témoigne de la réalité du phénomène. Qu’en pensent les leaders religieux eux-mêmes ? Le célèbre prêcheur Ousmane Madani Cherif Haidara proclame leur neutralité dans la gestion des affaires publiques. Et pourtant, le mouvement Sabati 2013 a joué un rôle important lors des dernières élections, réussissant même à  faire élire des députés en son sein. «Les textes de l’Union des jeunes musulmans du Mali (UJMA) nous interdisent de faire de la politique, C’’est la raison pour laquelle ceux qui ont décidé de s’y lancer ont créé leur propre mouvement », explique Abdou Diarra de l’UJMA. Pour d’autres, il est difficile d’exclure les religieux de la politique, étant des électeurs comme les autres, mais ils ne doivent pas devenir des acteurs. Va-t-on vers la création de partis religieux comme au Maghreb ? Dans un contexte de radicalisation et de menace fondamentaliste, « il ne faut pas tirer sur cette corde là  car elle est extrêmement dangereuse», selon Soumaà¯la Cissé, chef de fil de l’opposition.

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