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Réconciliation nationale : le train avance

Tout a commencé à  la mi-octobre. Un peu moins de quatre mois après la signature « totale et complète », par tous les protagonistes, de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, négocié pendant de longs mois dans la capitale algérienne, les Maliens, leurs partenaires, et la communauté mondiale étaient dans l’attente de la suite des évènements. La surenchère militaire et le regain de tension sur le terrain les jours et les semaines qui ont suivi le 20 juin ainsi que les combats meurtriers du mois d’août, ne laissaient guère place à  l’optimisme, même si les efforts se multipliaient pour que le dialogue s’installe et qu’enfin, se taisent les armes. Les signaux forts C’’est ce silence assourdissant qui règne au nord du Mali et même sur le front sud ouvert en juin dernier, et ce depuis un peu plus d’une semaine. « Les choses bougent et on espère que ça va continuer. On est fatigué », résume assez bien B. Traoré, enseignant. Premier mouvement positif, la mise en place du Comité de suivi de l’accord (CSA) de paix issu du processus d’Alger. Malgré des difficultés, il s’est réuni à  plusieurs reprises et a posé les préalables à  une mise en œuvre réussie de l’accord. C’’est surtout la composition définitive de ses membres qui pose problème, mais les différents acteurs, en particulier le gouvernement et la médiation, semblent décidés à  aller de l’avant. Opération réussie, puisque malgré leurs réticences, tous les acteurs participent désormais aux rencontres et un cadre est en cours d’élaboration pour faciliter l’inclusion de ceux qui ne sont ni membres de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ni membres de la Plateforme, en l’occurrence, la Coalition du peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des mouvements des forces patriotiques 2 (CMFP2). Second mouvement, l’annonce la semaine dernière, de la signature de la « paix tribale » à  Anefis, entre tribus Ifoghas et Imghad, sous couvert de la CMA et de la Plateforme. Cette localité, disputée par les armes et au prix de dizaines de vies humaines, a été le théâtre d’une rencontre historique de plusieurs responsables politiques et militaires des deux formations et de « plus de 1 000 personnes venues de Tombouctou, Gao, Ménaka, Taoudeni, Kidal et de l’extérieur ». Une réunion qui qui a abouti à  des engagements en faveur de la cessation des hostilités, la libération des personnes détenues du fait du conflit entre les deux parties, la mise en place d’une commission conjointe chargée d’identifier et de régler tous les conflits intercommunautaires qui grèvent la paix dans le pays et la libre circulation des personnes et de leurs biens. Troisième mouvement, la nomination, le 14 novembre dernier, en Conseil des ministres, de Madame Nina Wallet Intallou, 51 ans, membre fondateur du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et membre de son Bureau exécutif en tant que 1ère vice-présidente de la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR), nouvelle formule. Une avancée majeure, qui suit d’autres nominations de membres ou de proches des différents groupes armés à  des postes de responsabilité dans l’appareil d’à‰tat. Un acte salué par les Nations unies, à  travers la MINUSMA qui a tenu à  indiquer qu’il permet de réaffirmer « la marche résolue vers une paix durable et inclusive ». Les sceptiques souhaitent être confondus « Trop beau pour être vrai », répondent ceux qui préfèrent rester sur leurs gardes. En prenant sa plume pour son exercice hebdomadaire, l’éditorialiste et non moins président de la Maison de la presse, Dramane Aliou Koné, a écrit ce que pensent bon nombre de Maliens : les choses se passent trop facilement et il faut rester sur ses gardes ! Notre confrère souligne la coà¯ncidence de certains faits de nature à  perturber les plus optimistes. Entre autres, la concomitance de la nouvelle entente entre frères encore ennemis il y a quelques semaines, et la visite d’à‰tat en France du président malien. Faits auxquels il ajoute bien volontiers l’octroi d’une enveloppe supplémentaire de 200 milliards, dont « une partie substantielle pour le nord ». Il n’en faut guère plus pour étayer le discours dénonciateur envers la France, partisane du double-jeu et les autorités maliennes, « naà¯ves » de croire à  cette embellie soudaine. « Nous savions que l’application de l’accord allait être encore plus difficile que le chemin qui nous a mené à  l’accord », reconnaissait il y a quelques jours, face à  la communauté malienne d’Allemagne, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, acteur majeur du processus de négociation. « Et pourtant, Dieu sait dans quelles conditions nous avons discuté, avec une partie qui ne voulait même pas être dans la même salle que l’autre. Si aujourd’hui, ils s’entendent, cela ne peut qu’être positif pour le Mali et ses filles et fils qui n’ont que trop souffert », a-t-il ajouté. La réconciliation entre la CMA et la Plateforme signifie-t-elle alors le retour à  la paix ? Bien entendu, ce n’est pas automatique, répond-on au ministère de la Réconciliation nationale. Mais, il va sans dire que « la volonté est là . On avance à  petits pas et la tenue de la rentrée scolaire à  Kidal, malgré l’absence des membres du gouvernement, en est la preuve », déclarait ce 19 octobre, un responsable de la CMA. Prochaines étapes ? « Nous travaillons maintenant à  renforcer la collaboration. Il y a plusieurs acteurs sur le terrain, il faut qu’ils se donnent la main, surtout sur le plan sécuritaire », assure Zeini Moulaye, conseiller aux Affaires étrangères. Des patrouilles mixtes vont être créées pour inclure les différents groupes dans la sécurisation des populations, mais aussi des axes routiers. La question du désarmement est la suivante, « car s’il y a combats, C’’est qu’il y a des gens qui ont des armes et se baladent avec », continue-t-il. Le processus DDR, le travail de renforcement de l’armée nationale, mais aussi le retour par étapes mais irréversible de l’à‰tat sur toute l’étendue du territoire national sont les priorités de l’heure, dira le ministre des Affaires étrangères. Reste une question épineuse, « que le gouvernement n’a pas l’intention d’esquiver », assure M. Zeini Moulaye. « La justice sera rendue. Une commission d’enquête internationale, avec toutes les garanties d’impartialité, va bientôt être créée pour faire la lumière sur tout ce qui s’est passé depuis 2012 », explique-t-il. Les violations des droits de l’Homme seront recensées et certaines iront devant les tribunaux tandis que d’autres seront soumises à  d’autres mécanismes, dans le cadre de la justice transitionnelle, car même « dans l’accord, il y a des crimes qui ne feront pas l’objet d’amnistie». Le processus de paix n’en est qu’à  son début et quelques semaines après sa signature « complète », la mise en œuvre de l’accord, gage de réconciliation vraie, ne fait que commencer. « La direction est prise, et il n’y en a pas deux. Ou nous nous entendons pour avancer ensemble, ou d’autres le feront pour nous », conclut Abdoulaye Diop. Ce ne sera certes pas un long fleuve tranquille, mais plutôt un opéra en plusieurs actes que tous espèrent ne pas voir tourner en tragédie.

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