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Les Maliens face à l’état d’urgence

« De quoi me parlez-vous ? De balani shows ou de prêches à  ciel ouvert organisés à  Bamako ? ». Cette interrogation d’Ali, fonctionnaire, résume bien l’impact de l’état d’urgence dans l’esprit des citoyens. « Celui décrété au Mali n’empêche nullement les citoyens de vaquer à  leurs occupations ou distractions, mais vise plutôt à  muscler le dispositif des forces de l’ordre », explique Moustapha, cadre dans l’administration. Un dispositif pourtant peu visible qui n’a pas empêché certains de sortir le soir du 31 décembre, tandis que beaucoup ont préféré célébrer le nouvel an en famille sans prendre de risques. « Il est important que les populations soient raisonnables, comprennent et respectent l’état d’urgence, ce qui contribue à  la sécurité globale », estime Aicha Walett, résidente à  Moribabougou. Malgré cette mesure exceptionnelle, le risque d’attentat mentionné par les autorités a-t-il réellement été pris au sérieux en dissuadant les grands rassemblements, comme le prévoit la loi instituant l’état d’urgence ? « Si le prêcheur Ousmane Madani Haà¯dara a pu tenir son meeting lors du Maouloud 2015, cela ne va pas en empêcher d’autres de faire pareil, en témoigne la tenue du concert d’Akon à  la mi-janvier au stade Modibo Keà¯ta, un lieu qui peut contenir jusqu’à  30 000 personnes », s’inquiète Fatoumata, réalisatrice, qui estime que l’état d’urgence est mal compris de beaucoup de citoyens. Pourtant, le Maouloud du 30 décembre s’est tenu l’après-midi au lieu du soir, et les églises ont également avancé la veillée de Noà«l du 24 décembre, preuve que le message est bien passé auprès de certains leaders religieux. Par ailleurs, de grandes manifestations comme le Festival sur le Niger de Ségou, incontournable dans l’agenda culturel malien, pourraient être annulées, même si son promoteur Mamou Daffé affirme le contraire. En définitive, l’instauration de l’état d’urgence, après l’attaque de l’hôtel Radisson en novembre dernier, qui a fait l’objet d’une intense communication gouvernementale, entend surtout donner plus de pouvoir d’action aux forces de l’ordre: « Depuis son instauration et jusqu’à  sa fin, explique l’inspecteur Goita du 14ème arrondissement, nos hommes seront en tenues noires dites « Chevron », ou tenues de combat liées à  une situation exceptionnelle. Cela nous permet d’être prompt à  réagir en cas d’urgence justement ». Une urgence que l’on espère définitivement contenue et pour un bon moment.

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