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Transport aérien : le Mali déploie ses ailes

Après des heures difficiles consécutives à  la crise de 2012, le transport aérien semble reprendre son rythme de croisière, participant ainsi à  la relance de l’économie malienne. Développement, infrastructures en cours de finalisation, certifications, les acteurs publics et privés du secteur sont à  pied d’œuvre pour faire de Bamako, un véritable hub en Afrique de l’Ouest. Il est temps pour le Mali de redéployer ses ailes. s’il est un secteur dont la bonne santé illustre celle d’une économie toute entière, C’’est bien celui du transport aérien. Au moment des indépendances, les ambitions de faire du Mali un pays émergent avaient mené à  la construction des premières infrastructures aéroportuaires dès 1958, ainsi qu’à  la création en 1964 d’une compagnie aérienne nationale, Air Mali. Les premières difficultés rencontrées par le jeune état malien ont fait péricliter en 1966 la jeune mais prometteuse société publique. De la nouvelle Air Mali en 2001, en passant par la Compagnie aérienne malienne (CAM) en 2005, rebaptisée Air Mali en 2009, les compagnies nationales n’ont pas réussi à  briller longtemps dans le ciel malien. En 2012, cette dernière, dont l’actionnaire de référence, aux côtés de l’à‰tat malien, était l’Aga Khan, mettait la clef sous le paillasson, victime de ses faibles moyens, d’un marché ultra concurrentiel et de la chute du trafic passagers, consécutive à  la crise. Cette fragilité de l’offre nationale a profité aux compagnies étrangères qui se sont multipliées sur le terrain, Air France, Royal Air Maroc, TAP, Turkish Airlines, et les africaines Asky, Ethiopian Airlines, Kenya Airways, ou encore Air Côte d’Ivoire, offrant ainsi plusieurs offres de liaisons entre Bamako et le monde aux voyageurs et aux opérateurs logistiques. Coup de frein Dans un passé récent, l’activité touristique, affaires et loisirs confondus, les échanges commerciaux et les voyages de la diaspora (6 000 passagers en moyenne par an), drainaient, dans les aéroports maliens un nombre de passagers en constante augmentation. D’un peu plus de 300 000 en 2002, on pouvait en compter plus de 600 000 en 2008. Pour satisfaire la demande, le nombre de compagnies s’étaient multipliées, dépassant la vingtaine, dont la compagnie nationale. Mais après le faste des années 2000, la classification du Mali par plusieurs chancelleries occidentales en zone orange (déconseillée) en 2010, puis rouge (dangereuse) en 2011, a eu raison d’une fréquentation en pleine croissance. Mopti et Gao ont vu s’éteindre la manne touristique. Une situation qui s’est aggravée avec la crise qui a débuté en 2012. Ainsi, entre 2012 et 2013, la fréquentation des aéroports du Mali avait baissé de moitié, hormis les vols militaires et humanitaires, opérés par la MINUSMA et les organismes humanitaires, et qui ont en partie permis d’assurer la survie de ces infrastructures, particulièrement à  Tombouctou, Gao et Mopti, o๠ils demeurent à  ce jour les seuls à  atterrir. Cela dit, la situation tend à  se normaliser puisqu’avec 725 000 passagers en 2015, dont 95% à  l’Aéroport international Président Modibo Keà¯ta-Senou, le Mali retrouve un positionnement antérieur à  la crise. Aujourd’hui, une quinzaine de compagnies étrangères dessert Bamako, dont trois uniquement pour le fret, alors que ce nombre avait atteint la vingtaine dans les années 2000, avant la crise sécuritaire. Le renforcement des règles de contrôle et fouille des personnes et leurs bagages, l’acquisition d’équipement de contrôle plus performant a contribué à  ramener la confiance en la destination Mali. à€ cela s’ajoutent les check-points sur les axes stratégiques de la plate-forme aéroportuaire. Une gestion normalisée Dans le transport aérien les règles sont strictes et strictement obligatoires pour les opérateurs, que ce soit en terme technique ou de sûreté, explique Dominique Dreuil, directeur général de la société Assistance aéroportuaire du Mali (ASAM). De nombreuses structures interviennent dans le contrôle, le suivi et la coordination des activités aéronautiques et aéroportuaires. Le premier responsable de l’espace aérien malien est l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), qui doit garantir un niveau de sécurité et de sûreté conformes aux normes internationales. Elle coordonne l’activité de tous les autres acteurs à  savoir l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à  Madagascar (ASECNA) et la Direction nationale de la météorologie. Des procédures sont en cours pour augmenter la crédibilité des aéroports maliens, à  travers l’obtention de certifications IATA (Association internationale du transport aérien). La plus récente est l’agrément RA3 obtenu par ASAM pour la gestion du fret à  destination de l’Union européenne. Une mission d’audit a, après examen du système de l’aviation civile, estimé à  73,39% le taux de conformité aux normes de l’OACI. Ce résultat place le Mali en troisième position des à‰tats de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, et largement au-dessus de la moyenne mondiale, qui est de 62%. Les grandes ambitions de Bamako Les ambitions des autorités maliennes de faire du désenclavement du pays une opportunité de développement ont mené à  augmenter le volume des investissements dans la zone aéroportuaire. La construction de la nouvelle aérogare qui devrait être inaugurée en mai prochain, permettra à  Bamako de recevoir jusqu’à  un million et demi de passagers par an, ce qui correspond au double de sa capacité actuelle. l’utilisation de technologies de pointe en matière de surveillance ou de maintenance est également un signal rassurant pour les opérateurs étrangers, mais aussi maliens, puisqu’une nouvelle compagnie aérienne malienne privée est en gestation. l’une des clés pour améliorer les prestations est la qualité des ressources humaines. C’’est pourquoi l’institut de formation aux métiers de l’aérien (IAMA) a été créé en 2008. Par ailleurs, de jeunes ingénieurs sont en cours de formation à  l’étranger pour venir renforcer le pôle maintenance en ligne de Bamako. Ils permettront à  ASAM d’offrir à  toutes les compagnies le service de maintenance de leurs avions par des techniciens locaux très qualifiés, et ainsi de faire des économies conséquentes. à€ ce jour, seule Royal Air Maroc y a recours. Les Aéroports du Mali, selon leur Président Directeur Général, le Colonel Daouda Dembélé, sont en pleine mutation. Ceux de l’intérieur comme celui de Bamako continuent de subir des améliorations afin d’offrir les meilleures prestations tant aux compagnies qu’aux usagers, tout en garantissant un respect scrupuleux des normes établies. l’acquisition de matériel de dernière génération et particulièrement de charriots électriques pour les interventions sur le tarmac fait de Bamako un aéroport « propre ». Kayes Dag Dag, réclamé depuis 2012 par la nombreuse diaspora de la région, devrait rouvrir courant avril. Quant à  Mopti, Tombouctou et Gao, voire Kidal, ils recevront eux aussi les soins nécessaires afin d’être de nouveau disponibles pour les vols civils. « Nous démarchons plusieurs compagnies, afin de les attirer vers le Mali » ajoute-t-il. Une réflexion est engagée pour réduire les différentes taxes qui plombent le coût du billet d’avion, Bamako est en effet une des escales les plus chères de la sous-région. Autant de perspectives qui laissent croire que le ciel malien, malgré les difficultés, devrait rester un endroit bien fréquenté.

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