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Banques maliennes : cap vers la standardisation

Produits et services bancaires s'adaptent à la demande croissante de la clientèle malienne

Les communiqués de presse issus des conseils d’administration des différentes banques maliennes ont rythmé les mois d’avril et mai, chacun annonçant des profits records et un total bilan en progression sur l’année 2015. Au cœur de l’économie, ce secteur se porte donc bien, et connaît de nombreuses mutations qui accompagnent l’évolution du taux de bancarisation, avec une standardisation vers le haut des services apportés à la clientèle, et ce à travers des réseaux de plus en plus présents sur tout le territoire.

En 2015, le paysage bancaire malien a de nouveau été marqué par une forte progression de la plupart des acteurs, qui semblent avoir profité d’une conjoncture économique favorable, avec un taux de croissance du PIB supérieur à 5%, du développement du secteur privé, notamment des grands groupes qui sollicitent des financement structurés dans les domaines de l’agriculture et de l’agro-industrie (CMDT, Groupe Modibo Keïta), et de l’impulsion donnée par l’État pour quelques grands projets. Les 14 banques maliennes affichaient un total bilan, soit l’ensemble de leurs actifs, de plus xx milliards de francs CFA, en progression de xx% par rapport à 2014.

Ce dynamisme s’explique aussi par le développement à marche forcée de leurs réseaux d’agences, d’abord à travers la capitale, mais désormais aussi dans les régions. Le pays comptait 516 guichets à la fin 2014, contre 430 un an plus tôt, soit une progression record de 20%. Cela a eu pour conséquence de séduire de nouveaux clients, avec un taux de bancarisation qui dépassait 15% à la fin 2014, selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le Mali se classe ainsi au 5ème rang parmi les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont la moyenne est de 14,83%. La banque est donc en voie de démocratisation, un phénomène qui est accentué par la multiplication des offres grand public. Pendant longtemps, l’accès à un compte bancaire était rendu difficile par la faiblesse des revenus des populations, les habitudes traditionnelles de thésaurisation (tontines, bas de laine) et des conditions d’accès aux services bancaires inaccessibles pour la majorité des populations. Avec la généralisation des prêts à la consommation, plus de souplesse dans leur octroi, et la mise à disposition de cartes de retrait et de paiement nationales, communautaires (GIM UEMOA) et internationales (Visa ou Mastercard), qui sont utilisables dans plus de 380 distributeurs automatiques de billets (DAB), la plupart des banques maliennes se rapprochent des standards internationaux, et séduisent ainsi une classe moyenne en progression, tout comme les PME/PMI. Selon le Dr Boubou Cissé, ministre de l’Économie et des Finances, ce sont « plus de 1 673 milliards de francs CFA de crédits qui ont été consentis en février 2016 ».

Taux d’inclusion financière Cela dit, pour certains, comme le PDG de la Banque nationale de développement agricole (BNDA), Moussa Alassane Diallo, au lieu de taux de bancarisation, il faut désormais utiliser l’indicateur de taux d’inclusion financière, qui tient compte de « toutes les transactions financières qui se font sans compte bancaire, notamment les transferts d’argent ». Ce taux atteindrait 37%, faisant des technologies de l’information et de la communication, de la monnaie électronique en particulier, l’un des grands leviers de développement de la finance au Mali, comme ailleurs en Afrique. Ces services ont aujourd’hui pris un tel poids que l’opérateur Orange vient d’annoncer la création d’Orange Finances Mobile, un établissement de monnaie électronique doté d’un capital de 900 millions de francs CFA, opérant sous la marque Orange Money en partenariat avec la Banque internationale pour le commerce et l’industrie au Mali (BICIM), filiale du géant bancaire français BNP-Paribas. À la question da savoir si les opérateurs Télécoms constituent une menace pour les acteurs traditionnels du secteur, les banquiers répondent plutôt par la négative, arguant que leurs services sont complémentaires. Pourtant, l’accès privilégié au client à travers leur téléphone fait désormais des « Telcos » des acteurs incontournables, qui pourraient bien bousculer « le petit monde feutré de la banque ».

À la recherche de la taille critique Fort de leur succès sur le marché national, les plus solides des banques maliennes ont fait le pari de l’internationalisation, avec l’implantation de filiales dans d’autres pays de l’UEMOA. C’est le cas de la Banque de développement du Mali (BDM), premier établissement du pays, présent en Guinée Bissau depuis le milieu des années 2000, qui s’est installée en 2015 au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, sous l’enseigne Banque de l’Union. Son directeur général, Amadou Sidibé, souhaite désormais « faire une pause pour consolider le tout, avant d’envisager de demander l’agrément bancaire pour d’autres marchés, comme le Sénégal ». Quant à la Banque malienne de solidarité (BMS), dirigée par Babaly Ba depuis sa création en 2002, elle a également ouvert en 2015 sa filiale ivoirienne en plein cœur du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan. Même si les marchés sous-régionaux offrent encore de belles perspectives de croissance, il est probable que les banques maliennes, dont l’internationalisation est tardive, n’y joueront que les seconds rôles, compte tenu de la concurrence exacerbée (27 banques en Côte d’Ivoire) et de l’avance prise par les réseaux panafricains tels qu’Ecobank, BOA, Attijariwafabank, ou Banque Atlantique, par ailleurs très bien implantés au Mali.

Toutefois, pour contrer ces puissants acteurs, l’État a favorisé en 2015 l’absorption de la BHM, en difficulté, par la BMS, effective depuis le 31 mars 2016. La nouvelle BMS, détenue à 100% par l’État et ses démembrements, se place ainsi au deuxième rang des banques de la place, derrière la BDM. Avec plus de 540 milliards d’actifs, elle est aujourd’hui davantage capable d’accompagner la politique gouvernementale de soutien au secteur privé.

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