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Tiébilé Dramé « Il ne faut pas que le peuple se fâche »

Tiébilé Dramé, l’une des figures de l’opposition, a accordé une interview à Journal du Mali

Réélu président du Parti pour la renaissance nationale (Parena) lors du congrès du 28 mai, Tiébilé Dramé, l’une des figures de l’opposition, a accordé une interview à Journal du Mali

Journal du Mali:Vous étiez au premier rang de la marche du 21 mai. Quel message vouliez-vous faire passer ?
Tiébilé Dramé: Tous les dirigeants de l’opposition étaient au premier rang. À l’occasion de cette marche le peuple malien a exprimé son mécontentement. Le peuple est mécontent de la mauvaise gestion du pays, de la mauvaise gouvernance, de la question du nord. Le peuple est mécontent des surfacturations à la pelle auxquelles se livrent les dirigeants actuels du pays. Le droit de manifestation pacifique est un droit constitutionnel, c’est un droit démocratique. Le peuple s’est servi de ce droit pour passer son message à ceux qui nous dirigent : écoutez le peuple malien.

Quelle est la suite à donner à cette marche ?
Il n’y a pas au monde, un homme d’État qui peut rester indifférent ou sourd devant une telle démonstration de force du peuple. Alors je crois que nos dirigeants entendront le message adressé par les dizaines de milliers qui sont sortis en masse. Je crois que ça changera. On ne peut pas rester comme ça.

Vous êtes l’une des figures majeures de l’opposition malienne. On vous entend beaucoup, au point que certains vous reprochent de faire ombrage au chef de file Soumaïla Cissé…
Vous nous faites une mauvaise querelle au chef de file, à moi et aux autres dirigeants de l’opposition. Vous nous avez vu pendant la marche, nous étions ensemble main dans la main. Je crois que c’est une question secondaire, le chef de file joue pleinement et totalement son rôle. Nous nous arrêterons à cela.

Êtes-vous pour une opposition constructive, c’est-à-dire qui travaille avec le pouvoir, en faisant référence à ce qu’a dit Sadou Diallo ?
C’est votre définition de l’opposition constructive. Ce n’est pas celle de Sadou Diallo. Nous critiquons, ce qui est notre rôle d’opposition, mais nous ne nous contentons pas de critiquer, nous faisons chaque fois des propositions. Il n’est pas de question sur laquelle il n’y a pas eu des propositions de solution de l’opposition. Vous savez, quand nous critiquons la surfacturation, quand nous saisissons le Vérificateur général pour qu’il fasse la lumière sur les conditions douteuses dans lesquelles certains marchés d’État se passent, quand nous critiquons le gouvernement sur la gestion du nord, vous pensez que ce n’est pas une proposition ? Quand nous appelons le gouvernement à la tenue des assisses nationales parce que le pays est bloqué et le processus de paix est dans l’impasse. Par définition, notre opposition est démocratique et républicaine, donc constructive. Il n’y a pas divergence entre ce que nous faisons et ce que nous disons.

Quelles solutions préconisez-vous pour rétablir la souveraineté nationale ?
Il faut un gouvernement qui a clairement conscience de la gravité de la situation du pays, un gouvernement capable d’entrainer le pays. Est-ce que vous voyez cela en place ? Le processus est en panne. C’est l’immobilisme total. Nous disons au Président de la République que la situation est grave, réunissez les forces vives du pays pour une appropriation nationale de l’accord de paix. Nous sommes en retard dans sa mise en œuvre. Le gouvernement ne sait pas ce qu’il faut faire en matière de gestion générale. Le gouvernement traine le pays. Ce n’est pas seulement l’opposition qui le dit, les groupes armés le disent, la communauté internationale est insatisfaite. Nous devenons une menace pour les voisins. Il y a une inquiétude à l’échelle de la sous région. Il est urgent de se ressaisir.

Tout ceci n’est-il pas plutôt des conséquences de la crise de 2012 ? Est-ce qu’il faut tout mettre sur les épaules de l’actuel pouvoir ?
Vous êtes libre de chercher des circonstances atténuantes. Moi je vous dis ce que nous opposants aurions fait. Si le président acceptait de nous écouter… Deux semaines après son élection, le président a été adoubé par la communauté internationale. Où est passé cet immense capital de sympathie internationale ? La crédibilité internationale du Mali a disparu. Cela devrait vous amener à vous interroger. J’ai l’impression que la communauté internationale est déçue.

Le Comité Directeur du PARENA vient, une nouvelle fois, de lever le voile sur plusieurs « affaires » de mauvaise gouvernance présumée. Comment procédez-vous pour « dénicher » ces informations ?
Le plus important est que ce que le PARENA révèle est toujours exact. Ce sont des recherches fouillées. Nous démontrons ce que nous disons. Depuis le 17 mai, avez-vous attendu un seul démenti ? Nous attendons les démentis du gouvernement pour sortir le reste. Nous avons sorti seulement 10 % du dossier.

Quelle est la stratégie du PARENA derrière cette action ?
Nous souhaiterions que le Mali soit gouverné de façon correcte. Le peuple du Mali souffre trop. Notre pays a payé un lourd tribut à la crise ainsi que la communauté internationale. Les peuples des autres pays ont accouru au chevet du Mali. Que fait le gouvernement du Mali pour faire face à cela ? Par respect pour le sacrifice des jeunes des autres pays, nous aurions dû mieux gérer notre pays.

Ces révélations ont-elles des impacts sur le gouvernement ?
Non. Ils n’en ont pas en tenu compte. Le gouvernement est atteint d’autisme. Quand vous êtes atteint de l’autisme vous ne tenez pas compte ce qui disent les autres. C’est pour cela que le peuple est sorti pour se faire entendre. Aujourd’hui le peuple est mécontent. Si on n’en tient pas compte, le peuple se fâche. Il ne faut que le peuple se fâche.

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