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Douentza, encore un pas en arrière pour la paix

Des combattants de Gando Izo. Des affrontements entre Gatia et Ganda Izo ont fait une dizaine de morts à Douentza

On dira ce qu’on voudra, mais il est difficile d’occulter le fait que le problème des mouvements d’autodéfense est lié au tribalisme qui est devenu un mal profond dans cette partie du pays, et qui fait qu’on ne pense plus en Malien, mais plutôt en Imghad, Ifoghas, etc.

C’est un fait, dans le Nord, le Mali est loin de sortir du désordre. Rien ne le prouve mieux que les affrontements, sanglants, qui ont opposé samedi 11 juin, le Groupe d’autodéfense Imghads Touaregs et alliés (Gatia) au Groupe d’autodéfense Ganda Izo, à Ndacki, dans le Gourma. Le bilan fait état de 8 à 10 morts. Cet affrontement intervient dans un contexte de blocage de l’Accord de paix dont tout le monde attend la mise en œuvre pour fermer la page de la crise. Mais dans le Nord, les affrontements entre les groupes armés, les embuscades et tirs d’obus terroristes visant souvant les forces armées, les assassinats et pillages font partie du quotidien de ces populations qui se sentent abandonnées et absentes des préoccupations du pouvoir central.

Les derniers affrontements entre groupes d’autodéfense prouvent à suffisance que les obstacles sur le chemin de la stabilité sont encore nombreux. Car ce n’est pas la première fois que ces deux groupes décident d’en découdre. Depuis le début du mois de mai, les hostilités, entre eux, sont ouvertes. Dans son communiqué de ce matin, le mouvement Ganda Izo reproche au Gatia ses « velléités communautaristes longtemps cachées », mais « bien connues des autres communautés vivant dans la zone ». Le mobile de l’attaque serait que le Gatia voulait désarmer les éléments du mouvement Ganda Izo. Pour nombre d’observateurs, cela fait ressurgir la question qui était sur toutes les lèvres les jours qui ont suivi la création dumouvement : Faut-il se méfier du Gatia ?

À l’époque, nombreux sont ceux qui étaient d’avis que le Gatia avait été créé pour devenir « une force incontournable sur le terrain capable de s’imposer, d’exister, dans le dessein, éventuellement, de supplanter le leadership Ifoghas, la tribu dominante qui se trouve à la tête de la pyramide des Kel Adagh à Kidal. », écrivait le journaliste et écrivain touareg Intagrist El Ansari. Il est difficile d’occulter le fait que ce problème des mouvements d’autodéfense est lié au tribalisme, qui est devenu un mal profond dans cette partie du pays, et qui fait qu’on ne pense plus en Malien, mais plutôt en Imghad, Ifoghas…

Le plus grave reste que personne à l’heure actuelle, pas même l’État malien, ne peut obtenir de ces groupes qu’ils désarment, car tout reste suspendu désormais à l’accord de paix. Alors que l’insécurité va crescendo aussi bien au nord qu’au sud du pays. On imagine mal comment tout cela aboutira à une solution globale, à partir du moment où, dans cette situation de ni-paix ni guerre, l’Etat reste limité dans sa capacité d’intervention au nord du Mali. Alors que sa mission, des plus complexes, reste de réconcilier les « Maliens » de cette partie du territoire, sur fond de vengeance et de rivalités.

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