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Ras Bath, un autre paradoxe malien

Photo : Boub's Sidibé

C’est l’évènement qui a failli mettre le pays sens dessus dessous la semaine dernière : l’arrestation du jeune chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath, fils qui plus est du ministre des Domaines et des Affaires foncières, Mohamed Ali Bathily. Sa comparution, prévue le mercredi 17 aout dernier au tribunal de la commune IV, a fait  du quartier d’Hamdallaye le théâtre d’une sorte de guérilla  urbaine, opposant les forces de l’ordre aux manifestants venus exiger sa libération, ce qui a provoqué un morts et des blessés.

Il fut libéré Jeudi, mais reste sous contrôle judiciaire. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire. Il reste que cette affaire nous en dit long sur l’état de déliquescence avancé d’un pays où, cela saute aux yeux, le climat est à la colère et la déception vis-à-vis du pouvoir. Rien ne le prouve mieux que les scènes de violences, qui révèlent par ailleurs le côté obscur d’une société conflictuelle où la violence semble devenir la première voie d’expression pour un peuple qui donne la douloureuse impression d’être encore au stade de l’enfance, donc en difficulté de séparer le bien du mal. Mais, on ne comprendra la réaction des manifestants qui ont mis le feu dans le tribunal, endommagé des voitures, que si l’on tient compte du contexte dans lequel tout cela est intervenu, marqué par le déguerpissement des commerçants. On dira ce qu’on voudra, mais il est impossible de ne pas dire que ces opérations de déguerpissements menées par le nouveau gouverneur de Bamako ont eu une popularité limitée. Et du coup, elles viennent rajouter une louche à l’océan de colère qui gronde contre le pouvoir pour diverses raisons : promesse non tenue de création de 200 000 emplois, situation sécuritaire préoccupante  aussi bien au nord qu’au sud du pays, corruption rampante, assise clanique du pouvoir… Or, pour qui connait et suit Ras Bath, ce sont sur ces questions qu’il s’en prend à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir, ce qui explique pourquoi son arrestation est assimilable à une tentative de musèlement pour son auditoire auprès duquel il jouit d’un crédit grandissant et qui, semble-t-il, en manque de repère politique et religieux,  voit en lui une sorte de dieu.

A propos de la manifestation, on pourrait arguer que, pour reprendre l’ami écrivain et éditeur Ismaïla Samba Traoré dans « Retours au Mali », « la foule n’est pas l’organisation. Elle est sourde, aveugle et instinctive. »

Il n’empêche, que ce qui doit être dit, c’est que les manifestants de mercredi dernier se trompaient de combat. Oui, Ras Bath, dans « Cartes sur table », dénonce, et cela est une bonne chose, car il tire de leur quiétude nos « bébés politiciens » qui ont tendance à se donner bonne conscience. Oui, on peut ne pas être (ou on ne doit pas être) d’accord avec lui, ne pas prendre tout ce qu’il dit pour argent comptant ou paroles d’évangiles. Oui, contrairement à une idée reçue, dans ce pays tout ne marche pas comme sur des roulettes, loin s’en faut. Mais, dans l’affaire, il n’était question que de comparution et non de guillotine ou de crucifiement pour Ras Bath. Pour faire court, nous sommes encore une fois en face d’un paradoxe, en ce sens que le vrai combat pour ces manifestants et ce peuple est ailleurs. Pourquoi ne pas manifester avec la même dose de hargne pour Ras Bath pour exiger qu’il y ait un audit concernant nos communes sont à la traîne en matière de développement ? Pour savoir pourquoi rien ne s’y passe ? Il est vraiment paradoxal que nous demeurions un peuple qui ne sache pas ce qu’il veut. Qui, lors des élections, vote pour le visage, l’argent, le diplôme, la voiture, l’ethnie et non la valeur intrinsèque. Paradoxe !

 

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