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Assainissement des voies publiques : que deviennent les déguerpis ?

Après l’opération de déguerpissement entamée le 25 juillet dernier, certains commerçants sont revenus sur place et vendent à la sauvette. D’autres attendent, inactifs, la concrétisation des mesures annoncées par les autorités. Que sont devenus ceux dont le courroux est loin de s’être apaisé ?

« Nous n’avons pas été avertis à temps et ils sont tout simplement venus démolir nos kiosques, ce qui n’est pas normal dans un État de droit. Pourtant c’est la mairie qui avait donné l’autorisation d’installation et elle nous prélevait des taxes. Donc on méritait un peu de considération. On nous avait promis des mesures d’accompagnement, mais jusque-là, rien. Nous sommes abandonnés à notre triste sort », déplore Madame Diakité Assétou Dicko. Ils sont nombreux à se sentir perdus et à se retrouver sans activité. « Je suis comptable de formation. Au chômage depuis la fin de mes études en 2008, mon frère m’a aidé à installer un kiosque Orange Money au niveau du rond-point Cabral, qui marchait bien. Maintenant j’ai tout perdu et je suis à la maison à la charge de mes parents », déclare Oumar Traoré, âgé de 28 ans. Ne sachant où aller, Mme Diarra Kané Bagayoko, est revenue sur l’emplacement de sa boutique de produits de beauté et d’habits pour enfants, pour tenter de glaner quelques revenus. « Je ne fais plus de recette en cette période hivernale, car mes marchandises sont exposées à même le sol. Ce qui fait que je suis obligée de vendre par intermittence », précise-t-elle. Idem pour Moussa, un garagiste dont le hangar a été détruit non loin du rond-point Cabral. « Nous, on ne peut pas quitter ce lieu parce que c’est ici que nos clients connaissent. Et on ne sait pas où aller. On est obligé de travailler sous le soleil et en cas de pluies, le travail s’arrête », explique-t-il.

Mesures d’accompagnement Tout en reconnaissant l’utilité d’une telle action dans la ville de Bamako, beaucoup d’intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de mettre en place des mesures d’accompagnement, d’accroître la communication et la sensibilisation sur la mesure. Depuis le 18 août, une équipe de recensement composée des membres de la Commission Ad Hoc, des représentants des mairies des six communes du district de Bamako, des associations de commerçants détaillants, et des transporteurs et des chambres de métiers a été mise en place, pour procéder au recensement des personnes touchées par les opérations, à l’évaluation des dégâts et à l’identification des sites, explique un communiqué de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM). Pour la bonne exécution de cette mission, il a été demandé aux personnes concernées de se rendre sur leurs anciens sites en vue de leur recensement. « Dans l’urgence, il a été convenu, avec toutes les parties, dans le cadre de la fête de Tabaski, de la mise à disposition des commerçants détaillants, du parking de la mairie de la Commune III et l’espace promenade Angevin de Railda », explique Ousmane Sidibé, président de la sous-commission sensibilisation-communication-information. Mais selon lui, «il n’y a aucune statistique fiable dans le cadre du recensement, ni de programme de casse établi. Chaque jour des policiers et gendarmes passent pour casser », regrette-t-il. Plus dur, le président de l’Association des revendeurs de carburant, M. Ousmane Dao, considère qu’« au lieu d’améliorer les conditions de vie des Maliens, le gouvernement les enfoncent. Le déguerpissement des petites stations au nombre de 532 en cours, vont mettre 3 904 jeunes au chômage, sans mesures d’accompagnements ». « Si, le Mali est un pays de droit, nous le saurons à l’issue de cette affaire. Ils m’ont pris 300 pneus et gentes. Je suis ruiné et endetté. Pour l’instant, personne ne m’a contacté. Que les autorités sachent que nous sommes tous des Maliens d’abord ! », a affirmé Karamoko Diakité, propriétaire d’un magasin de collage détruit en Commune IV.

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