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25 ans d’une démocratie à parfaire

Hier 15 septembre, le monde célèbrait la Journée internationale de la démocratie. La démocratie pour tous, un slogan séculaire qui aura justifié bien des guerres, sans pour autant que la notion elle-même soit bien comprise des peuples auxquels on entend l’appliquer. C’est d’ailleurs bien le cas au Mali, où la pratique démocratique, longtemps citée en exemple en Afrique et dans le monde, vient de souffler ses 25 bougies. Les bilans ont été dressés avec plus ou moins d’objectivité sur la « démocratie à la malienne», qui a bien ses spécificités, ses richesses mais aussi des faiblesses qui doivent être corrigées.

Pour l’édition 2016 du « democracy day », les Nations unies nous invitent à réfléchir sur le thème « La démocratie et le programme de développement durable à l’horizon 2030 ». En septembre 2015, 193 pays adoptaient les nouveaux objectifs du millénaire et selon Ban Ki Moon, le secrétaire géné- ral de l’ONU, pour les mettre en œuvre, « il nous faut une société civile active et forte, qui tienne compte des personnes faibles et des laissés-pour-compte. Nous devons défendre la liberté de la société civile d’agir et d’accomplir cette tâche essentielle ».

Aux origines Avant d’aller plus loin, tâchons donc de rappeler ce qu’il est convenu d’entendre par « démocratie ». Le terme démocratie vient de deux mots grecs : demos, qui désigne « le peuple » et kratein, qui signifie « gouverner ». Dans la Grèce antique où l’on situe donc ses origines, la démocratie désignait la prise de décision en matière politique et législative par les citoyens réunis en assemblée populaire. À l’époque moderne, un autre type d’organe législatif a vu le jour, pour limiter le pouvoir des gouvernants et les « obliger à rendre des comptes, à savoir l’Assemblée représentative ou Parlement, qui est élu(e) par le peuple, et agit en son nom. C’est de ce système que ce sont inspirées la plupart des démocraties modernes, avec des adaptations plus ou moins libres, selon le contexte socio-économique et politique. La « démocratie malienne », à l’instar de la plupart des pays francophones africains, date des années 90, après le fameux discours de la Baule de François Mitterrand, alors président français, qui appelait les Africains à adopter ce système, gage de paix et de développement. 25 ans plus tard et après des expériences plus ou moins réussies à travers le continent, force est de constater que si la quasi-totalité des régimes se réclament de la pratique démocratique, nombre d’entre eux en piétinent encore les principes fondamentaux que sont « la transparence, la recevabilité et la justice sociale», comme l’explique Amadou Keïta, politologue et enseignant-chercheur.

Démocratie variable Le quart de siècle de démocratie malienne aura connu des systèmes divers. Après la chute du régime Moussa Traoré, le Mali s’est engagé dans un processus qui a consisté en la mise en place d’une démocratie constitutionnelle à travers l’adoption d’une constitution écrite, élaborée suivant un processus participatif et adoptée par référendum. « Si on regarde de plus près cette constitution, on verra qu’elle s’inspire largement de la démocratie libérale, c’est-à-dire qu’elle prônait le multipartisme, la protection des droits et libertés ainsi que la reconnaissance et le respect de l’opposition. Ce processus a mis en place les prémices d’un État de droit en postulant que le pouvoir doit s’appuyer et s’exercer uniquement par le droit », poursuit le Pr Keïta. La mise en œuvre de cette démocratie, telle que voulue par le peuple à travers le référendum, s’est cependant heurtée à plusieurs écueils. « Dans le contexte malien, les gens ont compris et interprété la démocratie selon les convenances. Mais le problème c’est que ceux qui ont initié le concept ne se sont pas inscrits dans une logique explicative. Ce qui nous amène à dire que c’est une thématique mal abordée. Les efforts de communication ont cruellement manqué », estime le Dr. Aly Tounkara, chargé de cours au département Sociologie de la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation. « Que ce soit le consensus d’ATT ou le régime d’IBK, nous la seule chose qu’on voit, c’est que les politiciens s’entendent sur notre dos. Comment comprendre qu’on paie les opposants maintenant au Mali pour jouer leur rôle ? », s’indigne ce jeune cadre sous couvert d’anonymat. « Ils ont raison, parce que c’est nous qui leur donnons ce pouvoir », conclut-il avec amertume. Tous les experts sont en effet unanimes, la démocratie, pouvoir du peuple, se limite bien souvent aux urnes. C’est ce que le Pr. Keïta qualifie de démocratie « minimaliste». Celle-ci s’oppose à l’approche maximaliste, où au-delà des élections, il faut une bonne gestion des affaires publiques de la part des dirigeants qui doivent rendre compte, une participation effective de la société civile dans la gestion des affaires, mais aussi l’effectivité du droit. « Cela veut dire que tout le monde doit être soumis au droit, gouvernants comme gouvernés. Il faut surtout aussi la justice sociale », poursuit le chercheur. « Au Mali, tous ces fondamentaux n’ont pas été atteints, et un vide s’est installé. Et certains en sont arrivés à penser que la démocratie c’est la corruption, le désordre, le népotisme, le laisseraller… donc l’absence de gouvernance réelle ».

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