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Bégaiement : un handicap oublié

Le 22 octobre est la journée mondiale du bégaiement. L’occasion de parler de ce trouble du langage très peu pris en charge, alors que s’achève justement la semaine de la personne en situation de handicap du mois de la solidarité 2016.

Son frère Ibrahim lui a promis 10 000 francs CFA à la condition qu’elle prononce d’un trait « Hippodrome ». La vieille Nana se lance : « Hippo…Hippopo…Hipp… ». Elle déchaine l’hilarité autour d’elle, et pique une grosse colère à l’idée qu’à cause de son bégaiement, les 10 000 francs sont en train de lui échapper. Cette anecdote, qui n’est malheureusement pas exceptionnelle, donne une idée de la perception qu’ont les gens du bégaiement, qui est plutôt considéré comme une tare que comme un handicap. Le bégaiement est un problème d’origine neuromusculaire, qui entraîne une difficulté à coordonner la respiration, la vibration des cordes vocales et le mouvement des articulateurs de la parole (langue, palais, lèvres). Le bégaiement peut être clonique (répétition), tonique (blocage) et tonico-clonique (c’est le plus grave), selon un orthophoniste.

Incompréhensions Ce trouble du langage affecte la vie de plus de 70 millions de personnes à travers le monde, dont environ 1 million au Mali, soit une personne sur quinze. Selon Aguibou Tall, orthophoniste de l’Association vaincre le bégaiement (AVB) créée en 2005, « le phénomène reste tabou au Mali. Les gens ne comprennent pas les bègues. On les met de côté, on les dénigre. On ne prend pas assez en compte ce handicap ». Alors que, ajoute-t-il, « c’est héréditaire. C’est l’environnement qui fera que l’enfant va développer le mal ou pas. C’est pourquoi il faut éviter de le gronder, d’être sévère avec lui, cela ne fait qu’aggraver sa situation ». L’AVB, en plus des activités de sensibilisation pour mieux faire comprendre la maladie, prend en charge les bègues de tous âges au centre ville de Bamako, près du PMU Mali, à travers un travail psychologique pour leur faire accepter leur handicap, puis des exercices comme la prise de souffle, l’articulation, la communication, le maintien du regard. Selon Soumaïla Coulibaly, président de l’AVB, beaucoup de difficultés demeurent, comme l’inexistence d’un centre de prise en charge, ou le manque de ressources financières pour payer les honoraires des orthophonistes qui ne sont d’ailleurs que quatre pour tout le Mali. Il dénonce également le manque d’implication de l’État, qui « n’a jusqu’à présent pas mis en place de politique prenant en compte les troubles de langage comme le bégaiement ».

 

 

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