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2016, des acquis et des chantiers à poursuivre

Alors que s’achève l’an de grâce 2016, l’heure est comme à l’accoutumée au bilan. Une chose est sûre, il n’aura pas été un long fleuve tranquille. Au Mali et dans le reste du monde, des bouleversements majeurs ont rebattu les cartes et mis en lumière de nouveaux acteurs, que ce soit sur le plan social, économique et même culturel. 2016 s’en va et l’on retiendra d’elle que la sécurité est toujours le défi pour le Mali qui se relève et tend les bras à ses amis pour l’aider à y arriver. On retiendra aussi que le procès tant attendu de l’ex-chef de la junte et de ses camarades aura enfin démarré, même si ce fut pour s’arrêter quelques jours sur un report. 2016 s’en va avec les larmes de Berlin mais aussi d’Alep, où la violence continue de faire des victimes. Enfin, 2016 s’en va avec Obama, qui aura définitivement marqué l’histoire de son pays, les États-Unis d’Amérique, et le monde.

Elle se sera terminée sur une actualité politique et sociale brûlante. De la motion de censure du groupe parlementaire de l’opposition à la polémique sur un accord de réadmission des migrants annoncé par l’Union européenne et démenti par le Mali, la fin d’année 2016 aura pour le moins été mouvementée.

Immigration Même si le gouvernement n’avait aucune inquiétude à se faire, soutenu par sa très confortable majorité à l’Assemblée, l’exercice d’explications auquel ont été contraints les ministres, avec à leur tête le Premier d’entre eux, Modibo Kéïta, illustre la crise de confiance qui s’est installée entre les gouvernants et les gouvernés. Les raisons en sont nombreuses, si l’on en croit Mohamed Chérif Haïdara, président du Conseil supérieur de la diaspora du Mali (CSDM). « Le langage tenu au peuple n’est pas clair, les choses ne sont pas expliquées. Il est normal que le citoyen se pose des questions et quand, comme dans cette affaire d’accord, il a l’impression qu’on ne lui dit pas la vérité, c’est compliqué », explique-t-il. À en croire les ministres des Affaires étrangères et des Maliens de l’extérieur qui se sont tour à tour exprimé dans l’Hémicycle, « il n’y a aucune volonté de cacher la vérité aux Maliens, puisque rien n’a été signé ». « Wait and see » a écrit un internaute, en réaction aux multiples déclarations du gouvernement dans cette affaire. L’arrivée en Allemagne début décembre d’une mission d’identification des Maliens en situation irrégulière laisse la porte ouverte à toutes les supputations.

Communales Si les dernières heures de 2016 sont un tant soit peu inconfortables pour le gouvernement de Modibo Kéïta, il peut cependant se réjouir d’avoir relevé certains défis majeurs de l’année. À commencer par l’organisation des élections communales qui, après avoir été maintes fois reportées depuis 2014, ont finalement eu lieu le 20 novembre, dans des « conditions acceptables », selon le ministère de l’Administration territoriale. Cependant, les conditions de sécurité qui se sont dégradées dans différentes zones du nord et du centre du Mali, mais aussi à l’est, ont empêché les électeurs de ces localités de se rendre aux urnes, y ouvrant la voie soit à la tenue d’élections dans un avenir proche, soit à l’installation des autorités intérimaires. Sur ce point clé de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation signé en mai et juin 2015 à Bamako, les choses n’ont pas vraiment avancé, restant bloquées sur le choix des personnalités devant siéger dans ces instances transitoires, mais aussi par le refus des populations, comme celles de la région de Gao, d’accepter le principe même de ces autorités.

Justice L’autre grande date à retenir de 2016 est sans nul doute celle du 30 novembre, début du procès dit de « Sanogo et consorts », jugés dans le cadre de la disparition et l’assassinat de 21 bérets rouges au lendemain du contre coup d’État manqué d’avril 2012. Arrêté fin 2013, l’ex-chef de la junte et ses comparses présentés à la barre auront passé trois années derrières les barreaux, où ils sont retournés après que le juge ait rejeté leur demande de liberté provisoire. Après avoir pris en compte les requêtes de leur défense sur les vices de procédure, en l’occurrence la non réalisation des identifications des victimes par des experts qualifiés, ce dernier a renvoyé le procès à 2017. Encore quelques mois d’attente donc pour les familles et les accusés, mais surtout pour l’éclatement de la vérité. Autre procès qui a concerné le Mali, même s’il s’est déroulé à La Haye, siège de la Cour pénale internationale, c’est celui en août du djihadiste membre d’Ansar Dine, Ahmad al-Mahdi, pour la destruction des mausolées de Tombouctou. La reconstruction de ces monuments, avec le concours de l’Unesco, a été célébrée en février comme une victoire sur l’obscurantisme que prônaient les occupants qui en avaient détruit 15. Autre victoire de la culture sur la guerre, la restauration des centaines de manuscrits anciens, sauvés des djihadistes en 2012-13, dans la région de Tombouctou. Grâce au soutien de nombreux partenaires, ces précieux parchemins sont non seulement restaurés mais aussi numérisés, les rendant ainsi accessibles au monde entier et éternels.

Grogne sociale L’une des épines dans les pieds du gouvernement est le front social, qui aura tenu toutes ses promesses. Des travailleurs des mines aux agents de la santé en passant par les enseignants, le dialogue avec l’État a été maintes fois rompu, amenant des grèves aux conséquences socio-économiques désastreuses. La grogne suscitée par l’opération de déguerpissement menée par le gouverneur du district de Bamako restera également dans les mémoires. Elle aura laissé sur le carreau près de 6 000 commerçants détaillants auxquels aucune issue n’a été proposée pour le moment.

Le fardeau de l’insécurité Qu’elle soit le fait de groupes armés ou de bandits, à Bamako ou à Gourma Rharouss, l’insécurité freine considérablement les efforts de retour à la normale. Les attaques à main armées de prisons pour libérer des prisonniers dangereux ont clos une année émaillée de violences qui ont coûté la vie à des dizaines de soldats maliens, de casques bleus et de civils. Dans la région de Kidal, la recrudescence des combats a de nouveau jeté sur les routes de l’exil des milliers de personnes qui se sont réfugiées dans les régions et pays limitrophes et vivent dans des conditions précaires. « La posture a changé, nos forces sont plus équipées, mieux formées et font face. Mais il faut reconnaître que la guerre que nous livrons n’est pas conventionnelle et que c’est un combat de tous les jours », plaidait en novembre le ministre de la Sécurité intérieure, le Général Salif Traoré. « On se sent plus protégé maintenant qu’on les voit dans la ville », reconnait Abdoul Dembélé, juriste, évoquant le déploiement impressionnant d’hommes en armes dans la ville de Bamako. « Il faut maintenant que ce sentiment soit partagé par tous les Maliens », tempère-t-il cependant. Pour arriver à ce résultat, le Mali peut compter sur l’appui de ses partenaires. 2016 a en effet vu un véritable ballet diplomatique qui a mené sur les berges du Djoliba des personnalités de pays amis venues réitérer leur soutien au processus de paix. Du renforcement des capacités de l’armée malienne et de la MINISMA aux divers projets de développement, des engagements ont été pris dont la plupart devraient se concrétiser dès le début 2017.

Le Mali et ceux qui y vivent auront vécu une année 2016 qui sera finalement passée à toute vitesse, tant elle fut remplie d’événements. Gageons que 2017 sera tout aussi foisonnante, et qu’au terme des douze prochains mois, le bilan sera positif.

 

 

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