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Des Russes pas si hackers

Depuis neuf mois, l’administration Obama, qui est d’ailleurs sur le départ, accuse la Russie d’ingérence dans la campagne présidentielle et d’avoir ainsi permis l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Mais jusqu’ici, aucune preuve de la manipulation russe n’a été trouvée.

Tout a commencé pendant la campagne. En mai dernier, James Clapper, coordonnateur national du renseignement américain, a mis la puce à l’oreille des équipes des candidats quant aux risques de cyberattaques. En juin, le Washington Post révèle que les serveurs du Comité national démocrate ont été piratés et que des données que le parti avait rassemblé sur Donald Trump ont été volées. Deux groupes de hackers russes, « Cozy Bear » et « Fancy Bear » seraient « derrière » cette affaire.

Tout s’accélère en juillet lorsque, à quelques jours de l’ouverture de la convention démocrate, WikiLeaks a rendu public 20 000 mails piratés venant des comptes de responsables du parti. Encore une fois, des hackers russes sont pointés du doigt. Dans ces mails, on n’apprend pas grand-chose, sinon que le parti démocrate a aidé Hillary Clinton au détriment de son rival Bernie Sanders. Dans une note de service datée du 7 octobre, le département de la Sécurité intérieure lance une accusation en direction du Kremlin, estimant que «ces vols et ces piratages ont pour but d’interférer dans le processus électoral américain ». Deux jours après les élections, le Washington Post explique qu’un rapport de la CIA commandé par Barack Obama accuse Moscou qui chercherait à aider Donald Trump à remporter la présidentielle. De fait, les services russes auraient aussi piraté les ordinateurs du Comité national républicain, mais n’ont pas publié les informations, révélant des divergences profondes entre les responsables du renseignement, car il y avait beaucoup de questions et peu de réponses.

«Ils n’ont aucune idée de s’il s’agit de la Russie ou la Chine ou de quelqu’un d’autre. Ça pourrait être quelqu’un dans son lit quelque part», a réagi Donald Trump, interrogé par Time magazine. Du côté du Kremlin, ces accusations ont été considérées comme « ridicules » en ce sens qu’elles masqueraient une manœuvre de Washington destinée à empêcher l’opinion de soulever le vrai problème, à savoir, le niveau de sécurité du système de vote électronique et sa fiabilité.

Le 8 novembre dernier, la défaite de Hillary Clinton avait ravivé les spéculations sur le piratage informatique des élections. Dans plusieurs états, des chercheurs avaient relevé des incohérences informatiques.

Selon Damien Bancal, spécialiste des sujets liés à la cybersécurité et intervenant pour la Licence professionnelle Collaborateur pour la Défense et l’Anti-Intrusion des Systèmes Informatiques (CDAISI) de l’Université de Valenciennes, les agences électorales de deux Etats « ont confirmé que les présumés cyberattaques qu’elles avaient subi étaient liées aux agissements du Département américain de la Sécurité intérieure. Le DHS, l’U.S. Department of Homeland faisait ses tests de « routine », sans prévenir, laissant ainsi planer le doute. Bref, les « attaques massives » que subissaient les états de la Virginie occidentale et du Kentucky n’en n’étaient pas. »

« Les 10 cyberattaques « électorales » au cours des 10 derniers mois ont toutes la même adresse IP, celle du DHS. Le plus récent était une tentative d’examiner la base de données des électeurs. Pour sa défense, l’U.S. Department of Homeland indique vérifier les antécédents d’employés et autres gardes armés afin de vérifier les numéros de licence. Cela aurait déclenché une « alerte de priorité moyenne », ajoute-t-il.

Mais la Maison Blanche n’entendait pas les choses de cette oreille. Ainsi, le 30 décembre, il y a eu coup de théâtre dans le ciel américain : M. Obama a ordonné l’expulsion de trente-cinq diplomates russes accusés d’être des « agents de renseignement » de Moscou en poste à l’ambassade de Russie à Washington et au consulat russe de San Francisco. L’administration Obama leur reproche d’avoir « agi d’une manière qui ne correspond pas à leur statut diplomatique ». En réaction, l’homme fort du Kremlin, M. Poutine, a décidé de tourner en dérision Obama, refusant la proposition de son ministre des Affaires étrangères d’expulser des diplomates américains.

Au-delà des griefs avancés par Washington, cette expulsion de diplomates russes n’est rien de moins, selon Eric Denécé du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, qu’une sanction contre « la supposée ingérence de Moscou dans la campagne présidentielle américaine, pendant laquelle le Parti démocrate aurait été victime de cyberattaques qui auraient favorisé l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche ».

Il reste que jusqu’ici, aucune preuve n’a été fournie par l’administration Obama concernant une manipulation russe. Ce qui fait qu’on se retrouve dans une confusion totale qui laisse davantage planer le doute à propos de toute cette affaire. L’implication de la Russie reste toujours donc à prouver. À moins qu’il ne s’agisse d’une tentative de diaboliser davantage M. Poutine ou de provocation à destination de la Russie qui, coïncidence étrange ou pas, venait de libérer Alep avec la Syrie, de signer un cessez-le-feu avec l’Iran, la Turquie et la Syrie quelques semaines avant les expulsions.

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