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Passeurs de migrants : Les vendeurs de rêve

Sur les chemins de la migration, les passeurs mènent le jeu. Photo : Sipa

Pour entamer le voyage vers l’Europe, il faut forcément passer par eux. Ils connaissent les routes, les acteurs dans les pays de destination pour faciliter l’arrivée et l’intégration. En principe. Car aujourd’hui, les passeurs se révèlent être de véreux hommes d’affaires qui se livrent à un business qui met en danger la vie des milliers de candidats à l’émigration.

Au premier contact, il parait réticent, même au téléphone. C’est pourtant seulement par ce biais qu’il accepte de nous parler. « Ce ne sont pas des choses dont on peut parler au téléphone. Je suis une personne très pointilleuse, et il y a beaucoup à dire », déclare notre contact, dont la voix laisse deviner un homme d’âge mûr. Pour obtenir l’entrevue, nous avons sollicité son concours pour « un ami gambien désireux d’aller en Italie ». « Je conseille à toutes les personnes que j’aide à partir de ne pas emmener d’argent avec eux. Une fois sur la route, les Touaregs peuvent les dépouiller de tous leurs biens », poursuit-il, nous expliquant tout de go les consignes données à ses « clients ».

Le business, il l’a commencé en organisant les départs de ses neveux. Une cinquantaine, annonce-t-il sans ambages, qui sont désormais tous en Italie. « C’est un travail à risque donc je ne prends que des personnes qui m’ont été proposées par des connaissances proches », nuance-t-il. Il serait, selon lui, à la tête d’un réseau dont les ramifications s’étendent jusqu’en Libye. « J’ai deux intermédiaires à Gao. L’un travaille avec la MINUSMA. Il connait bien l’Algérie, il y va tout le temps ». Pour l’étape Gao-Algérie, comptez 36 000 francs CFA, le tronçon étant difficile. « Les Algériens font beaucoup de contrôle. Des fois, ils vont même au-delà de leurs frontières », explique le passeur. En cas de complication, il assure que son « gars » prend entièrement en charge et à ses frais, le logement et la nourriture. Son deuxième contact serait un chauffeur qui assure le voyage vers Tamanrasset à 115 000 francs CFA.

Dans le meilleur des mondes « Il faut au minimum prévoir 1 million de francs CFA pour le voyage. Ça devrait suffire mais il se pourrait qu’il y ait des contretemps », poursuit notre interlocuteur. À l’en croire, tout est fait pour un voyage sans risque : pick-up tout confort et bateaux haut de gamme, hébergement et restauration… Bien loin des images de migrants abandonnés dans le désert sans eau ou entassés par centaines sur des pneumatiques. Pour le passeur, les horreurs rapportées par les rescapés sont « des cas isolés qui ne le concernent guère ». « C’est ceux qui n’ont pas les fonds nécessaires pour payer leur voyage, qui décident de travailler en Algérie ou en Libye. C’est là qu’ils subissent toutes ces souffrances », argumente-t-il.

 

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