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Eau et électricité : quelles solutions pour un meilleur accès ?

Les chefs d’État et de gouvernement du Mali, du Sénégal, de la Guinée et de la Mauritanie lors de la cérémonie de pose de la première pierre de l’aménagement hydroélectrique de Gouina en décembre 2013.

Face aux problèmes liés à l’accès à l’eau et à l’électricité sur le territoire national et dans la capitale malienne en particulier, le ministère de l’Énergie et de l’Eau a entamé, depuis plusieurs mois déjà, des visites d’inspection à travers le pays. Objectif, identifier les goulets d’étranglement et lutter efficacement contre les pénuries d’eau et les délestages dans les communes de Bamako et dans les régions. Des actions certes salutaires, mais qui n’arrivent pas, jusque-là, à contenir le problème. Plusieurs projets d’envergures sont cependant en cours. Certains ont déjà vu le jour. Des initiatives qui pourraient considérablement remédier à la problématique de l’accès à l’eau et à l’électricité dans les années à venir.

À Kadôbougou, sur la route de Kati en plein cœur des collines, une foule de jeunes filles, assises chacune sur un bidon de 10 litres, attend impatiemment de recueillir de l’eau potable. Ici, dans la capitale malienne, le scénario est le même pendant presque toute l’année, avec un pic de difficultés supplémentaires en période de chaleur. Abdou, gérant de la borne fontaine offerte à la communauté par la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP), explique que « le robinet est ouvert deux fois par jour, le matin et le soir. Si tu ne viens pas à l’heure, tu n’auras rien ». Ici, un bidon de 20 litres coûte 10 francs CFA. La somme collectée permet de payer la facture à la fin du mois. « Si tu ne paies pas, ils vont couper. On a déjà du mal à avoir de l’eau, alors imaginez si on devait nous la couper », ajoute-t-il.

Un peu plus loin, à Boulkasoumbougou, en commune I du District de Bamako, les populations se plaignent du délestage récurent en ces débuts du mois d’avril. Toute la zone est régulièrement plongée dans l’obscurité à des heures tardives de la nuit. « Il y a coupure six à sept fois par jour. Nos réserves de nourriture dans le frigo pourrissent et il est impossible de dormir à cause de la chaleur », se plaint une riveraine. À Bamako, nombreux sont les Maliens qui, impuissants face aux difficultés d’accès à l’eau potable et à l’électricité, se tournent vers l’État qui rappelle à chaque fois qu’il fait de ce problème l’une de ses préoccupations majeures.

 Des milliards d’investissement En témoignent les montants colossaux investis pour de nouveaux équipements devant permettre d’améliorer et stabiliser la fourniture d’eau et d’énergie. Plus de 230 milliards de francs CFA ont ainsi été débloqués, courant 2016, pour renforcer l’approvisionnement de la ville de Bamako en eau potable et plus de 20 milliards pour les villes de Kati, Koutiala, Koulikoro et Sikasso. Sans compter les 179,38 milliards de francs CFA mobilisés par le gouvernement dans le but d’agrandir le parc de production d’énergie électrique du Mali. Objectif : faire de l’accès à l’eau potable et à l’énergie, un droit pour tous les Maliens. Outre ces investissements sur les réseaux de fourniture d’eau et d’électricité, l’État a également investi en 2016, 35,5 milliards de francs CFA pour la réalisation des ouvrages d’eau potable dans des zones hors concession SOMAPEP/SOMAGEP-SA. Des milliers de bornes fontaines, des puits modernes et des systèmes d’alimentation en eau potable ont ainsi été réalisés dans plusieurs régions reculées du pays, selon le ministère de l’Énergie et de l’Eau. À Bamako, l’inauguration de la station compacte de Kalabancoro en octobre 2016 par le président de la République est « une des avancées majeures réalisées par le département », affirme Famakan Kamissoko, conseiller technique. Et d’ajouter qu’avec une capacité de production de 18,5 millions de litres d’eau potable par jour, c’est près de 300 000 personnes dans les localités de Kabala, Kalabancoro, Tiébani et de la commune V qui ont désormais facilement accès à l’eau.

En attendant la mise en œuvre de la deuxième phase du projet structurant de Kabala, qui va « doubler la capacité de production de la ville de Bamako et combler le déficit entre l’offre et la demande qui s’élève à plus de 150 millions de litres par jour », selon Boubacar Kane, président directeur général de la SOMAGEP, près de 102 milliards de francs CFA ont d’ores et déjà été mobilisés par le gouvernement sur un besoin de 150 milliards de francs CFA pour financer cette étape, dont la réalisation est prévue pour fin 2018.

Dans le domaine de l’énergie, d’énormes projets sont en cours. Il s’agit, entre autres, de la construction de centrales électriques à Ségou, Kita et Sikasso destinées à être raccordées au système électrique interconnecté du Mali. Elles devraient contribuer à la baisse des coûts de production d’électricité, explique notre source. L’énergie renouvelable n’est pas en reste, plusieurs centrales étant également en cours de construction telles que les centrales de 50 MW à Sikasso et celle de 25 MW à Koutiala, qui coûteront respectivement 63,4 milliards et 21,6 milliards de francs CFA. Tous ces projets d’envergure devraient contribuer à réduire de manière considérable les problèmes liés à l’eau et à l’électricité sur toute l’étendue du territoire national et particulièrement dans la capitale.

Le bout du tunnel Dans le cadre du programme présidentiel d’urgence sociale 2017-2020, dont l’objectif premier est de contribuer à améliorer les conditions de vie des populations à travers la fourniture et l’accès à un meilleur service public de l’énergie et de l’eau, des actions prioritaires ont été dégagées par Malick Alhousseini, ministre de l’Énergie et de l’Eau et son équipe sur l’année 2017-2018 (Plan d’actions prioritaires). Elles visent entre autre à augmenter les capacités de production d’électricité du pays et à renforcer le réseau de transport et de distribution, selon Baye Coulibaly, chargé de communication. On rappelle que la mise en œuvre du plan d’accès à l’eau potable pour la période 2014-2015, a permis de porter le taux de 64% à 65,3%. Aujourd’hui, celui-ci est estimé à 70,0% en milieu urbain et 63,3% en milieu rural. Par ailleurs, les experts sont unanimes sur le fait que le calvaire des pénuries d’eau à Bamako prendra fin avec la construction de la station de Kabala, qui va doubler la capacité de production de la ville estimée à 170 millions de litres par jour.

D’ores et déjà, les préoccupations des populations de certaines communes du District ont été prises en compte. À Sikoro Farada, Sibiribougou ou Sogonafing, considérés comme des zones où les besoins d’accès à l’eau sont pressants, des initiatives ont vu le jour. « Nous souhaitons minimiser la crise dans un premier temps et nous verrons ensuite comment gérer complètement le problème », affirme Baye Coulibaly.

 

 

 

 

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