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Seydou TRAORÉ : « Je suis devenu un amateur de football s’en m’en rendre compte ! »

Avec la mondialisation et la migration, les Maliens sont aujourd’hui présents sur tous les continents. Ils n’avaient pas les mêmes projets en partant, ni les mêmes rêves et objectifs, mais ils ont en commun, au-delà de leurs réussites ou de leurs échecs, la même mère patrie : le Mali. Voici les témoignages de quelques-uns de ceux qui vivent au loin et dont certains résident dans des contrées très exotiques pour qui est resté au pays !

C’est par un « Hola » qu’il répond aux appels téléphoniques, et non par le traditionnel « Allô » si cher aux Francophones. Signe d’une adaptation réussie dans un pays, l’Argentine, connu à l’international grâce à son football et à ses ambassadeurs que sont entre autres Diego Maradona ou encore Lionel Messi.

Dans la capitale du pays, Buenos Aires, Seydou Traoré, la quarantaine, doté d’un très fort accent bambara, s’épanouit pleinement. Après un bref passage en Libye, où il a travaillé sur des chantiers, il décide de tenter une toute nouvelle aventure, un dépaysement hors d’Afrique, convaincu par un Sénégalais rencontré en Libye et dont le cousin vivait en Argentine.

Il prend alors un visa en direction du Brésil, d’où il gagne l’Argentine en 1996. Un pari fou, risqué, dans un pays considéré par beaucoup comme très raciste. « Je m’étais un petit peu documenté avant de venir. Historiquement, ils (les Argentins) ont eu des problèmes avec les Noirs. La plupart furent d’ailleurs massacrés, mais, après ils ont vu que chez tous leurs voisins, hormis le Chili, les Noirs vivaient en harmonie avec les Blancs. La nouvelle génération a donc décider d’ouvrir ses portes aux Noirs » raconte-t-il. Une aubaine pour lui, qui ne connut pas de réelles difficultés à son arrivée.

Menuisier de formation, il trouva rapidement du travail dans une petite entreprise du « barrio » (quartier) de San Telmo, l’un des plus anciens de Buenos Aires. Puis, avec les fonds récoltés et en vivant de manière modeste, il ouvre en 2001 une petite alimentation dans le quartier touristique de « Recoleta », boutique apparemment très prisée des expatriés et de la classe bourgeoise de la ville. « C’est un commerce qui marche. Je remercie Dieu pour cela » souffle-t-il. Au départ, seul à tenir son « business », il travaillait toute la semaine 15 heures par jour. Un rythme infernal qu’il a tenu trois ans, avant d’embaucher un Argentin, Juan, qui le seconde aujourd’hui. Maitrisant parfaitement l’espagnol, après avoir pris des cours durant un an demi, il s’est fondu dans la masse et se considère désormais comme un authentique argentin. De cette population à la culture riche, il a adopté l’amour inconditionnel du football. De nombreux clients se pressent d’ailleurs dans sa boutique pour visionner les rencontres entre les deux plus grandes équipes de la ville, River Plate et Boca Junior. « C’est sacré le football. Je n’étais pas un grand amateur, mais j’en suis devenu un sans m’en rendre véritablement compte, en les voyant se passionner autant pour ce sport ».

De son côté, il fait découvrir le Mali, bien aidé, il l’avoue, par Seydou Keïta, le footballeur, qui a évolué avec Messi au FC Barcelone. « Je mets souvent Salif Keïta et Mangala Camara dans ma boutique. Mes clients adorent leurs chansons » se réjouit-il.

Malgré la distance, Seydou Traoré se tient constamment informé, grâce à Internet, de l’actualité malienne. Le constat qu’il fait est assez amer : « nous sommes un pays historiquement fort. Voir que des minorités en armes nous malmènent me fait un pincement au cœur ».

 

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