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Soumana Kalapo : « Si nous n’avons pas gain de cause, nous irons à la désobéissance civile »

La plateforme ANTE Abana à reporté sa marche prévue mercredi 16 août à la demande des autorités religieuses et coutumières. Cependant elle battra le pavé, ce samedi 19 août, à moins d’un geste fort du président IBK pour retirer le projet de révision constitutionnelle. Soumana Kalapo, 4ème vice président de la Plateforme « ANTE A BANA » a expliqué au Journal du Mali la détermination de son mouvement à obtenir le retrait du projet de révision constitutionnelle par tous les moyens légaux.

Votre mouvement a été reçu par les leaders religieux et les familles fondatrices de Bamako, de quoi a-t-il été question ?

Ils nous ont demandé de surseoir à notre marche du 16 août 2017. Ils nous ont dit qu’ils ont rencontré le président de la République, à qui ils ont demandé de surseoir au projet de révision constitutionnelle et lui ont demandé de rencontrer tous les Maliens en attendant de prendre une décision définitive sur la constitution, ce qu’il a accepté. Ils nous ont dit craindre, en tant qu’habitants de Bamako, (fondateurs et leaders religieux – ndlr) les troubles qui pourraient découler de cette marche.

Vous n’avez pas renoncé à la marche, vous l’avez reportée ?

Ils nous avaient demandé une réponse séance tenante. Mais nous leur avons dit que nous ne pouvons pas prendre cette décision. Nous devions consulter l’Assemblée Générale qui décide. Ce qui a été fait ce 15 août. Les débats ont été houleux, mais la majorité a finalement décidé d’accéder à cette demande des autorités morales de notre pays auxquelles on doit respect. Nous avons reporté au samedi, en attendant de voir ce qu’ils peuvent entreprendre avec le président pour qu’il s’adresse solennellement à la nation afin de dire qu’il retire ce projet.

Quel est l’objectif de cette marche ?

C’est continuer à demander au président de retirer ce projet et d’attendre que l’État ait sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Et qu’il y ait un consensus politique autour du projet. Si on tient un référendum dans ces conditions, c’est comme si on acceptait d’exclure certains Maliens.

Et si le projet n’est pas retiré ?

L’objet de la marche c’est d’amener le président à retirer le texte. A défaut, nous allons déposer à l’Assemblée Nationale une demande de mise en accusation du président pour haute trahison. Nous retiendrons qu’il viole l’article 118 de la constitution.

Le président de la République, à l’issue de sa rencontre avec les leaders religieux et coutumiers, a accepté de surseoir au projet de révision ? Que pensez-vous de cette déclaration ?

Nous pensons que c’est un pas positif. Nous l’exhortons à continuer dans ce sens. Il s’agit quand même d’une institution. Nous estimons que pour une décision importante de ce genre, il est souhaitable qu’il fasse une adresse solennelle. Comme ses prédécesseurs l’ont fait. Alpha pour le projet de réforme et ATT pour le code de la famille. Ils ont fait une allocution solennelle à la nation. Nous attendons cela de lui. Cela permettra de lever toute équivoque.

L’éventualité d’un appel à la désobéissance civile a aussi été évoquée dans certaines de vos réunions, qu’en est-il vraiment ?

Nous allons par étape. Nous faisons cette marche, si elle aboutit tant mieux, si nous n’avons pas gain de cause, nous irons à la désobéissance civile. Mais nous n’allons pas directement à ça.

Qu’entendez-vous concrètement par désobéissance civile ?

Comme nous l’avons dit, nous n’irons pas à cette étape directement. Et puis toutes nos actions sont décidées en assemblée générale. Donc c’est elle qui va décider ce qui sera la prochaine étape. Mais la désobéissance civile, de façon générale, ça veut dire qu’on ne se soumet plus à l’autorité en place parce qu’on estime qu’elle n’est plus légitime.

Est-ce que vous ne craignez pas que ce durcissement desserve votre mouvement en ce sens que certains estiment que ça peut déstabiliser le pays ?

Il y a longtemps que certains nous prêtent cette intention. Le pouvoir nous assimile à l’opposition. Moi, je ne suis pas de l’opposition, je ne mène pas un combat pour avoir le pouvoir. Notre intention ce n’est pas de déstabiliser. Dans nos manifestations, il n’y a aucune violence. Nous ne sommes pas des violents. Nous ne pensons pas que même si nous entrons en désobéissance civile, que cela va créer la violence, sauf si elle vient d’ailleurs. Ce n’est qu’un moyen constitutionnel de revendiquer.

Le mouvement « Trop c’est trop » a rendu publique un communiqué dans lequel, il déclare se désolidariser de toute action de toute action pouvant conduire à déstabiliser les institutions. Qu’en pensez-vous ?

D’abord, le premier responsable du mouvement « Trop c’est trop », était avec nous (lors de la conférence de presse du 16 août2017 – ndlr). Nous considérons que le mouvement « trop c’est trop » fait bien partie de la plateforme et adhère à ses positions. Nous pensons que cette lettre est une manœuvre pour nous diviser. C’est l’opinion d’un groupe peut-être mais pas du mouvement « trop c’est trop ». C’est l’opinion d’un groupe qui a un autre agenda. Et cette décision de lancer un ultimatum a été prise en assemblée générale et ils étaient là-bas, mais personne ne s’est exprimé contre. Notre position est claire, dans nos correspondances nous n’avons jamais demandé qu’IBK parte. Nous avons demandé un retrait du projet compte tenu de la situation sécuritaire.

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