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Moussa Cissé : « Ce n’est pas un livre d’éloges »

Il a présenté à la mi-octobre un livre sur le président malien intitulé « Ibrahim Boubacar Kéita, un destin d’exception ». Moussa Cissé revient pour le Journal du Mali sur ce t ouvrage qui a reçu plutôt bon accueil auprès du public. Mais aussi critiqué pour l’opportunité de sa publication, à quelques encablures de 2018.

Le public vous a découvert à travers la publication de ce livre. Mais qui est Moussa Cissé ?

C’est l’auteur du livre et de deux précédents livres « D’Aguelhok à Konna : chronique d’un an de chaos au Mali » (Edilivre) et « Tombouctou à tout prix : récit d’une passion pour le Mali » (L’Harmattan). Diplomate exerçant auprès de la Représentation malienne à l’UNESCO. Je consacre mes temps creux à écrire, qui est une passion de longue date.

A quel moment écrire sur le Président malien actuel a-t-il germé en vous ?

Personnellement, il était important pour moi de lever un voile sur la vie d’un Président méconnu des générations comme la nôtre malgré le parcours d’exception qu’il a eu. En avançant dans mes recherches, j’ai voulu en partager les fruits.

A vrai dire, le projet d’écrire sur IBK date de 2007 quand il a perdu les élections face  au  Président populaire qu’était ATT. Le courage même de se présenter m’avait fasciné à l’époque. Il a demandé à ses partisans lors d’une déclaration au Stade Modibo Keita d’éviter toute casse. C’est à partir de ce jour que le déclic est parti. En 2017, 10 ans après, l’occasion s’est présentée d’éditer ce livre, je l’ai saisi.

Ce livre est-il finalement biographique ou hagiographique ?

Comme je le rappelle dès l’avant-propos de mon livre, ce n’est pas un livre d’éloges fondé sur uniquement les aspects positifs du personnage. Je cite également les hauts et bas que le personnage a connu dans sa carrière. Je ne suis pas mandatée pour le faire par qui que ce soit. J’apporte ma part de vérité sur toutes ces contre-vérités que j’ai entendu du haut de mes 37 ans. Ce n’est pas non plus une diatribe, c’est vrai. J’ai essayé d’être équilibriste c’est à dire ne tomber ni dans la fascination béate, ni dans la critique sans objectivité.

Aucune intervention de Koulouba?

Très sincèrement, il n’y est pour rien du tout dans le livre. Il n’a rien imposé à l’auteur et n’a même pas cherché à savoir ce dont l’auteur veut parler.

Vous reconnaissez quand même que le « timing », l’échéance électorale amène à se poser des questions..

Bien évidemment. Nous sommes à un an des élections présidentielles. Ibrahim Boubacar Keita est avant tout un acteur politique. Si ce livre permet d’éclairer la lanterne des maliens sur son parcours, tant mieux. Que chacun tire ce qu’il souhaite du livre. Je ne peux pas échapper au procès d’intention. Je m’y attendais dès l’écriture du livre. Mais, j’ai le dos assez large pour supporter toute critique et j’assume entièrement mon livre. Encore une fois, c’est l’opportunité d’éditer ce livre qui s’est présenté selon ce timing.

Avez-vous eu des retours de Koulouba depuis la parution du livre ?

J’ai eu des retours de tout le monde, Koulouba compris. Il suffit d’être présent sur les réseaux sociaux pour ces différents retours. Ces retours qui sont d’ailleurs de différents avis. Il y a ceux qui apprécient, ou non. C’est tout cela qui montre que le livre a au moins suscité l’intérêt. Pour un auteur, cette satisfaction est déjà de savoir que son livre a fait débat. On juge l’intérêt, la qualité d’un livre à l’ode de l’intérêt qu’il suscite. Et ce livre suscite l’intérêt. Je suis content déjà d’avoir apporté un livre au Mali.

En parlant d’intérêt, n’est-ce pas un peu risqué d’écrire sur le  Mali alors que le malien est réputé pour ne pas lire ?

Pour une fois, même ceux qui ne lisent pas, ont entendu parler de ce livre. Pas parce que c’est l’auteur qui écrit, c’est vrai. Mais plutôt parce que le sujet intéresse le malien. Un ouvrage sur ce personnage suscite de l’intérêt, de la curiosité. On se pose des questions sur son contenu.

Vous vous défendez du panégyrique mais il y a très peu ou pas de critiques sur l’homme dans votre ouvrage. Pourquoi n’avez-vous pas intégré certaines critiques de ceux qui n’adulent pas le personnage ?

Quand on écrit un livre, on fait un choix. J’ai choisi d’écrire ce livre en me fixant des objectifs. Bien évidemment, je ne peux pas interroger tout le monde, même parmi ses proches, je regrette que beaucoup n’aient pas été accessible. J’aurais voulu aller un peu plus loin, mais cela n’a pas toujours été possible malheureusement.

Quant aux opposants, peut être que je ne me suis pas accordé assez de temps pour aller vers eux tous, mais j’ai fait autant que possible humainement. J’ai dressé une liste de personnalités que je souhaitais interroger. D’ailleurs, parmi certains de ceux que j’ai interrogé, certains ont été opposants ou ont partagé le pouvoir avec lui à un moment donné. J’ai voulu aller au delà des archives et des camps, mais cela n’a pas été toujours possible. Je ne désespère pas que cela puisse être possible et que ça sera l’objet d’un tome 2 ou d’un ouvrage.

Dans ce cas, quel est selon vous le plus grand défaut du Président Keita ?

Son plus grand défaut est également sa qualité, c’est sa loyauté.

Quelle est sa plus grande erreur politique ?

Je pense que c’est sa communication. Il lui manque des insuffisances sur cette communication, si bien que plusieurs contre-vérités ont été dites, et sont devenues pour des Maliens des évidences.

IBK n’aurait-il pas finalement simplement raté « SON » moment ?

Je ne le pense pas pour le simple fait qu’il a aidé à ne pas laisser le Mali disparaître. En 2013, on était dans un Mali qui boitillait et il avait réussi à ramener les régions du nord dans le giron national. Désormais, il n’y a plus d’amalgame au Mali. Il n’y a qu’un Mali. Il faut rendre « à César ce qui appartient à César ». Et il faut lui reconnaître le courage d’avoir affronté cela.

 

 

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