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Mali twist de Fatoumata Diabaté : Malick Sidibé a une digne héritière

 

Nos morts ne sont pas morts et, pour paraphraser Birago Diop, nos photographes non plus. En marge de l’exposition de La Fondation Cartier dédiée à l’un des barons de la photographie malienne des années 1960, Malick Sidibé, Fatoumata Diabaté, lauréate de la Biennale de la photographie 2005 et de la Fondation Blachère en 2011, nous parle de son métier.

Vous êtes l’une des photographes maliennes qui brillent à l’extérieur. Qu’est ce qui vous a amené à ce métier ?

Les circonstances. En 2001, lassée par les grèves intempestives et préférant la pratique à la théorie, j’ai abandonné mes études et promis à ma mère que je trouverai un emploi qui n’exigerait pas que je me prostitue. Une formation en audiovisuel de Promo’femmes était destinée à ma jeune tante, qui n’en a pas voulu, car c’était un métier d’homme selon elle. Je l’ai acceptée. Ensuite, j’ai fait un stage au Centre de Formation des Photographes et c’est devenu ma passion, grâce à des professeurs comme Youssouf Sogodogo.

Pourquoi avez-vous décidé de devenir portraitiste ? Grâce à Malick Sidibé ?

J’ai découvert les photographies vivantes des années 1960 à travers les portraits que possédaient mes parents. Il m’arrivait d’en rire, mais je les trouvais vivants, dynamiques, charmants. Chacun transmettait un message. Malick Sidibé représentait les années 60 et je ne voulais pas que la beauté de ses clichés disparaisse avec lui. J’ai alors eu l’idée de faire de la photographie de rue au Sénégal, où je vivais.

Dans un pays où la tradition orale prime, que pensez-vous que la photographie apporte ?

Les Maliens sont naturellement coquets et élégants. La mode fait partie de notre culture et  l’idée d’immortaliser cette sape à la malienne n’est pas surprenante.

Qu’est ce qu’être une femme photographe au Mali ?

Je ne fais pas les choses comme les autres et je ne me suis jamais sentie moins femme parce que j’exerçais ce métier. Vous savez, il n’existe pas de sots métiers, uniquement de sottes gens. Ne sommes-nous pas tous des Hommes ? J’ai souvent fait l’objet de regards surpris, curieux, parce que j’étais là où on ne m’attendait pas. Mais seule comptait ma passion. Mon père avait quelques appréhensions, en raison de mes horaires de travail, mais il a vite compris que mon métier était aussi important pour l’indépendance financière de toute la famille que pour mon bien-être. Aujourd’hui, il est fier de moi. La photographie est  toute ma vie. Je lui ai donné corps et âme et aujourd’hui ça paie.

Que dites-vous à celles qui souhaitent exercer ce métier ?

Il faut toujours s’accrocher, que l’on soit une femme ou non, peu importe le métier que l’on exerce.

 

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