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Adama Kané, candidat : « Je ne laisserai personne me museler »

Adama Who ? se demande plusieurs Maliens. Député à l’Assemblée nationale depuis 2013, Adama Kané, le candidat du mouvement Faso Kewalé vise désormais le fauteuil présidentiel. Entretien.

Vous êtes un des nouveaux visages de cette présidentielle, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis actuellement député à l’Assemblée nationale, je me suis engagé en politique en 2012. Nous assistions cette année-là à l’effondrement de notre démocratie, qui était auparavant cité en modèle. Lorsque l’intégrité territoriale et la sécurité sont remises en cause, on se pose la question de savoir quel est le bénéfice de cette démocratie. Cette réflexion m’a amenée à m’engager d’avantage politiquement. Avant, j’étais militant durant mes jeunes années. En 1991, nous avons lutté contre la dictature de Moussa Traoré. Expert-comptable depuis 1995, j’ai exercé cette profession au Mali, dans la sous-région et au-delà. Devenu député en 2013, j’ai cru de mon devoir compte tenu du fossé entre les citoyens et les gouvernants de m’engager d’avantage et c’est pour cela que je suis candidat à  l’élection présidentielle.

Quels sont les principaux axes de votre programme ?

Nous nous attèlerons à rétablir la stabilité dans notre pays. Cette stabilité se joue sur deux plans. Le plan militaire tout d’abord, il ne faut pas se voiler la face, quand vous avez une guerre il faut y faire face. Ce n’est pas une guerre classique, s’en est une contre un ennemi très bien organisé et équipé. Universellement, le monde dit de lutter contre le terrorisme, nous devons donc arrêter la démagogie afin que nous convergions tous dans cette lutte. Notre armée a beaucoup décliné ces dernières décennies. Aucun moyen ne sera de trop pour la remettre sur pied. Mais au-delà, l’insécurité de notre pays n’est pas du seul fait des terroristes. Nos populations dans la détresse de la mauvaise gouvernance ont jugé bon de combattre eux-mêmes. Ce qui a conduit aux affrontements intercommunautaires que nous connaissons. Le gouvernement sortant a pêché par son immobilisme sur la question. Nous devons nous appuyer sur nos leaders pour mener des médiations entre les différentes communautés, en attendant que l’Etat qui était hier leur ennemi soit aujourd’hui leur protecteur. Ce n’est un secret de polichinelle que de dire que l’administration n’a pas servi les populations mais c’est en revanche servi d’eux. Dans ce contexte de mauvaise gouvernance où le citoyen ne se reconnaît plus en l’Etat, il faut une autre forme de gouvernance afin de rétablir la confiance. C’est ce que nous devons faire, et nous espérons disposer d’un délai de grâce pour mettre fin à l’insécurité, réconcilier les cœurs.

On vous prête la volonté de vouloir reformer Barkhane et la MINUSMA                                                       

Je l’ai lu dans certains journaux avec un peu d’indignation, cela n’est en aucun cas ressorti dans mes discours, mais le parti qui soutien ma candidature à parler de cet aspect dans son intervention, lequel est modulable. Barkhane et la MINUSMA sont là pour nous appuyer, chaque nation souhaiterait assurer sa propre défense, sa propre sécurité. Nous n’avons aucune raison de nous glorifier de la présence de ces forces sur notre territoire, nous devons faire en sorte qu’ils puissent partir le plus rapidement possible, sachant que Barkhane coûte à son pays d’origine. Nous avons des relations historiques avec la France mais cela ne doit pas nous emmener à abandonner notre souveraineté avec la présence d’une armée étrangère chez nous. Notre pays n’est pas habitué à cela, si c’est le cas aujourd’hui, c’est la faute à la mauvaise gouvernance.

 

Vous avez fait de la lutte contre la corruption votre cheval de bataille, qu’apporterez-vous de plus dans ce combat ?

Le dernier sommet de l’Union africaine était consacré au phénomène, ce qui en dit long. La corruption est un vrai serpent de mer, et nous devons dans notre pays qui a peu de ressource nous ériger contre le gaspillage. Lutter contre, certains diront que c’est difficile, oui ça l’est pour ceux qui sont corrompus. Je n’ai jamais eu à y baigner dedans, ce qui me donne la capacité de mettre fin à ce fléau par des actes dissuasifs. L’impunité est le moteur de cette corruption, il faudrait quelqu’un qui ne soit pas pris dans ces tentacules pour mener à bien la croisade. En luttant contre la corruption, nous libérons des économies. Si je me réfère aux estimations en Afrique, la corruption fait perdre à notre continent près de 400 milliards de dollars par an. Au Mali, nous avons un budget global de 2300 milliards de FCFA. Si vous y enlevez les frais salariaux qui avoisinent les 500 milliards, tout le reste ce sont des transactions. Imaginez ce que ces transactions peuvent représenter comme source de corruption dans une impunité totale. Durant les cinq dernières années, personne n’a été interpellé pour corruption, au contraire l’office central de lutte contre l’enrichissement illicite qui a été mis en place est finalement en hibernation. Donc cela ne montre pas une volonté de la part des personnes qui nous gouvernent depuis 26 ans de lutter contre ce phénomène. C’est près de 1700 milliards de FCFA qui est dépensé dans les transactions et les achats de l’Etat.

Votre vision pour la santé est assez inédite…

Aujourd’hui l’AMO ne couvre que quelques personnes, d’ici la fin de mes cinq années au pouvoir, nous ferons tout pour arriver à une assurance globale pour l’ensemble de nos concitoyens. Pour y arriver, il faudrait diminuer le coût de la santé, pour cela, nous considérerons notre médecine classique qui est la pharmacopée. La médecine moderne est partie de là, dans notre programme, nous prévoyons de donner une importance particulière avec un soutien massif à la pharmacopée pour qu’elle puisse soutenir le secteur de la santé afin que les médicaments qui coûtent excessivement chères puissent être suppléés par une production et une recherche locale. Aujourd’hui nous avons plus d’institutions privées que d’établissements publics, même si l’Etat envoie des boursiers dans ces écoles privées, elles sont plus mercantilistes que pédagogiques. L’Etat doit être le premier acteur dans le secteur de l’éducation. Un Etat peut difficilement se bâtir sans ressources humaines de qualité.

Pourquoi avoir quitté le parti PRVM-Fasoko sous la bannière duquel vous avez été élu ?

Je n’ai pas été élu député PRVM. Je l’ai été sous avec le CNID. J’ai été élu dans ma circonscription de Barouéli en 2013, une localité d’où je suis originaire, et avec laquelle je n’ai jamais rompu. J’ai participé à la création du PRVM, quand CNID a choisi d’aller à la majorité, j’ai opté pour l’opposition. Après mon refus de suivre le CNID, j’ai réintégré le PRVM. Dans chaque parti, il y a une démocratie. En cas de multiples candidatures, on organise une primaire, cela n’a pas été fait. J’étais militant jusqu’à ce que l’actuel candidat du PRVM qui en est le président se soit déclaré candidat sans aucune primaire. Je ne demandais pas grand-chose, je ne laisserai personne me museler.

Vous êtes proche du prêcheur Ousmane Madani Haidara, vous a-t-il assuré du soutien de sa communauté des Ancar ?

Ancar Dine, ce sont des Maliens, mes compatriotes, ce sont des personnes avec lesquelles j’ai milité longtemps dans une association de soutien de l’Islam et donc, difficile d’imaginer que je ne bénéficie pas du soutien de ces personnes. Ne serait-ce que parce que nous partageons la même philosophie et la même idéologie spirituelle. Pour le guide spirituel Haidara,  je sais qu’il ne donnera pas de consigne de vote, y compris probablement pour moi-même. Mais, mes collègues Ancar sont libres de choisir, et je n’ai pas de doute sur leurs choix.

Le mot d’ordre cette année est l’alternance, estimez-vous l’incarner ?

Qui plus que moi ? Il y’a 24 candidats que nous pouvons repartir en deux groupes. Ceux qui gouvernent depuis 26 ans, ils sont nombreux, je ne pense pas que ceux-ci incarnent l’alternance. Du changement d’homme, oui peut-être, mais ils ne peuvent faire l’alternance du système. Un second groupe composé de ceux qui ne cherchent que l’opportunité de se rallier à un candidat lors d’un potentiel second tour pour bénéficier des avantages de ce soutien. J’ai la capacité et la liberté de lutter contre la corruption.

 

 

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