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IBK, Soumi, CMD : Les trois poids lourds de la présidentielle?

Le scrutin du 29 juillet s’impose peu à peu dans les esprits. À une semaine du tournant, certains font leurs pronostics sur les colosses du moment. Dès début juillet, un sondage d’opinion réalisé par Guindo Sidiki classait IBK en tête des intentions des votes, suivi de Soumaila Cissé et de Cheick Modibo Diarra. Qu’en est-il de leurs forces et faiblesses avant le jour J ?

« Le futur Président du Mali sera entre IBK, Soumaila Cissé et Cheick Modibo Diarra », anticipe une étude réalisée  par Guindo Sidiki, ingénieur statisticien économiste. Le sondage, effectué du 20 au 28 juin sur un échantillon représentatif de 18 ans et plus, a concerné « 5 525 personnes tirées de manière aléatoire dans toutes les différentes régions ».

Ainsi, selon cet exercice  sur lequel certains analystes restent prudents, le Président IBK aurait plus de 28,29% de voix et ne dépasserait pas 38,26%. Son challenger au second tour en 2013, l’Honorable Soumaila Cissé, suivrait avec un score compris entre 16,07% et 25,14%, talonné par l’ancien Premier ministre Cheick Modibo Diarra, avec des intentions de vote comprises entre 15,91 et 27,06%.

Un second tour cette année sera donc  inévitable. Il pourrait se jouer entre IBK et l’un de ces deux  concurrents. Même si une élection n’est jamais gagnée d’avance, ces pronostics servent quand même d’indicateurs. Dans un contexte où les défis sont immenses pour un pays convalescent, des recettes s’imposent pour capter la confiance. « Aux grands mots, les grands remèdes », dit-on. Face à une certaine jeunesse aux yeux ouverts et à une société civile bien réveillée, le slogan passager ne semble plus donner la chair de poule. Au-delà des faiblesses de chacun des  candidats, ce sont leurs forces et leur charme qui feront pencher la balance.

IBK, le favori  au bilan « calamiteux »

Si en 2013, le candidat du RPM, IBK, faisait office de favori dans les intentions de vote, puis confirmait la donne en creusant l’écart de la victoire au second tour, rien n’est moins sûr en cette année 2018. Après cinq années de haut et de bas, le porte-flambeau de la plateforme Ensemble Pour le Mali tient à rester dans son fauteuil présidentiel. Son parti est la première force politique actuelle, avec un ancrage jusqu’aux confins du territoire.  Mais pas seulement. « Il a les forces de défense et des sécurités avec lui,  l’administration aussi. Il a recruté beaucoup des militaires et de policiers et augmenté leur salaire. Ces personnes se sentiront redevables, malgré son bilan calamiteux », analyse Khalid Dembelé, économiste chercheur au Centre de recherche et d’analyse politique, économique et sociale (CRAPES). La représentativité de son parti lui donne aussi des raisons d’y croire. Étant organisateur de l’élection, le Président IBK « a des hommes au niveau du trésor national, de l’argent pour battre campagne, contrairement aux autres », ajoute Khalid Dembelé. Aussi bien au sud qu’au nord, IBK fait figure de favori. « Les gens savent à quoi s’attendre avec lui. Même les mouvements signataires savent qu’ils ont une certaine manne financière qui peut venir de Bamako. Il y a aussi des accords qui sont à mettre en œuvre. Par exemple, Abdoul Majid dit Nasser, le leader des Kel Ansar, avait dit qu’il soutiendrait IBK, par ce que quand l’ancien doyen est décédé il y a eu des honneurs à son endroit », ajoute  Baba Alfa Umar, psychologue et chercheur sur les questions de paix et sécurité dans le Sahel. Selon lui, malgré la situation d’insécurité dans le Nord, les gens voteraient pour IBK à cause d’une certaine élite qui a ses intérêts liés à lui.

Nonobstant, ses handicaps sont pour certains flagrants. Si dans le bastion électoral de Sikasso, Kalfa Sanogo peut lui poser des problèmes, il y sera devant Soumaila Cissé.  Ce dernier pourra se consoler d’un soutien de taille à Koulikoro, autre région populaire. Sans ménagement, Khalid Dembélé estime qu’IBK « a tout simplement un bilan désastreux ». « Avant le 4 septembre 2013, l’armée était à Kidal, mais de fin 2013 jusqu’à il y a deux mois elle n’y était plus », souligne-t-il. L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, signé en 2015, se solde trois ans après par une  grande désillusion chez tous les acteurs. « Il devait ramener la paix, mais les Famas continuent de subir des attaques. On ne sent pas un réel  impact sur la restauration de la sécurité dans notre pays. Nous avons un papier qui nous sert à peu des choses », estime le chercheur. Une année après, des scandales financiers de surfacturation et de corruption, suivis en 2017 de grogne sociale pour l’amélioration des conditions de vie, saisissent le pays. Simultanément, l’insécurité a élu domicile au  centre, causant une tragédie humanitaire. Dans cette élection, les attentes des populations sont immenses et peu à peu elles se lassent de croire en « l’homme de la situation ».

Soumaila Cissé, « restaurer l’espoir » et l’image 

Le candidat de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), parti membre de la Coalition pour le changement, apparait depuis 2002 comme une figure sérieuse de l’opposition. Sa formation, deuxième force politique après le RPM, a des branches sur le territoire. Malgré ses défaites au second tour en 2002 et 2013, le sous-estimer serait une erreur. « Il a une expérience politique et une base électorale. Il a des relations internationales, avec son passage à la Commission de l’UEMOA. Une grande partie de la société civile est avec lui, notamment la plupart des figures du mouvement An te Abana », affirme Khalid Demeblé. À la différence d’IBK, qui « défend un bilan », Soumaila Cissé, poursuit-il, a des arguments. « Il a un programme bien structuré et bien chiffré. Il fut ces cinq dernières années dans l’opposition et par conséquent non comptable du bilan. Il est un grand favori », estime-t-il. « Son avantage, c’est aussi la Coalition pour l’alternance et le fait qu’il a su fédérer les gens qui en ont marre et qui critiquent le régime depuis de nombreuses années », renchérit le psychologue Baba Alfa Umar. Candidat pour la troisième fois, l’ancien Président de la Commission de l’UEMOA pourrait aussi  bénéficier au second tour du soutien de certains de ses alliés, comme Aliou Boubacar Diallo de l’ADP-Maliba.

Pour autant, « Soumi le champion », comme le surnomment ses fervents partisans,  ne séduit pas tout le monde. « Sa faiblesse principale est le nombre des  candidats, dont on ne sait pas qui ils vont rallier par la suite », souligne Baba Alfa Umar. Ce n’est pas le seul élément en sa défaveur. « Il y a aussi des campagnes très perfides qui sont faites contre lui, comme celle selon laquelle il va détruire l’armée, ou qu’il est impliqué dans des scandales financiers ». Au-delà de tout, c’est son image qu’il peine à restaurer. « Les gens disent qu’il est ethnocentriste et qu’il ne parle pas bambara. Comme si parler bambara était quelque chose d’important dans un Mali où chacun à son socle ».

CMD ou Aliou Boubacar Diallo ?

Si le sondage de Guindo Sidiki situe Cheick Modibo Diarra après Soumaila Cissé, d’autres analystes voient les choses autrement. Son score de 2,08% en 2013 et l’appui de Moussa Mara et de Konimba Sidibé ne lui permettront pas, selon eux, de se hisser au second tour. « Il y a des réseaux sociaux qui y contribuent et les Maliens de l’extérieur voient en lui un homme nouveau », explique Khalid Dembelé. Pour Baba Alfa Umar, « son action politique silencieuse des cinq dernières années » ne le conforte pas. Mais « on parle peu d’Aliou Boubacar Diallo, alors qu’il risque d’être la grande surprise. Il abat un travail exceptionnel », observe l’économiste Khalid Dembelé. En plus d’avoir acquis le précieux soutien du Cherif de Nioro, le candidat de l’ADP-Maliba impressionne aussi par son ascension. « Sa personne même est un exemple de réussite. Il a des jeunes derrière lui. Ça ne m’étonnerait pas qu’il soit en troisième place », confie le chercheur Alfa Baba Umar. 

Si, pour la plupart des citoyens, IBK et Soumaila seront au second tour, force doit rester à la prudence. Pour l’heure, c’est la période pluvieuse des promesses qui se poursuit.

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