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Vianney Bisimwa: “La collaboration au lieu de la confrontation »

Le Directeur-pays de Search for common ground (SFCG) nous parle de son organisation et de la vision qu’elle met en oeuvre au Mali.

Présentez-vous et parlez- nous un peu de l’organisation que vous dirigez.

« Search for common ground» signifie autrement en français « A la recherche de terrain d’entente. » « Search » est l’une des plus grandes dans le monde qui travaillent essentiellement, uniquement dans le domaine de la transformation de conflits. Il y a beaucoup d’autres organisations importantes qui le font, mais qui le font comme un programme qui s’ajoute à leurs stratégies de développement mais nous, c’est notre mission. Nous voulons construire un monde où les conflits violents n’existent pas et notre mission c’est d’y arriver en encourageant les approches de collaboration à la place des approches de confrontation. Notre rôle est de faire comprendre qu’il y a des alternatives à la violence.

Que fait Sfcg sur le terrain ?

« Search » travaille dans plus de 30 pays dans le monde et nous travaillons ici au Mali depuis 2014. Nous travaillons dans le Sahel, au Niger, au Nigéria, ici au Mali, au Burkina, en Afrique centrale, en RDC, au Burundi, en République Centrafricaine, ainsi que dans la région de Ména en Asie où il y a des tensions. Ici au Mali nous travaillons dans trois domaines essentiellement. Le premier, c’est la réduction de la violence armée. Nous voulons que les forces de sécurité ainsi que les forces armées développent des collaborations avec les civils de sorte que le niveau de la violence armée diminue et nous croyons qu’il est très important que la confiance se crée entre ces différents acteurs de sorte que le recours tout le temps à la violence, même quand elle est légale, diminue. Nous travaillons deuxièmement pour renforcer la cohésion sociale et la réconciliation nationale ici au Mali en accompagnant l’accord pour la paix mais aussi en nous assurant qu’à tous les niveaux, les Maliennes et les Maliens, quel que soit leur origine peuvent se parler, s’entendre lorsqu’il y a des différends. Et enfin, nous avons une intervention autour de la gouvernance où nous voulons renforcer  la cohésion verticale, c’est-à-dire entre les citoyens et leurs dirigeants et vice versa et aussi la cohésion horizontale entre les citoyens entre eux. Et c’est à travers notre programme de gouvernance que nous travaillons aussi dans les élections, de sorte que les gens soient mieux informés et que finalement toutes les tensions et tous les conflits autour des élections soient réglés de manière non violente.

Parlons des programmes que vous avez déjà entrepris ?

Nous avons déjà entrepris des programmes assez intéressants. Un de nos tout premiers programmes, c’était de travailler sur la réouverture des écoles à Kidal. L’éducation à Kidal, a été notre point d’entrée. Imaginez, entrer au Mali et commencer par Kidal. Mais de loin, c’est aussi là où nous avons eu beaucoup d’inspiration. Pour la première fois, nous avons donné la voix aux enfants à travers des émissions pour les enfants qui parlaient de la paix et de comment la paix était une condition sine qua none pour leur éducation et pour la réouverture des écoles. Nous avons eu beaucoup de feedbacks intéressants où des imams et des leaders religieux pouvaient nous dire, écouter les enfants nous encourager, nous interpeller  à construire la paix était quelque chose de fort. Et finalement, nous avons contribué à l’époque avec ce projet, à redonner la place aux enfants et à faire entendre leur voix et leur appel pour la paix. Nous avons aussi eu, au travers d’un projet sur l’accompagnement de l’accord d’Alger. Nous avons mis en place un des tout premiers réseaux des femmes journalistes du Nord, de Gao et de Tombouctou. L’idée était d’inclure les points de vue de la femme dans les discussions autour de l’accord. Nous avons aussi des programmes très intéressants où nous engageons au niveau du centre et du nord les jeunes comme ambassadeurs de paix, y compris au Burkina Faso et au Niger.

Quelles sont les difficultés spécifiques au Mali où le contexte est assez particulier ?

Oui, le Mali est un pays spécial, avec une grande diversité. Mais en situation de conflit, cela signifie aussi qu’il y a beaucoup de perceptions différentes, beaucoup d’attentes différentes et qu’on peut avoir parfois dans certaines régions la question de majorité et de minorité ethnique, tribale qui, au lieu d’être une richesse en situation de conflit violent, d’être une difficulté. Il faut faire preuve de beaucoup d’inclusion et être sensible au langage à utiliser. Pour une émission, on  doit parler en peul, en dogon, en sonrhaï, en tamasheq, en bambara et d’autres langues. Ce qui signifie plus de ressources pour la production. Nos équipes doivent elles aussi refléter la diversité culturelle qui existe et tout cela n’est pas facile. Cela demande qu’on y consacre beaucoup de temps. Quand vous mettez en place des relations de confiance, cela commence à avancer, il suffit d’une rumeur, de préjugés ou stéréotypes, un évènement et vous avez encore comme l’impression que vous devez recommencer à zéro.

Le Mali est en pleine période électorale. Quelle est l’approche de SFCG ?

Ce que nous avons fait, c’était de discuter avec le programme PACE financé par le PNUD avec d’autres bailleurs de fonds. Nous avons choisi d’utiliser les jeunes, et à travers cette occasion, utiliser  leur énergie afin de communiquer des choses positives et les aider finalement à penser beaucoup plus positivement sur le Mali. D’où le projet « Votons en paix, mobilisation citoyenne pour des élections présidentielles apaisées » qui contient quatre grandes activités. La toute première s’est focalisée sur les médias. Nous avons formé 180 journalistes sur le journalisme sensible aux conflits en période électorale. Et puis nous avons utilisé ces différents réseaux de médias que nous avions et nous avons fait de ces réseaux ce qu’on appelle la synergie des médias. Nous avons synchronisé 82 radios pendant 3 jours. Le jour avant les élections, le 28, le jour des élections le 29 et le jour après les élections. Les 82 radios ont diffusé les mêmes types d’information, les mêmes types de magazines, les mêmes types de spots pendant ces trois jours. Nous avons aussi mis en place « les cases électorales ». Elles consistent à engager les jeunes dans différentes grandes zones  que nous avons ciblé à Bamako ainsi qu’au Nord et au Centre, à être des citoyens éveillés et à pouvoir utiliser leur énergie et leur capacité pour faciliter le dialogue entre partis politiques et forces de sécurité et entre leaders religieux et d’autres acteurs. De sorte que les gens se parlent avant les élections, pendant le processus et surtout qu’ils se parlent après le processus. Enfin, il y a  toute une dimension de discussion et de plaidoyer que nous faisons derrière en rencontrant différents acteurs à un niveau élevé pour que ces acteurs puissent utiliser leur rôle positivement afin de pouvoir inviter les gens à se parler. Nous donnons la voix aux artistes et nous avons lancé un concours de chansons où des artistes vont écrire des chansons et les partager au travers des réseaux sociaux. Ce sont des chansons qui appellent à la cohésion, l’unité et au calme dans cette période électorale. Nous avons aussi organisé un concours des journalistes pour la production de contenus responsables, rassembleurs en cette période électorale. Ce que nous voulons faire maintenant, c’est réunir tous ces acteurs, médias, jeunes, forces de défense et de sécurité, leaders politiques et religieux discuter, parler et je crois qu’avec cela on peut faire de ce processus une opportunité positive de dialogue et de construction ensemble plutôt qu’une occasion de détruire.

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