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Crise au Nord Cameroun : plaidoyer pour une approche de développement (ONG)

Le dernier rapport de l’organisation non gouvernementale International Crisis Group (ICG) dont APA a obtenu copie mercredi souligne la nécessité, pour le gouvernement camerounais, de «passer d’une approche urgentiste à une approche de développement» de la région de l’Extrême-Nord, en proie aux exactions de la secte islamiste Boko Haram depuis mai 2014 et qui peu à peu retrouve un début de normalité.Connues pour leur grande capacité d’adaptation et de résilience, les populations de cette région offrent, selon le rapport, au gouvernement camerounais et aux partenaires internationaux la possibilité de mettre en place des politiques de développement intégrant la diversité et la fluidité des traditions économiques de cette région frontalière avec le Nigeria et le Tchad.

L’institution, dont le bureau Afrique est basé à Nairobi (Kenya), préconise ainsi d’adapter les politiques de développement aux réalités socioéconomiques locales, de conduire des enquêtes d’opinion dans tous les départements et d’y associer des spécialistes et des locaux, en amont et dans la mise en œuvre des projets.

Le gouvernement et les partenaires internationaux, selon l’ONG, se basant sur des recherches documentaires ainsi qu’une soixantaine d’entretiens effectués de janvier à septembre 2017, devraient également envisager des formes de soutien et de règlementation indirecte de certaines activités de trafics, le contrat de développement devant par ailleurs être compatible avec les plans de développement des autres États du bassin du lac Tchad.

Face à Boko Haram, constate ICG, le gouvernement a jusque-là privilégié la réponse sécuritaire et, en dépit de plans d’urgence multisectoriels dont «certains projets auraient fait l’objet de détournements de fonds», peu de mesures concrètes ont été prises pour la relance économique, dont le coût est estimé à 2,86 milliards de dollars par l’élite nordiste.

Déjà considéré comme la zone la plus pauvre avant l’arrivée du mouvement intégriste, avec 74% de la population vivant sous le seuil de pauvreté contre 37,5% au niveau national, l’Extrême-Nord camerounais, fort de 4 millions d’âmes, a fini par plonger dans le marasme sous les assauts jihadistes.

Selon le bilan établi par l’ONG, depuis mai 2014, 2 000 civils et militaires ont été tués et plus d’un millier de personnes ont été enlevées dans la région sous conflit. Entre 1 500 et 2 100 combattants de Boko Haram auraient également été tués dans les combats contre les forces de défense camerounaises ou les comités de vigilance.

Dans les trois départements frontaliers avec le Nigeria et le Tchad, plus de 40. 000 habitations ont été détruites depuis 2014, des dizaines de villages, une centaine de marchés, 128 établissements scolaires sur 793, 30 centres de santé sur 217 et 246 forages sur 730 ont été détruits ou endommagés pour une valeur totale estimée à 430 millions de dollars, et, depuis 2013, Boko Haram a volé au moins 17 .000 têtes de bétail et des milliers de petits ruminants, pour une valeur approximative de 6 millions de dollars.

Les autres formes de prédation, affirme le rapport, incluent les enlèvements, vols et pillages, le paiement des rançons pour la libération des otages ayant constitué une des principales sources de revenus du groupe islamiste qui en 2013 et 2014, «aurait obtenu au moins 11 millions de dollars de rançons, à la suite de cinq enlèvements de 38 otages occidentaux (…) et chinois, mais aussi camerounais».

De même, insiste ICG, Boko Haram, qui «est loin d’être défait», a dépensé des sommes importantes pour s’approvisionner, mais aussi pour recruter des combattants, des informateurs et pour s’assurer le soutien de chefs traditionnels ou de membres des forces de sécurité.

A ce jour, selon le rapport, la majorité des 220. 000 personnes déplacées dans l’Extrême-Nord sont logées et prises en charge par des familles d’accueil.

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