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Le 22 septembre 1960: comme si vous y étiez!

Le Mali s’apprêter à fêter les 58 ans de son indépendance. Le chiffre n’est pas symbolique, mais la date, quant à elle, ravive des souvenirs passionnés chez les « privilégiés » ayant vécu ce moment historique. Une page d’histoire majuscule pour notre pays, qui se libérait alors des chaînes du colonialisme. Pour ce nouvel anniversaire, nous vous faisons revivre ce jour crucial à travers le prisme d’acteurs aux profils différents mais avec une aspiration commune il y a 58 ans, l’indépendance.

Ce jeudi 22 septembre 1960, Mahamadou Touré se réveille en Soudanais, pour finir sa journée en Malien. D’une voix nasillarde, les mains tremblotantes mais la mémoire toujours vive, l’octogénaire se souvient de ce « jour mémorable ». « Je travaillais pour Radio Mali à l’époque, j’y suis entré en 1956, j’en étais un des premiers salariés », raconte-t-il. Un travail qui lui avait permis de couvrir le retour au pays de Modibo Keita et de plusieurs autres dirigeants soudanais suite à l’éclatement de la Fédération du Mali, en août 1960. « À chaque arrêt, les gares étaient pleines de personnes venues les acclamer. Je n’avais jamais vu ça. Et le Président Modibo faisait à chaque fois un petit discours. On aurait cru que c’était préparé, mais tout était réellement improvisé », assure-t-il. Mais le jour historique du 22, il n’était pas avec Modibo et les leaders de l’US-RDA. Pris par son travail (il se trouvait dans les locaux de Radio Mali, alors situés en face de la Grande mosquée de Bamako), il n’a pu assister au congrès qui entérinera l’indépendance du Mali. Il affirme néanmoins l’avoir fêtée comme il se doit, sans baigner dans la profusion. « Mes patrons étaient des Français. Suite à la déclaration, ils ont été très respectueux. Pour le leur rendre, j’ai gardé une certaine réserve ». En replongeant dans ses souvenirs, il avoue avoir « beaucoup bu et un peu travaillé ».  Non sans quelques regrets de n’avoir pas fait le court déplacement jusqu’au congrès.

Indépendance « Day »  

C’est le Collège technique (Lycée technique aujourd’hui), qui a servi d’écrin au congrès extraordinaire de l’US-RDA. Dans le livre « Anw ka Maliba kera an ta ye » (Notre grand Mali nous appartient), paru en 2010 à l’occasion du Cinquantenaire de l’accession à l’indépendance, Gabou Diawara, Secrétaire général de la jeunesse du parti de la charrue, partageait ses souvenirs. Il confie avoir été animé « d’un sentiment de fierté et d’orgueil ». « Je pense que tout le monde partageait ces sentiments » ajoute-t-il. La suite est contée dans l’ouvrage. Une ovation est réservée à Modibo Keita à son entrée en salle. Vêtu d’un costume clair, Il prend place au présidium. Idrissa Traoré, Secrétaire politique de l’US-RDA, ouvre le bal des interventions. « Le Mali continuera quoiqu’il arrive et nous prouverons que les Maliens du XXème siècle sont les dignes héritiers de ce qui surent, dans le passé, exposer au monde leur culture, leur civilisation, leur sens de l’organisation », martèle-t-il.  A sa suite, Modibo Keita prend la parole. Après s’être épanché sur les raisons de l’échec de la Fédération du Mali, il invite le congrès à « autoriser l’Assemblée législative à appréhender les compétences transférées par la République Soudanaise à la Fédération du Mali, à proclamer comme État indépendant et souverain la République Soudanaise, à proclamer que la République Soudanaise s’appelle République du Mali, libre de tous engagements et liens politiques vis à vis de la France… ». Il ajoute : « la République du Mali est née. Le Mali continue. Le mot Mali continuera à résonner comme un gong sur la conscience de tous ceux qui ont œuvré à l’éclatement de la Fédération du Mali ou qui s’en sont réjouis…». A l’issue du congrès, passé à la postérité, les leaders du parti, accompagnés par la population, effectuent à pieds de nuit le trajet vers l’Assemblée législative, où l’indépendance est officiellement proclamée.

Le Mali pluriel

Les téléviseurs étant quasi-inexistants à l’époque, Radio Mali était presque le seul médium pour s’informer. Depuis la fenêtre de son bureau, au premier étage du ministère de l’Éducation Nationale, Mohamedou Dicko voit la foule se masser au pied du monument de la Liberté, lieu de rassemblement, dit-il. Une foule qu’il décrit comme le « Mali dans toute sa diversité et sa richesse ». « Il y avait des gens du Nord et de divers horizons qui sont venus ce jour fêter. Nous ne voyions aucune différence,  c’était l’unité absolue de tous les Maliens, un seul Mali était célébré, celui que nous chérissions ». Porté par la fougue de la jeunesse (il avait 21 ans), il s’est senti capable de « déplacer des montagnes ». Militant US-RDA dès son plus jeune âge, « mon militantisme a débuté vers mes 10 ans », il ne pouvait peindre le Mali autrement qu’indépendant. « Nous venions d’être libérés du joug colonial. Le peuple malien est fier et digne. De par le passé, il avait opposé une résistance farouche à la pénétration coloniale, et quoi de mieux que les fils de ce pays pour mener ce combat à terme », disserte-t-il. Dicko connait bien cette période. Historien, il a fait une thèse sur le parti de Modibo Keita. Il en garde le souvenir d’un homme humble et charismatique. « Il était celui qui pouvait rassembler. C’est pour cela que les Maliens, partout dans le pays, ont accueilli ce jour d’indépendance avec autant d’entrain et d’enthousiasme ».

Le Mali au-dessus de tout

L’euphorie n’a cessé de croître après la déclaration du Collège technique. La veille déjà, le 21 septembre, la retraite aux flambeaux avait mobilisé du beau monde. Avec un itinéraire allant de N’Tominkorobougou à la place de la République, la ville de Bamako est le temps d’une nuit devenue la ville ne dormant pas. « Nous avions la fanfare en tête, qui faisait marcher les gens au pas. Cette ambiance indescriptible préfigurait déjà de très belles fêtes à venir », raconte Birama Diakité, ancien du Parti africain pour l’indépendance (PAI). Ce dernier a, selon les mots de Diakité, eu « des différends » avec l’US-RDA. Le jour de la déclaration d’indépendance, il était chez Amadou Seydou Traoré, l’un des leaders du PAI. « Nous avions un arrière-goût un peu amer pour n’avoir pas participé, mais nous étions quand même fiers, car l’indépendance c’est tout ce à quoi nous aspirions », révèle-t-il. Plus tard ce jour-là, il garde en tête l’image d’un « gobi » (nom qu’ils donnaient aux soldats français) saccageant un parterre qui se trouve être l’actuel monument de l’indépendance, y tirer trois balles et lui lancer « nous reviendrons ». Ce à quoi il n’a pas répondu. « Modibo nous avait prévenus de ne pas céder à la provocation ». Cheick Sadibou Cissé, militant US-RDA, se rappelle également avoir assisté à des actes de sabotage de la part de gobis. Mais qu’importe, l’essentiel était ailleurs pour ce très proche de la famille de Modibo Keita (ils vivaient dans le même quartier). « Quand toute votre vie on vous apprend que vos ancêtres sont des Gaulois, que vous connaissez mieux l’histoire de la France que celle de votre pays, que vous chantez la Marseillaise, que tous les postes intéressants sont occupés par des Français, vous ne pouvez être que très heureux et très ému quand vous voyez votre pays indépendant ». Ce jour, comme le confie Mahamadou Touré, le drapeau malien a été monté devant l’Assemblée.  Ce n’était pas encore celui que nous connaissons aujourd’hui, car il portait un idéogramme en son milieu, mais le Tricolore vert – or – rouge était déjà une grande « victoire ».

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