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Mohammed ben Salmane, entre réformisme et autoritarisme

Tout en procédant à des réformes, les autorités saoudiennes ont intensifié la répression contre des dissidents depuis que Mohammed ben Salmane est devenu prince héritier en juin 2017.

Plusieurs vagues d’arrestations ont été rapportées par des organisations de défense des droits de l’Homme: la première a eu lieu en septembre 2017, peu avant l’annonce d’un décret autorisant les femmes à conduire à partir de juin 2018.

Human Rights Watch (HRW) indique le 15 septembre 2017 que des dizaines de personnes ont été arrêtées. Amnesty International précise que la campagne a visé pêle-mêle des écrivains, des journalistes, des universitaires mais aussi des religieux, dont le célèbre prédicateur Salmane al-Ouda.

C’est à cette époque que le journaliste à la réputation internationale Jamal Khashoggi, qui est entré le 2 octobre au consulat saoudien à Istanbul et qui est porté disparu depuis, part en exil aux Etats-Unis. Critique envers le pouvoir saoudien, il avait pris la défense des Frères musulmans, soutenus par le Qatar et la Turquie.

Puis, en novembre 2017, éclate l’affaire Hariri: le jeune prince Mohammed, surnommé « MBS », est accusé d’avoir retenu contre son gré pendant deux semaines le Premier ministre libanais Saad Hariri alors en visite en Arabie saoudite.

Au même moment, des dizaines de princes, d’hommes d’affaires et de responsables saoudiens sont enfermés dans l’hôtel Ritz-Carlton à Ryad, accusés de « corruption ». Certains ne ressortiront de cette « prison dorée » que trois mois plus tard après avoir conclu des « arrangements financiers » avec les autorités.

« MBS » cherche à cultiver en Occident l’image d’un réformateur, réduisant les pouvoirs de la police religieuse, donnant son accord à la réouverture de cinémas, à l’organisation de concerts et à l’entrée des femmes dans les stades. Il souligne son adhésion à un « islam modéré et tolérant », marquant une rupture avec le wahhabisme et la version rigoriste de la religion d’Etat en Arabie saoudite.

Cependant, le prince héritier n’hésite pas à réprimer avec une poigne de fer toute contestation militante de la monarchie absolue, relèvent des experts.

Au moins 11 femmes sont ainsi arrêtées en mai 2018 au nom de la « sécurité nationale », environ un mois avant la levée de l’interdiction de conduire pour les femmes, selon HRW. Certaines des personnes détenues avaient lutté pendant des décennies pour obtenir ce droit: le pouvoir ne voulait pas donner l’impression que la levée de l’interdiction était le résultat de cette lutte, selon des analystes.

D’autres arrestations ont été rapportées le 1er août, dont celles de deux militantes des droits des femmes incluant Samar Badawi, la soeur de Raif Badawi, un blogueur emprisonné pour « insulte » à l’islam.

Le 22 août, Amnesty International s’inquiète du sort d’Israa al-Ghomgham, jeune militante de la minorité chiite saoudienne qui risque la peine de mort avec quatre autres personnes jugées par une cour « antiterroriste ».

Les autorités saoudiennes ne commentent pas les informations des organisations de défense des droits de l’Homme.

Elles ont démenti à deux reprises tout lien avec la disparition du journaliste Jamal Khashoggi et ont autorisé la fouille de leur consulat à Istanbul par les services de sécurité turcs, a indiqué mardi la diplomatie turque.

Si les autorités saoudiennes étaient impliquées dans cette affaire, cela enverrait « un signal sans équivoque aux autres journalistes qui osent critiquer le régime », a écrit mardi le centre d’analyses Soufan.

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