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Zahabi Ould Sidy Mohamed : « Le DDR ne restera pas éternellement ouvert »

La date limite pour l’application effective du processus de désarmement, démobilisation et réinsertion est prévue pour ce 15 octobre. Longtemps une arlésienne, le DDR semble désormais en passe d’enclencher la vitesse supérieure. Le président de la commission nationale de désarmement, démobilisation, et réinsertion (CNDDR) Zahabi Ould Sidy Mohamed revient pour nous dans cette longue interview sur les différents aspects du processus.

Quelles sont les avancées enregistrées depuis la mise en place du DDR ?

Le processus de désarmement, de cantonnement fait partie des mandats de la commission nationale désarmement, qui a été mise en place au dernier trimestre 2017. C’est une structure qui est prévue par l’accord de paix et qui est composée de commissions mixtes dans lesquelles on retrouve les parties signataires, c’est-à-dire essentiellement le gouvernement, la CMA et la Plateforme. Plus tard, pour des questions d’inclusivité, les commissions verront leurs effectifs augmenter, parce que les mouvements au cours du processus se sont éclatés en sous-groupes à cause de divergences. Nous avons toutes les structures qui sont déjà mises en place et ce au niveau national et régional. Les différentes antennes sont opérationnelles. Le travail de la commission se divise principalement en trois étapes. La première qui est la mise en place des structures est déjà terminée. La deuxième est celle de l’enregistrement des combattants. Il était convenu que les mouvements donnent la liste de leurs combattants quatre mois après la signature de l’accord, malheureusement ceci a pris du retard pour diverses raisons. Si je devais faire un bilan d’étape, les structures sont en place, le personnel est formé et nous en avons presque fini avec le processus d’enregistrement. Nous avons plus de 32 000 combattants enregistrés, certains avec leurs armes et d’autres avec des munitions. Nous avons une date butoir qui est le 15 octobre afin que les derniers registres nous parviennent. Vous avez des retardataires, des indécis.

Et pour ceux qui n’auraient pas transmis les listes avant cette date ?

Les mouvements ont une réserve sur la date. Ils nous disent que d’autres de leurs combattants doivent arriver bientôt. Mais, il nous faut des repères. Si après le 15, d’autres se présentent cela fera l’objet d’une discussion au niveau du comité de suivi de l’accord (CSA) qui l’acceptera ou le refusera. Le DDR ne restera pas éternellement ouvert, parce que nous n’en finirons pas.

Le processus a connu du retard. A quoi cela était-il dû ?

Le DDR ne se déroule pas de manière isolée. Il est lié au processus politique. L’accord prévoit plusieurs volets : politico-institutionnel, sécurité-défense, développement et le volet humanitaire. Ces quatre volets sont souvent liés, et dans les négociations, les parties ne veulent pas lâcher du lest sur un aspect avant de connaitre les progrès liés aux autres aspects. Les combattants se disent également que s’ils donnent leurs armes, ils n’auront plus de moyen de pression. Sans compter qu’ils avancent en avoir besoin pour se sécuriser dans des zones hostiles, puisqu’AQMI et les autres groupes djihadistes sont contre le processus. Vous avez aussi une révision de la constitution qui s’impose pour mettre en place un sénat. Des autorités intérimaires qui ne progressent pas beaucoup, tout ceci est un package qui fait que les choses trainaient.

Quelles sont les conditions d’éligibilité pour les combattants ?

Pour un programme DDR, il est très important d’avoir une banque de données. Cette dernière servira de document de référence pour tous les autres volets. Nous avons les critères d’intégration sur lesquelles les parties sont d’accords. Ils le sont aussi sur le mode opératoire des cantonnements. Il reste à déterminer le quota de ce que la fonction publique ou les services de l’Etat peuvent absorber. Tout ce monde ne saurait être intégré. Il y a des débuts de discussion entre les mouvements et le gouvernement sur la question. Elles ne sont pas encore finalisées, mais nous espérons qu’elles le seront très vite. Une fois que nous serons fixés, nous commencerons le screening. C’est-à-dire tous les combattants qui se sont pas enregistrés passeront par le processus DDR qui se chargera d’abord de les identifier. Le processus n’est que pour les nationaux. Les étrangers ne sont pas concernés. Ensuite, nous ferons un test militaire pour savoir si réellement c’est un combattant ou un civil en arme. Par la suite, il y aura un test de santé sur les standards de recrutement dans l’armée nationale. Nous avons aussi le critère de l’âge, le recrutement concerne ceux qui ont de 18 à 35 ans. Au delà, ils ne seront pas éligibles à l’intégration y compris pour ceux qui iront à la fonction publique. Nous l’avons fixé en conformité avec la législation malienne. Passé un certain âge, vous êtes admis à la retraite. Et si tu es recruté à 40 ans, il y a des risques que tu ne puisses pas bénéficier de pension complète à la fin de ta carrière.

Quid de ceux qui ne seront pas intégrés ?

Tous ceux qui ne pourront pas être intégrés seront redirigés vers la réinsertion socio-économique. Elle est composée de trois catégories. La première est pour ceux qui optent pour l’apprentissage des petits métiers. Une fois la formation finie, nous leur donnons des kits d’installation. Pour cela, nous avons des partenaires, un programme de soutien de la Banque mondiale pour lequel nous avons déjà eu un premier financement destiné à 4000 combattants. Le deuxième est celui de la réinsertion communautaire. Le conflit a impacté les communautés. Les armes ne sont pas seulement détenues par les combattants. Des communautés aussi en ont pour l’auto-défense. Nous avons une approche que nous appelons arme contre développement. Puisqu’ils ont mis de l’argent dans ces armes, en contrepartie pour les récupérer, nous leur proposons de réaliser des projets d’intérêt communautaire. Nous ne voulons pas acheter les armes. L’expérience a montré que dans d’autres pays où le cash était utilisé, cela créait un trafic d’armes énorme. Nous avons une troisième catégorie : les projets pilotes de réinsertion. C’est destiné à des personnes qui peuvent créer des emplois.

Les sites de cantonnement sont-ils prêts?

Il y a dix sites de cantonnement, les mouvements en ont demandé 22. Mais, nous ne pouvons pas attendre. Si nous le faisons, nous en aurons pour dix ans. Ce qui est déjà fait, nous allons les utiliser. La MINUSMA en a construit huit, et le gouvernement en a ajouté deux. Nous allons procéder à des aménagements additionnels dans certains endroits. Il n’en faut pas beaucoup pour faire un site de cantonnement. Une tente, un forage deux conteneurs pour stocker des armes et le compte y est, on ne fait pas des cinq étoiles.

Les conditions sécuritaires sont-elles réunies ?

Nous n’avons pas la sécurité à 100%. Nous comptons justement sur le cantonnement pour améliorer la sécurité. Il y a des risques et nous prenons des mesures afin d’y faire face. Nous comptons commencer le processus de DDR avec les éléments du mécanisme opérationnel de coordination (MOC). Nous débuterons le 5 novembre.

Comment va se faire l’intégration des combattants de la milice Dana Ambassagou annoncée en début de mois ?

C’est un programme spécial, certes une approche similaire mais c’est un peu différent. Le regroupement se fera dans trois endroits : Tenenkou déjà construit, Douentza où il y’a des structures que nous pouvons utiliser et Koro. C’est là où se concentrent les groupes d’auto-défense. Nous ferons un screening là-bas aussi sauf qu’à ce niveau nous aurons du travail à faire en matière des droits de l’Homme. Il y’a eu beaucoup d’évènements là-bas et cela demande des dispositions spéciales. Ce sera comme ce que nous avons fait au nord, où nous avions des guichets de droits de l’Homme qui nous permettait de filtrer afin que les auteurs de graves violations n’intègrent pas les forces de l’ordre.

Comment mesurez-vous l’importance du DDR pour le processus de paix ?

Le DDR est le cœur de l’accord de paix. Tous les Maliens attendent que l’accord apporte la paix, qu’il mette fin à l’insécurité rampante. Si nous ne contrôlons pas les armes, nous tombons dans l’anarchie. Le cantonnement réduira la circulation des groupes armés sur le terrain. Les groupes qui sont hostiles à l’accord seront facilement identifiables par les drones qui surveillent la zone. Une fois le cantonnement effectif, des troupes non autorisées feront face aux forces qui combattent le terrorisme.

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