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A Marseille, une situation « affolante » du logement indigne ou insalubre

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L’effondrement de trois immeubles vétustes du centre de la cité phocéenne a relancé le débat sur l’habitat insalubre à Marseille, où les chiffres liés à ce problème sont « affolants », selon la Fondation Abbé Pierre (Fap).

« Marseille est confrontée dans son centre-ville à une situation d’habitat extrêmement dégradé », a pointé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, interrogé dans l’hémicycle par la députée (LREM) de Marseille Alexandra Louis. Après le drame, « nous avons demandé immédiatement au préfet de réaliser un audit précis de l’habitat indigne » dans la cité phocéenne, a-t-il poursuivi.

L’adjointe au Logement du maire LR Jean-Claude Gaudin, Arlette Fructus, a défendu la municipalité dans ce domaine sur BFMTV, soulignant qu’une « énorme travail » était fait: « Nous organisons un travail au quotidien (…) pour éradiquer l’habitat indigne et nous sommes intervenus dans le centre-ville, déjà, sur 50 immeubles, c’est-à-dire 500 logements qui ont été entièrement réhabilités ».

A Marseille, le problème est de fait loin d’être nouveau: selon un rapport remis au gouvernement en 2015, « un parc privé potentiellement indigne » présente « un risque pour la santé ou la sécurité de quelque 100.000 habitants ». 40.000 logements sont concernés, soit 13% du parc de résidences principales.

Ces proportions ne sont vues « nulle part ailleurs en France », déplore Florent Houdmon, directeur régional de la Fap, fustigeant des « décennies d’inaction publique ». L’habitat indigne désigne des logements dangereux, dans des immeubles menaçants de s’effondrer, mais aussi des habitations insalubres, qui peuvent affecter la santé des résidents.

Pour la Fap, l’effondrement soudain de ces immeubles à Noailles, un quartier populaire et métissé à deux pas du Vieux-Port, est en lien direct avec « la défaillance totale, dès le repérage, des pouvoirs publics ».

« La situation des deux immeubles effondrés (ndlr: numéros 63 et 65 rue d’Aubagne) était connue de tout le monde », dit Patrick Lacoste, porte-parole de l’association d’habitants « Un centre-ville pour tous », qui déplore « des gens morts pour rien, alors qu’on savait ».

Deux des trois immeubles qui se sont écroulés lundi étaient murés et théoriquement inhabités. L’un d’eux, au numéro 63 de la rue d’Aubagne, frappé par un arrêté de péril, avait fini par être entièrement acquis par la mairie au bout de 10 ans de procédure et était désormais la propriété du bailleur social Marseille Habitat, a rappelé la municipalité.

La mairie avait inscrit l’immeuble dans un plan d’éradication de l’habitat indigne, et projetait à terme d’y installer une micro-crèche, dans le cadre d’un vaste plan de réaménagement du centre-ville sur 15 ans.

– Des « taudis » –

L’immeuble mitoyen, le numéro 65, qui s’est lui aussi effondré, était occupé par une copropriété de 10 appartements. Pourtant, depuis 2007, les signaux d’alerte se multipliaient: effondrement du plafond du hall d’entrée, fissures inquiétantes… Un expert agréé auprès du tribunal avait visité l’immeuble le 18 octobre sans préconiser de l’évacuer.

Plus généralement dans le quartier, de nombreux immeubles sont dans un état inquiétant. Dans des documents publiés en janvier, la Société locale d’équipement et d’aménagement (Soleam), justement chargée de mettre en oeuvre le réaménagement du centre-ville, y décrivait « une forte dégradation du bâti notamment liée à vétusté des immeubles ».

Au terme d’un recensement, « 48% des immeubles, soit environ 1.600 logements, sont considérés comme du bâti indécent ou dégradé », concluait-elle. Noailles ne compte que 5% de logements sociaux selon la Soleam, mais un important « parc privé dégradé » incluant des « taudis ».

Lundi, dans un communiqué, la mairie avançait pour expliquer la catastrophe l’hypothèse des « fortes pluies qui se sont abattues » ces derniers jours.

Selon un architecte expert auprès du TGI, dans le quartier en pente de Noailles, la question peut aussi entrer en ligne de compte : « il y a souvent aussi un problème au niveau des toitures décalées les unes par rapport aux autres. Quand c’est dégradé, il n y a plus d’étanchéité et l’eau passe ». Mais pour cet expert qui a souhaité rester anonyme, « c’est un miracle qu’il n’y ait pas d’accidents tous les jours à Marseille ».

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